CHAPITRE XXIV
Grandeur de la Jérusalem céleste.
O Jésus, mon Dieu et mon espérance, tendre ami, lumière , voie, vie, salut, paix et gloire des mortels pour la rédemption desquels vous avez tout supporté : les infirmités de la chair, les chaînes, les croix, les épines, la mort et le tombeau ; vous qui , trois jours
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après votre victoire sur la mort , avez apparu ressuscité à vos disciples pour affermir leur foi chancelante , et qui , le quarantième jour, êtes remonté vers la gloire des cieux pour y vivre et y régner à jamais dans les siècles des siècles , vous êtes le Dieu vivant et véritable , mon Père saint, mon maître compatissant , mon inébranlable soutien , mon bien-aimé plein de charmes , mon pain vivant , mon éternel sacrificateur , mon guide vers la patrie , ma véritable lumière , ma douceur sainte , ma voie droite , ma suprême sagesse , ma simplicité et ma pureté, ma paix et ma concorde , ma sauvegarde absolue, ma portion choisie , mon salut éternel , ma grande miséricorde , ma patience invincible , ma victime sans tache , ma rédemption accomplie , mon espérance future , ma charité parfaite , ma résurrection glorieuse , ma vie de l'éternité , ma jubilation et ma vision béatifiquc h jamais permanente; inspirez-moi, je vous
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le demande, je vous en prie , je vous en conjure, inspirez-moi de m'avancer , par la force de votre grâce , de parvenir jusqu'à vous , de me reposer en vous, la voie , la vérité et la vie , sans laquelle personne ne peut arriver jusqu'au Père.
Je désire de vous posséder, ô mon doux Sauveur, ô splendeur de la gloire du Père, véritable lumière, lumière étincelante, lumière inépuisable que lesAnges désirent contempler à jamais ; vous trônez sur les Chérubins et vous plongez jusqu'au plus profond des abîmes. Mon cœur est devant vous , dissipez ses ténèbres , afin qu'il soit tout inondé de la charité de votre amour. Donnez-vous à moi, ô mon Dieu, et rendez-vous à moi. Je vous aime ; mais si mon amour est trop faible, faites que je vous aime avec plus d'ardeur. J'ignore le degré d'amour qui m'est nécessaire pour mériter vos chastes embrassements et ne jamais m'éîoigner de vous jusqu'à ce que je sois caché dans le secret de votre face ;
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je sais cependant qu'en dedans comme en dehors de moi, tout bien qui ne se rapporte pas à vous n'est pour moi qu'une véritable indigence.
Vous êtes le seul bien qui ne puisse ni augmenter, ni diminuer, parce que vous êtes vraiment le seul en qui la vie et la félicité se confondent. C'est à votre grâce seule que toute créature heureuse doitJa vie et le bonheur. Vous êtes donc une condition nécessaire de notre existence, tandis que nous ne sommes rien pour vous, puisque vous seriez toujours la bonté même et qu'ainsi rien ne manquerait à votre bonheur, alors même que nous ne serions pas. C'est donc un besoin pour nous de nous attacher constamment h vous, afin que le secours continuel de votre grâce nous aide à mener une vie sainte et conforme à la justice.
Le poids de notre humanité nous appesantit , il est vrai; mais les bienfaits de votre amour nous ravivent et nous relèvent ; nous nous avançons pleins d'ar-
deur , nous nous élevons et nous chantons les cantiques sacrés. Nous nous sentons enflammés du feu de votre amour, et nous marchons en nous élevant jusqu'à la paix de la céleste Jérusalem.
C'est alors que mon cœur a tressailli à la nouvelle qui m'a été annoncée :
« Nous irons dans la demeure du Seigneur, dans cette demeure où il a fixé tellement notre volonté, que nous ne désirons plus que l'éternelle jouissance qu'il nous y procure.» Mais, hélas! mon Dieu , tant que nous sommes asservis aux liens de notre corps, nous sommes comme de pauvres étrangers errants qui vous cherchons ; nous n'avons point icibas de cité permanente, mais nous soupirons après celle qui nous est promise. Notre entière liberté n'est qu'au ciel, et c'est pourquoi, Seigneur, sous l'impulsion de votre grâce, j'entredansle secret de mon cœur, et je vous y chante des cantiques d'amour, et je pousse d'inénarrables gémissements sur le lieu de
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mon pèlerinage , où vos justices sont devenues l'objet de mes penchants.
Au souvenir de Jérusalem , mon cœur s'élève vers cette bienheureuse patrie , qui est ma mère. Mais c'est vous surtout qu'il glorifie, ô mon Dieu, car c'est vous qui régnez sur Jérusalem ; vous en êtes la gloire , le Père , le soutien , le protecteur et le souverain ordonnateur.
O Jérusalem , je proteste qu'en vous seule se trouvent les nobles et chastes délices, la joie solide et tous les trésors; car le suprême et vrai bien ne repose qu'en vous. Aussi , Mère chérie, je ne me retirerai point de vous que je ne me sois jeté dans les bras de votre paix pour y puiser le véritable principe de ma vie.
O mon Dieu , jetez un regard sur ma misère , voyez mes imperfections , et opérez en moi un changement parfait et persévérant. Jérusalem , vous êtes la demeure immaculée et indestructible de mon Dieu, vos murs ne sont point d'ua
sable et d'un ciment terrestres ; il n'y a rien de matériel en vous, et cependant vous n'êtes point coéternelle à Dieu , mais l'œuvre de son amour. Vous avez été construite dans la suite des siècles , et Dieu vous a fixé des lois qui ne passeront pas.
Avant toutes choses existait la sagesse; pour vous , Jérusalem , vous n'êtes pas cette sagesse égale et coéternelle au Père qui a tout produit et qui , dès le commencement, a créé le ciel et la terre; mais cependant vous êtes véritablement la sagesse , et quoique vous ayez été créée dans le temps , il vous est donné de contempler l'éternelle clarté, et c'est pour cela qu'on vous appelle vous-même la lumière. Mais il y a entre vous, ô sagesse incréée et sagesse créée , la même différence qu'entre la lumière qui éclaire et celle qui est éclairée, entre la justice qui justifie et qui se trouve en vous , 6 mon Dieu , et la justice produite par la justification; car, suivant la parole
de l'Apôtre , nous aussi nous sommes ta justice de Dieu le Père , en Jésus-Christ son Fils et notre Seigneur.