CHAPITRE XXII
Transport de l'Ame à la vue de son Epoux bien-aimé régnant dans la céleste Jérusalem.
Comme le cerf altéré soupire après l'eau des fontaines, ainsi mon âme désire vous glorifier,, ô mon Dieu et mon Rédempteur, mon divin Jésus, source et origine de tous les biens visibles et invisibles! Faites, Seigneur, que mon cœur, ma langue et toutes mes facultés se réunissent pour publier vos louanges.
DU DIVIN AMOUR. i 35
0 amour plus doux que le miel, dilate mon âme, élève le regard de mon cœur ! que mon esprit s'élance d'un vol rapide vers cette éternelle sagesse qui domine tout l'univers et dispose de toute chose avec mansuétude! Brisez, Seigneur, brisez les liens qui m'attachent encore aux créatures, afin que je puisse me diriger librement et promptement vers vous.
Voici que mon âme se présente à la porte de votre cœur, elle frappe et vous conjure de lui ouvrir. 0 vous, le tendre ami des hommes, recevez le malheureux qui vous demande audience ; que son cœur brûlant d'amour puisse vous glorifier en pleine liberté, se reposer et se fortifier en vous. Oui, mon Dieu, car vous êtes le pain de vie , la splendeur des esprits, la vie des âmes qui vous glorifient et la force des cœurs qui vous cherchent. Daignez m'ouvrir promptement, Seigneur, car voici que mon cœur est élevé vers vous. Tendez la main à l'infortuné qui est tombé, ramenez la
brebis égarée, et daignez exaucer le fidèle qui vous aime.
Ovous, qui avez bien voulu me rechercher avant même que je vous invoquasse, je vous en prie, Seigneur, ne me rejetez pas maintenant que j'ai recours à vous. Je suis le fils de votre servante , celui que vous avez excité à vous chercher, à vous trouver et à vous aimer. Je vous ai cherché, Seigneur, et je vous ai trouvé. Je brûle de vous posséder et d'établir ma demeure avec vous dans le secret de mon cœur. Donnez-vous donc à moi, ô mon Dieu, et rendez-moi le bonheur de vous posséder, car je suis enflammé de votre amour, et votre souvenir réjouit doucement mon cœur.
Je suis le plus misérable de vos serviteurs, mais tout indigne que je sois de vous posséder, ô salut de ma vie, vous savez cependant que nul autre que vous ne peut me satisfaire. Hors de vous, en qui j'ai placé mes espérances et mon amour, je ne ressens qu'un dégoût insi-
pide. Ne m'abandonnez point, Seigneur, je vous en conjure, car autrement je périrais et mes ennemis insulteraient à ma ruine. Tendez-moi la main du haut des cieux et relevez-moi près de vous , et alors je n'aurai plus aucune crainte. Les dangers qui me pressent s'éloigneront, et je me reposerai dans votre paix , plongé tout entier dans un torrent de délices.
Mais je vous demande par-dessus tout, ô ma suprême louange , mon doux Seigneur et mon céleste époux, d'exciter en mon cœur le feu de votre amour , votre joie, vos douceurs chastes et pures, afin que je vous aime avec toute la ferveur , le respect et la crainte possibles, que vous soyez constamment sur mes lèvres, dans mon cœur et devant mes yeux, et que nul amour étranger ne trouve désormais place en moi.
Mon cœur veillera donc sans cesse pour ne point s'éloigner de vous; je vous célébrerai dans mon esprit et dans mon
cœur, et je vous glorifierai, ô mon Créateur et mon Rédempteur. Mon corps, il est vrai, demeurera fixé dans le misérable exil de cette vie, mais mon esprit et mon cœur s'élèveront jusqu'au trône où se trouve mon inestimable trésor. C'est là qu'il n'y a plus ni combat, ni détresse, ni crainte, ni souffrance , mais une paix souveraine, une charité parfaite, une jubilation et une louange éternelles, une sécurité sans fin et un bonheur infini en union avec l'Esprit saint.
O éternel repos , ô vie bienheureuse , ôDieu, source de mon éternelle félicité, ô règne des cieux , règne de tous les siècles, pendant lequel il me sera donné de voir face à face , dans l'éclat de sa gloire et ceint du diadème que sa mère posa sur son front au jour de ses noces et de la joie de son cœur , le Roi d'honneur et de majesté, devant qui les Anges se prosternent enoffrantle tribut deleurs louanges et de leurs bénédictions! Ils le voient , ces esprits bienheureux , et ils
désirent le voir toujours. C'est là que le véritable soleil de justice réjouit les élus de sa merveilleuse clarté ; ils n'ont plus besoin de la lumière des astres , car la splendeur de la gloire du Père et le flambeau de la cour céleste brillent au milieu d'eux.