‹ De l'incendie du divin amourChapitre 28 sur 56 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

De la reconnaissance que doivent nous inspirer les bienfaits du Sauveur.

Dans cette surabondance de bienfaits dont ton divin Époux se plaît à te combler, ô mon âme, dans cet océan de grâces qu'il répand sur toi avec tant de profusion , prends garde de te montrer ingrate. L'ingratitude est la ruine du salut; c'est le souffle de l'aspic, le virus de Târne, la gangrène des vertus, lèvent pestilentiel et l'air impur qui infectent les sources delà grâce et dessèchent la rosée de la compassion et de la miséricorde-

C'est eucore à toi que je m'adresse, ô mon âme; recueille-toi dans le silence de la méditation, et ne cesse pas de penser à tout ce que tu dois au Seigneurpour tous les bienfaits dont il t'a comblée. On n'a jamais assez répété ce qu'il faudrait toujours dire et rappeler par un contil'incend. 9

miel souvenir. Tu étais engagée à l'égard du plus impitoyable créancier, de Satan lui-même; tu lui demeurais attachée par autant de liens que tu avais commis de péchés, et tu ne pouvais t'arracher à cette cruelle captivité. C'est alors que, touché de compassion, le Fils de Dieu, ton Époux , a payé pour toi les dettes qu'il n'avait pas contractées; et pour que ses mérites obtinssent plus de valeur et que sa grâce fût plus abondante , il n'a pas voulu qu'un tiers satisfit le créancier, lui-même il a donné sa propre vie pour le rachat de tes dettes.

L'ange transfuge s'efforçait de te réduire sous le joug honteux de son esclavage, alors Jésus-Christ a pris sur lui le procès intenté contre toi, et, après les différentes productions des textes de la loi, après l'audition des témoins, des oracles, des prophéties et des prodiges, il a enfin proposé le mérite de son sang , et cette offrande a valu ta mise en liberté.

Une émeraude a gravé les lettres de la

réconciliation sur les membres sacrés du crucifié, et elles sont devenues ineffaçables par le concours réciproque de la miséricorde et de la vérité, de la paix et de la justice. Enfin le sceau a été posé, et la plaie du côté présente sans cesse aux yeux du Père éternel le prix de notre rançon et la satisfaction que peut exiger sa justice. Le titre gravé en mémoire d'un si ardent amour existe encore aujourd'hui. Sache donc, ô mon âme, que si tu es ingrate après un tel bienfait, le Sauveur t'en demandera un compte rigoureux, et alors il est à craindre qu'il te dise dans son indignation : Avance ta main, pose-la dans mon côté, place tes doigts dans les déchirures des clous et comprends ce que j'ai souffert pour toi. Ingrate et cruelle impiété! crois-tu, ô mon âme, que Dieu ne se repentira pas des bienfaits si multipliés et si précieux qu'il t'a prodigués, s'il voit que l'ingratitude en fait perdre tout le fruit?

SouventDieurefused'exaucernospriè-

res , et c'est vraiment là un effet de sa miséricorde , car il connaît l'ingratitude dont nous payons ses bienfaits , et il ne veut pas que de nouvelles largesses contribuent à nous rendre plus ingrats encore. Un bienfait accordé est censé perdu, si la reconnaissance ne l'accompagne.

C'est pourquoi il nous est plus avantageux de n'être point exaucés, que d'arriver par l'ingratitude au comble de la damnation en obtenant l'objet de nos vœux.

Je t'en conjure, vois, ô mon âme, par quel retour et par quel mérite tu corresponds aux faveurs de l'auguste Trinité.

C'est pour toi , c'est pour ton salut que le Père éternel a livré son Fils unique à la mort, et que ce Fils s'est lui-même offert en sacrifice. L'esprit s'est aussi donné tout entier à toi, suivant cette parole de l'Apôtre : « La charité de Dieu s'est répandue dans nos cœurs par l'Esprit saint qui nous a été donné (1).

(J) Rom. 5.

Pense donc, ô mon âme, jusqu'à quel excès d'amour s'est porté pour toi le Dieu éternel, tout-puissant, immense, dont la grandeur est sans bornes, la sagesse sans nombre , et dont la paix surpasse tout sentiment; le Dieu en qui et par qui existent toutes créatures visibles et invisibles, au ciel et sur la terre. Rappelle-toi que si tu l'aimes , tu ne fais que remplir un devoir, et que s'il te chérit, c'est par un pur effet de sa générosité. Considère la hauteur du ciel et l'étendue du firmament, compare-les avec la fange des marais , et tu trouveras plus de différence encore entre Dieu et ta misérable nature. Qu'est-ce que l'homme, en effet, en présence d'un Dieu ineffable et incompréhensible? Alors même que tu brûlerais dans les enfers pendant un million d'années , tes tourments ne s'élèveraient pas encore à la hauteur des mérites de Jésus-Christ , et ce ne serait rien encore pour reconnaître tout ce qu'il a bien voulu souffrir pour ton amour.

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