‹ De l'incendie du divin amourChapitre 29 sur 56 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Énumération des bienfaits de la divine bonté.

0 sublimité des trésors de la divine Sagesse , qui pourra comprendre votre amour? qui pourra raconter vos bienfaits ? qui pourra percer ces mystères et mesurer leur profondeur? qui pourra se flatter d'avoir mérité les dons de Dieu par ce qu'il a fait pour lui ? N'est-il pas vrai que toutes les faveurs et toutes les grâces les plus excellentes viennent d'en haut , et qu'elles découlent du Père des lumières et de la source inépuisable des miséricordes? Il répand ses bienfaits , et pas un reproche ne sort de sa bouche; il ne nous demande que le tribut de nos louanges et de notre amour, tout insuffisant qu'il soit en lui-même.

0 mon âme, glorifie^donc le Seigneur, publie qu'il est bon et que sa miséricorde s'étend dans les siècles des siècles. Pour

nu DIVIN AMOUR. 4 4 9

te manifester son amour , il ne s'est pas contenté de livrer pour toi son Fils unique à la mort, à cette grâce insigne il en a voulu encore ajouter une infinité d'autres qui sont devenues le sujet de mes chants dans ce lieu de mon pèlerinage.

Recueille-toi donc , ô mon àme , et écoute avec soin les paroles qui te sont adressées, car c'est l'amour le plus suave qui les inspire. Pénétrée de la divine bonté qui t'est manifestée dans les mystères de l'Incarnation , de la Passion et de la mort de ton bien-aimé Jésus , replie-toi maintenant sur toi-même et considère attentivement toutes les faveurs dont ton céleste époux t'a gratifiée pour gagner ton amour. Pour le sauver il ne s'est point épargné lui-même , et il s'est donné à toi avec tous ses biens.

O mon amour ! ô charité vraiment libérale ! ô adorable majesté ! Quelle est donc la cause d'un amour si généreux ? où sont les mérites qui m'en rendent dignes?

qu'ai-je fait? que puis-je? Je me sens

pressé de vos bienfaits et je ne vois partout autour de moi que les témoignages de votre amour. Vous m'assistez de votre présence, votre sagesse me dirige, votre patience me supporte, votre bonté m'entraîne et votre charité m'enflamme. Partout je vous rencontre : si ma pensée s'élève vers le ciel, je vous y trouve comme la récompense de mes travaux, le terme de mes désirs et la félicité de tous les habitants de la cité sainte. Si je descends dans les enfers, je vous y vois encore comme un juge sévère , un roi puissant et magnanime; et c'est là que d'une voix formidable vous m'annoncez les tourments qui me sont destinés si je refuse de vous aimer. Si j'étudie les œuvres de vos mains , je reconnais aussitôt que vous avez imposé à l'univers entier la nécessité de m'obôir.

0 mon àme ! vois donc comme toute la nature est soumise à tes ordres; la terre, la mer, le ciel et tout ce qu'ils renferment servent à tes besoins ou à ton

agrément. La révolution périodique des saisons renouvelle sans cesse les fleurs et les fruits des arbres et des plantes ; les anciens germes disparaissent pour faire place aux nouveaux, et le cours des bienfaits de Dieu ne tarit jamais.

Reconnais, ô mon âme, que lorsque tu n'étais pas encore , Dieu t'a donné l'existence par un bienfait tout gratuit de sa miséricorde, qu'il t'a choisie préférablement à tout ce qu'il a laissé dans le néant. 11 t'a donné la beauté, il t'a créée à son image et à sa ressemblance, et il a répandu ensuite sur toi le souffle de vie.

D'où vient donc une bonté si désintéressée? d'où vient une générosité si prodigieuse? pourquoi tant de bienfaits, si ce n'est pour exciter en toi une ressemblance d'amour et pourt'engager à répondre avec fidélité à la charité qui t'a prévenue si gratuitement.

Glorifie donc le Seigneur, ô mon âme, dilate ton cœur pour aimer à ton tour

\tt DE L INCENDIE

celui qui a bien voulu t'aimer le premier, lorsque rien en toi ne l'y engageait.

L'impétuosité de l'amour allume un incendie dont les flammes mystérieuses environnent et rafraîchissent le cœur de l'épouse qui, consumée des ardeurs de la charité et reposant doucement dans les bras de son époux, se perd en lui tout entière en s'écriant : « L'amour m'a blessé au cœur ; couvrez-moi de parfums, car je languis d'amour (1). >

Marche sur les traces de cette épouse fortunée, ô mon âme, suis-la dans ses affections, afin qu'après l'avoir imitée sur la terre, tu puisses encore partager sa gloire dans les cieux. Chéris le sceau et l'image que tu portes sur toi, afin de manifester en ta personne ta ressemblance avec ton Créateur. Sache te conformer à lui par la foi et l'amour, rappelle-toi ses bienfaits ; ton ami et ton époux t'y exhortent par la bouche de son

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prophète: « Place-moi, dit-il, comme un sceau sur ton cœur et sur ton bras (1) , » c'est-à-dire grave mon souvenir sur ton cœur et dans tes œuvres , afin qu'ayant dépouillé la ressemblance de l'homme terrestre, tu portes l'image des habitants des cieux. Place-moi sur ton cœur comme un gage de foi , comme une marque d'amour, comme un paradis de délices, enfin comme la source de tout bonheur.

Écoute , ô mon âme , les enseignements qui te sont donnés; ceux que tu viens d'entendre renferment une grande douceur, mais ceux que je vais te proposer maintenant sont plus doux que le miel.

Le Seigneur a multiplié ses bienfaits à ton égard. A la beauté qu'il t'avait accordée, il ajouta la vie, le sentiment et l'intelligence; et parmi tant de libéralités, sa grâce a toujours prévenu ton indigence. Il t'a fiancée par la foi , épousée

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par l'amour; il a voulu t'orner de différentes vertus et te prodiguer les charmes les plus attrayants. Au dehors, il t'a donné des sens d'une délicatesse incomparable ; à l'intérieur, il semble que la beauté te soit naturelle. Ton époux savait la parure qui te convenait le mieux, et il te l'a donnée afin de trouver ainsi l'occasion de t'aimer.

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