CHAPITRE III
Plainte et regret d'une âme qui voudrait ressentir plus vivement les douleurs de la Passion duSauveur.
Lève-toi, ô mon âme! courage, revêtstoi de ta force; fais entendre ta voix, qu'elle monte jusqu'au ciel, et qu'elle retentisse par toute la terre. Racontée l'univers les secrets de la pensée, et que tes soupirs s'élèvent jusqu'au Dieu des armées. Ne crains pas de faire l'aveu de tes fautes , car ce n'est qu'à ce prix que tu peux espérer ton salut éternel.
Que mes yeux versent un torrent de larmes ; plus de repos pour mon cœur ! qu'il soupire sans cesse , et que toute la terre connaisse la cause de ma douleur et l'excèsde mon infortune. Laplaiehonteusede l'endurcissement a gagné jusqu'au plus profond de mon être ; je la révélerai, je la pleurerai et je m'écrierai, dans l'amertume de mon âme : 0 cœur ingrat et perfide ! jusques à quand méconnaitras-tu donc ton Sauveur crucifié?
Ses blessures ont, pour ainsi dire, excédé la puissance divine ; elles ont surpassé les bienfaits dont notre premier père avait été gratifié ; elles ont brisé les portes de l'enfer en nous ouvrant les cieux. Et cependant telle est la dureté de mon cœur, qu'une bonté si généreuse ne peut encore l'attendrir.
Est-il donc une insensibilité semblable à la mienne ? un cœur aussi pervers que le mien? Hélas l que dois-je faire? Je. suis accablé de langueur, le remède de la passion du Sauveur m'est offert, et je
ne puis le prendre. Ah î coulez, mes larmes, coulez jusqu'à ce qu'enfin vous ayez amolli la dureté de mon cœur. Hélas! où aller? que faire maintenant que je ne puis trouver la vie de mon âme, ni goûter Jes épanchements de la clémence de mon Dieu sur moi ? Infortuné , je vais m'asseoir au sein de ma misère , et je m'efforcerai du moins de purifier les souillures de mon âme. J'embrasserai les aflïictions, et je ne me donnerai point de repos que je n'aie trouvé, dans ma douleur , mon doux Sauveur, mon Roi, mon Époux , mon chef et le consolateur des affligés. Mais quand viendra donc ce moment heureux ? ô mon Dieu ! Si mon attentedoilse prolonger longtemps encore, l'ardeur de mes désirs me consumera, et mon corps ne pourra plus supporter vos blessures sacrées.
Voyez, Seigneur, mon âme commence | à défaillir dans l'attente de vos consolations intérieures. O mon doux Sauveur !
vous êtes le Dieu de toute sagesse; ignoi/incewd. 3
rez-vous donc qu'il est plus glorieux de régner sur un cœur blessé que sur une créature anéantie? Hàtez-vousde blesser mon âme, Seigneur; hâtez-vous, venez , car mon âme vous attend. Le fer n'est qu'une créature insensible , et vous avez permis qu'il perçât votre corps sacré ; et moi, que vous avez doué de raison, vous me refuseriez cet honneur maintenant
que vos plaies sont ouvertes ? Quoi
donc ! mon cœur serait-il plus dur ou plus vil que le fer?
0 mon Dieu ! prêtez l'oreille à mes supplications, alors même qu'il me serait donué de pénétrer dans vos blessures eu que je pourrais me nourrir de votre propre chair par un excès d'amour , vous n'en souffririez pas, et mes désirs seraient satisfaits. Mais pourquoi vous importuner de mes cris? Vous tardez, vous n'arrivez pas , et déjà je me sens défaillir sous le poids de ma langueur. Oh ! venez , Sei- ( gneur , venez , bon Jésus , mon amour, ma consolation , ma couronne , la seule
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joie de mon âme; venez, ne lardez plus et ne souffrez pas que l'ardeur de mes désirs me consume tout entier.
Mais peut-être attendez-vous que mon cœur soit entièrement dégagé des créatures, avant de lui donner accès dans ces glorieuses blessures dont vous frappez ceux qui vous aiment; vous voulez qu'il se présente revêtu de pureté; je le ferai, ô mon Dieu ; et alors, à la vue des blessures dont vous êtes couvert et des afflictions qui pèsent sur votre âme : Maiheur à moi, m'écrierai-je ;ô Jésus, mon doux Sauveur, qui me donnera de mourir pour vous ! Non , je ne puis supporter la vue des tourments que vous endurez, la pensée de votre mort sur la croix me fait frissonner d'horreur; et cependant je ne puis vous délivrer qu'en me donnant la mort à moi-même. Que faire donc maintenant que je ne vois plus autour de moi que | douleurs et qu'angoisses ? Que faire , ô mon doux Sauveur, si ce n'est de mourir sur la croix avec vous ?
La pensée de vos tribulations et des souffrances que vous avez endurées pour moi me jette dans rabattement, et déjà je succombe sous le poids de ma douleur. 0 bon Jésus ! à quel excès vous a porté votre amour 1 Vous le Dieu de toute majesté, comment avez-vous consenti à vous laisser attacher sur la croix pour la plus viledes créatures?Misérableverde terre, qui suis-je pour que le Créateur et le Maître du monde veuille ainsi s'immoler pour moi?
0 vous la sagesse éternelle du Père , comment avez-vous pu vous résoudre à donner la vie pour la mort, la vérité pour le néant, les bienfaits pour l'ingratitude, et la gloire pour l'opprobre ? Qui pourra comprendre ces mystères? où pourrai-je en trouver la raison, si ce n'est dans la surabondance de votre amour ?