‹ De l'incendie du divin amourChapitre 23 sur 56 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Du premier et du second degré de la Charité.

Dans le premier degré de la charité, un sentiment plus doux que le miel pé-

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nètre l'àme et l'enivre tout entière. C'est alors qu'elle a vraiment le miel et le lait sur la langue, que ses lèvres distillent un rayon , et qu'elles ne suffisent plus à raconter l'excès du bonheur qui la possède.

Telle est la première consolation que reçoivent ceux qui renoncent au monde; elle devient la base indestructible de leur perfection. C'est là cette nourriture exquise dont Dieu a coutume de nourrir ses enfants nouveau-nés, et qui les élève graduellement jusqu'à la perfection de la force. Mais auparavant il faut qu'ils se détachent du monde, et qu'ils bannissent toute amertume de leurs cœurs, de peur que les habitants célestes ne refusent de les admettre pour convives à leur sacré banquet ; la douceur intérieure n'est acquise qu'à ce prix.

D'ailleurs , les joies éternelles seront plus ou moins abondantes et multipliées dans Tâme , selon que. la victoire de l'amour de Dieu sur les affections étrangères sera plus ou moins complète. C'est

dans ce degré d'amour que l'âme extrait le miel de la pierre et l'huile du rocher Je plus dur (i).

Souvent Dieu veut bien descendre du -ciel et se communiquer à ceux qui sont assis dans les ténèbres de la mort; souvent même sa gloire remplit le sanctuaire de Tâme, et il fait sentir sa présence tout en voilant son visage. Il verse le le baume, mais cette opération ne se manifeste qu'à l'intérieur; on goûte le plaisir, et rien ne change au dehors. Le Seigneur apparaît au milieu du feu , mais ce feu a plus de chaleur que de flammes ; son ardeur atteint la volonté , et sa lumière éclaire l'intelligence purifiée de ses taches.

Ranimée par ces fréquentes communications, l'âme se trouve plus forte, et c'est avec plus de confiance qu'elle s'écrie : 0 mon Dieu, si j'ai trouvé grâce à vos yeux, montrez-vous à moi. Et cepen-

(J) Deufc. 32.

dant, quoique cette prière s'échappe du fond du cœur , elle n'est point exaucée sur-le-champ. Il faut demander avec ardeur, chercher avec soin, frapper avec force et ne jamais nous désister, si nous voulons obtenir ce que nous souhaitons.

Quand la vivacité du désir et l'ardeur du zèle ont conduit l'âme jusqu'à la grâce de la divine contemplation , c'est alors qu'elle touche au second degré de l'amour. La révélation commence, et l'âme voit ce que l'œil de l'homme n'a jamais vu sur la terre , et elle entend ce que nulle oreille n'a jamais entendu.

Dans ce degré de contemplation, elle se soutient de ses propres ailes , s'élève à la hauteur des nues, et elle peut vraiment s'écrier : « Oui, notre conversation est dans le ciel (1). » C'est là, c'est dans cet immortel séjour qu'elle peut fixer le soleil qui embrase ces esprits angéliques, appelés séraphins ou brûlants, ce soleil

(I) Phil. 3.

dont il est écrit : « Le Seigneur sera luimême votre lumière éternelle, votre Dieu sera votre gloire, le soleil ne vous éclairera plus pendaut le jour, ni la lune pendant la nuit (1). »

Alors encore , formée par une douce expérience, l'âme s'écrie dans les gémissements de son amour : « Oui, Seigneur, mieux vaut un seul jour à l'ombre de vos autels que mille autres jours sous la tente des pécheurs (2). »

Le cœur qui éprouve cette jouissance ne peut s'en rassasier , et il lui est impossible de l'oublier quand elle s'est retirée. Aussi, quand, descendant de cette divine lumière, l'âme se replie sur ellemême , elle emporte encore avec elle quelques pensées dont elle se nourrit, selon qu'il est écrit : « Le souvenir qui lui restera de sa pensée la tiendra dans une fête continuelle (5). » Mais quel sera

[\) Is. 60.

(2) Ps. 83.

(3) Ps. 75.

donc le bonheur de la vision intuitive elle-même , si son seul souvenir procure tant de consolations ?

Cette révélation de la divine lumière et l'admiration qu'elle produit lient si étroitement l'àme à leur souvenir que rien ne peut lui faire oublier la jouissance qu'elle en a ressentie. El de même que dans le premier degré la suavité de l'amour s'empare de la volonté, ainsi dans le second la lumière manifestée captive l'intelligence et lui interdit toute autre pensée.

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