‹ De l'incendie du divin amourChapitre 13 sur 56 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Comment l'amour doit nous porter à compatir aux souffrances du Sauveur»

0 bon Jésus, si je nedevais jouir delà vie que pour vous donner la mort, ne valait-il pas mieux rester dans le néant ? Puisque je devais vous causer tant de tribulations , pourquoi donc m'avez-vous créé ? Comment la douleur ne me consume-l-elle pas ? comment les créatures ne se réunissent-elles pas pour m'anéantir ?Ah! Seigneur, je les vois conjurer ma perte et je les entends s'écrier toutes ensemble : Venez , exterminons ce perfide qui n'a pour notre Dieu qu'insolence et qu'injure. La terre elle-même s'élève contre moi et refuse de me porter ; la mer voudrait m'engloutir , l'air ne veuf plus m'alimenter. Les flammes demandent à me dévorer , les bêtes féroces à

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me déchirer, l'enfer à m'ensevelir dans ses abîmes , enfin toutes les créatures conspirent à ma ruine.

Ah! malheur, malheur à moi ! infortuné! que dire? que faire maintenant que tout est armé contre moi? A qui recourir? où me réfugier? J'ai provoqué la haine du ciel et de la terre ; j'ai offensé Dieu, j'ai irrité les Anges , j'ai méprisé les Saints, j'ai travaillé au malheur de mes semblables et j'ai abusé de toutes les créatures. Que dis-je ? j'ai outragé mon Créateur lui-même. Où irai-je, malheureux que je suis, quand je ne vois partout autour de moi que des ennemis et des vengeurs ; quand ma conscience elle-même s'élève contre moi et que mon cœur est partagé?

Malheureux que je suis ! je pousserai des cris de détresse, et mes yeux seront constamment inondés de larmes tant que je serai retenu dans ce déplorable exil ; et peut-être le Dieu de miséricordes laissera-t-il tomber sur moi un regard compatissant. Oui, je vois ce que je dois faire

en présence de mon Dieu, je lui dirai : Je suis vraiment le plus cruel de vos ennemis , le plus infidèle de vos serviteurs et la plus infâme de vos créatures ; je suis ce coupable qui n'a pas eu de honte de se livrer auxrime sous vos yeux. Non, quel que soit le châtiment que vous m'imposiez, je ne suis plus digne d'être compté au nombre de vos créatures.

0 mon Seigneur , je vous en conjure, couvrez mes iniquités du voile de votre clémence et triomphez de mon insensibilité parfexès de vos bontés infinies. Tout défiguré que je sois par le péché, daignez reconnaître en moi l'image de votre Divinité. 0 charitable Pasteur , ramenez au bercail votre brebis errante. Que le meilleur des pères se réjouisse du retour de son fils prodigue; quela brebis retrouvée fasse la consolation du vrai pasteur , et que la mère vigilante se félicite de la drachme qui lui est rendue.

Jour heureux, heure fortunée où mon Sauveur doit se jeter à mon cou pour me

donner le baiser de la réconciliation î îl estencore un moyen que je veux employer pour vous fléchir , ô mon Dieu ; je m'armerai contre moi-même et je deviendrai mon propre ennemi, mon juge et mon vengeur. J'irai au devant des tribulations et des angoisses ; je me regarderai avec mépris comme le plus impur de tous les êtres ; et mon humiliation et ma honte , soit qu'elles viennent de moi-même ou des autres, seront l'objet de ma joie et de ma félicité. Oui , je repousse désormais avec horreur les consolations de la vie , je veux amasser sur moi les opprobres et les peines; c'est là le trésor chéri que j'estime avant tout , et j'aimerai sincèrement ceux qui m'aideront à l'acquérir.

J'en ai l'espoir, alors mes fautes seront oubliées, et ceux que j'aurai offensés, témoins de mes dispositions , seront plus inclinés à la compassion qu'à la vengeance. Ouvrez-vous , 6 trésor de la miséricorde! versez vos dons sur un pécheur indigne et misérable, et qu'il soit revêtu de splendeur.

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Je déposerai les symboles de mon deuil passé et je brillerai sous mes vêtements de gloire. Grâce à la libéralité de mon Dieu, je serai paré de pierres précieuses, et mon âme deviendra digne d'être choisie pour son épouse. J'irai me reposer sur son sein , et mon cœur tout consumé d'amour se perdra dans son cœur. 0 mon Dieu , quelle merveilleuse et inexprimable transformation ! Mais pourquoi retarder l'accomplissement de mes vœux? Mes yeux peuvent-ils goûter les douceurs du sommeil avant d'avoir trouvé l'époux de mon âme ?

Qu'ils tombent donc sur moi ces tourments et ces opprobres qui doivent me conduire à mon Jésus! La gloire de Dieu et mon abjection, voilà le seul objet de mes vœux. Oui, j'entrerai dans les plaies de mon Dieu, et je ferai passer sur moi , autant que je le pourrai, ses douleurs et ses ignominies. Je me couvrirai de sa passion comme d'un manteau royal, je ne rechercherai plus que ce qui lui est con-

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forme, loutie reste ne sera rien pour moi.

Oh ! alors quelle est la créature qui pourra s'élever contre moi ? Je porterai sur mon corps la passion du Sauveur, et c'est elle qui me défendra désormais contre tous les ennemis qui pourraient m'attaquer. Une fois honoré des stigmates de Jésus-Christ, je pourrai défier qui que ce soit de murmurer contre moi. Partout et toujours j'y trouverai mon refuge , ils seront pour moi comme le retranchement qui me protégera contre les incursions des méchants. Je m'ornerai donc du sang de mon Sauveur, et je deviendrai cher à Dieu et au monde lui-même ; et du haut des cieux , les bienheureux s'écrieront : Quel est donc celui qui brille ainsi sous la robe de gloire ? quel est celui qui s'avance ainsi triomphant et paré du sang du Crucifié ?

0 bienheureuses plaies! ô paradis de délices! c'est du côté sacré démon Jésus que découle toute suavité ; c'est là que l'âme est enivrée d'un torrent de dou-

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eeurs; c'est là qu'elle trouve son bonheur à se détacher d'elle-même pour aller se reposer en Jésus au milieu des chastes embrassements de son Bien-Aimé.

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