CHAPITRE XVIII
Du souvenir des bienfaits de Dieu.
Cieux , écoutez ; terre , prêtez l'oreille pour entendre le récit des miséricordes dont le Seigneur a daigné user envers nous. Qui pourra comprendre les grandeurs et les mystères de sa grâce ? Quel est celui qui a puisé à la source de cette ineffable douceur sans se sentir enflammé d'amour? 0 mon âme, pourrais-tu ne pas demeurer soumise? Pourquoi donc ne pas répandre dans le sein de Dieu ces affections que tu prodigues à des vanités et à des folies mensongères ? Le temps fuit , tu touches à ta fin , et tu ne considères pas les magnifiques largesses dont le Seigneur Dieu a bien voulu te combler.
Pourquoi donc ces langueurs? pourquoi ce chagrin qui te consume ? « Reviens , Sunamite , reviens vers ton Dieu (i). » Pauvre exilée, blessée et perdue, ne sens-tu pas que la grâce de Jésus-Christ te ranime et que tu es rachetée au prix de sa Passion ? Dis-le moi, pourquoi donc n'aimerais-tu pas uniquement celui qui par une tendresse et une miséricorde incomparables a daigné te délivrer de l'abîme des misères où tu étais plongée ?
Dans le calme d'une méditation attentive, songe bien que le Fils unique "de Dieu, la splendeur de la gloire éternelle et l'image de la divine substance , après s'être anéanti jusqu'à prendre la forme d'un esclave , après avoir enduré la faim et la soif, après la lassitude et les larmes, après les liens , le fiel et le vinaigre, après la flagellation et le couronnement d'épines , après les clous et la
(1)Cant. 6.
lance, a encore été suspendu à la croix pour ton salut.
Les instruments de supplice deviennent , dans sa main , des vases d'abondance , et c'est là que puise le pieux Samaritain pour répandre le vin et l'huile sur les plaies. C'est là que sa force était cachée , et c'est dans l'amertume de sa mort que se trouvaient les douceurs de son amour, suivant ces paroles d'Isaïe : « 0 Dieu , Sauveur de Jérusalem , vous êtes vraiment un Dieu caché. »
Étonnante et merveilleuse condescendance ! compassion vraiment divine et digne de toutes nos louanges! le juste est livré pour les pécheurs , l'innocent pour les coupables , la douceur même pour des condamnés et des pervers !
A-t-on jamais entendu parler d'un pareil mystère depuis l'origine des siècles ? Un si prodigieux spectacle a-t-il jamais été présenté à la terre ?
0 inappréciable amour de la compassion de mon Dieu! le Fils unique con-
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sent à mourir pour racheter son esclave. Admirons , félicitons , aimons , adorons notre divin Sauveur, qui, par sa mort, nous a fait passer de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière , de l'exil à la patrie, de la corruption à la gloire incorruptible et des pleurs à la joie.
0 douleur ! personne ne pense à contempler, personne ne veut imiter le modèle de la justice consommée qui nous est offert sur la montagne sainte et la glorieuse Passion de Jésus-Christ ! Eh quoi donc , le Christ , notre Sauveur , notre Roi , notre Époux et notre Maître, notre ami et notre frère, notre Créateur et notre Rédempteur, n'a-t-il pas enduré toute espèce de tourments dans toute sa personne , et de la part des hommes de toutes les conditions ? Un roi se moque de lui, un gouverneur le juge, un disciple le vend, ses apôtres le délaissent ; les pontifes, les scribes et les pharisiens le livrent à la populace, les gentils le flagellent , la foule le condamne et les
soldats le crucifient; que manque-t-il, après cela , à la Passion de notre doux Sauveur? Et cependant, parmi tous les mauvais traitements de ses ennemis, rien ne peut lui faire oublier le salut des hommes.
Maintenant, c'est à toi que je m'adresse , ô mon âme , dis-moi quelles actions de grâces tu as rendues à notre Rédempteur. Ecoute, je t'en conjure, les paroles de ton Époux, écoute comme il se plaint amèrement de ton ingratitude; ce n'est cependant pas son indignation, mais son amour pour toi qui lui arrache ces tendres reproches : Tu étais bien loin, dit-il, et je suis venu vers toi pour te racheter. Tu étais errante au milieu des montagnes et des forêts, et je suis allé te chercher. Je t'ai rencontrée parmi les rochers et les bois, et je t'ai portée sur mes épaules et je t'ai rendue à mon Père. J'ai supporté les fatigues et les sueurs, j'ai présenté ma tête aux épines et mes mains aux clous; une lance a percé mon cœur;
DU DIVIN AMOTJR. \\\
enfin , je ne puis dire combien de tourments j'ai endurés pour toi ; et cependant, ô douleur! tu pèches encore et tu peux consentir à t'éloigner de moi.
Pourquoi donc me fuis-tu ? pourquoi ton cœur craint-il mon regard ? ce n'est point pour te frapper que je te cherche et je ne te considère pas comme un ennemi. Ne suis-je pas ton créateur, ton père et ton maître? Ne reconnais-tu pas ton époux, encore tout couvert des blessures qu'il a reçues pour loi ? Vois donc sur mon côté les marques de mon amour; ne crains pas de toucher les cicatrices des clous qui ont percé mes mains et ne sois plus ingrate. La frayeur doit disparaître en présence de ces insignes de mon amour. Ce n'est que pour te conduire vers mon Père que je descends vers toi; c'est là que je te manifesterai ma gloire ; je te couronnerai de pierres précieuses et je te revêtirai d'une brillante lumière. Arrivée dans le séjour des immortels , je te placerai au milieu des
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chœurs mélodieux des esprits célestes , et lu jouiras de la gloire inexprimable dont ils sont en possession.
J'habiterai en toi , je te glorifierai , et personne ne te ravira ton bonheur, car je t'aime d'un amour de prédilection.
Sache donc apprécier la faveur que je t'accorde , et ne sois pas insensible à l'affection d'un ami qui te presse. Si tu méprises mes sollicitations, et moi aussi je te dédaignerai au jour de ton indigence , et alors tu ne trouveras plus personne qui puisse le dérober à ma justice. Pendant qu'il en est encore temps, fais donc le bien et ne provoque pas mon courroux. Je te le dis, rien n'irrite plus mon amour que la résistance aux inspirations de ma grâce.