CHAPITRE XXV
Dignité de la nature des Anges.
C'est une croyance admise que , dès le commencement, Dieu créa une substance intellectuelle et raisonnable, libre et immortelle , et qu'il la plaça dans la cité vierge, notre céleste Mère dans les cieux des cieux, qui publient sans cesse la gloire de leur Souverain. Ce fut la première œuvre du Créateur ; elle se fit avant le temps qui n'était point encore déterminé ; mais cependant sa nature , quoique sans relation avec le temps, est infiniment éloignée de la perfection de Dieu. Elle a été créée pour contempler la face de son Créateur ; elle ne s'en détourne jamais , et c'est pourquoi elle ne subit aucun changement. Cependant le germe de l'imperfection existe en elle ,
et elle serait sujette à l'obscurité et au refroidissement si, constamment attachée à vous , ô mon Dieu , elle ne brillait et ne brûlait que du feu de votre amour.
Mais il n'en est pas ainsi : la nature angélique s'unit à vous, Dieu véritable et éternel, par un amour chaste; et, quoiqu'elle ne vous soit pas coéternelle, elle ne subit néanmoins aucun changement, aucune vicissitude ; elle se repose doucement dans la contemplation de vos merveilles; car vous daignez vous manifester à ceux qui vous aiment, ô mon Dieu , et cette vision béatifique suffit à leurs désirs. De là vient que la nature angélique ne s'écarte ni de vous , ni d'elle-même, mais qu'elle demeure constamment dans le même état; sans cesse elle vous aime comme sa véritable lumière et son chaste amour.
O nature bienheureuse et sublime! ô la plus noble des créatures qui avez le bonheur de rester uniquement attachée à la
souveraine béatitude ! heureuse, mille fois heureuse de pouvoir reposer en Dieu et de le posséder !
Cette expression du Prophète : Le ciel du ciel est au Seigneur, me semble convenir justement à l'état des Anges dans la contemplation de la joie du Seigneur, sans aucun autre désir et jouissance que l'union de son unique et cha§te Époux, en qui se trouve le fondement et la paix des bienheureux : voilà les merveilles des merveilles célestes.
Et maintenant, Seigneur, que l'àme fixée dans un lointain exil s'interroge elle-même, qu'elle se demande si ses larmes se mêlent avec son pain , si elle ne souhaite que de passer dans votre demeure tous les jours de sa vie, c'est là Tunique objet de ses désirs. Car enfin, sa vie c'est vous, Seigneur, et ses jours ne sont que votre éternité, puisqu'ils sont éternels aussi bien que vos années.
Pense donc, ô mon âme, à la puis-
sance et à l'incomparable éternité de ton Dieu ; pense que la glorieuse Jérusalem, ta véritable patrie, quoique non coéternelle au Père , n'est cependant sujette à aucune vicissitude , qu'elle t'aime d'un amour infini, qu'elle ne te quitte nulle part et jamais; que sans cesse attachée à toi par les liens de l'amour, son affection ne connaît ni passé, ni futur; qu'elle ne subit aucun changement, et qu'elle demeure au point fixe de son éternité.
0 palais brillant et magnifique, oui, j'ai vraiment aimé votre beauté et le lieu où réside la gloire de mon Seigneur, votre Créateur et votre maître. Que nuit et jour, du fond de mon exil , mes soupirs s'élèvent vers vous , que mon cœur vous demande avec avidité , et que mon esprit se dirige vers le séjour de votre gloire !
Mon âme est consumée du désir d'arriver en la société des Bienheureux, car le Dieu qui a formé cette cour céleste a
voulu me posséder en elle, et il est notre commun auteur. Parlez-lui de moi, ô sainte Jérusalem, priez-le de me rendre digne de participer à votre gloire. Ce n'est point à titre de mérites que je réclame cette bienheureuse patrie avec tousses charmes, ce n'est qu'au nom du sang qui m'a racheté. Cependant vos mérites peuvent m'aider, et la pureté et la sainteté de vos prières peuvent être efficaces auprès de Dieu et suppléer à mon indigence.
J'en fais l'humble aveu, oui, je me suis égaré comme une brebis errante, et mon égarement a été bien long. Dans l'aveuglement de mon triste exil, je me suis éloigné de la face du Seigneur, mon Dieu. Privé par mon bannissement des joies du Paradis , je pleure chaque jour sur les misères de ma captivité ; je pousse vers le ciel de lugubres gémissements, et votre souvenir, ô Jérusalem, et la seule approche de vos parvis, ô sainte Sion, m'arrachent des plaintes inconsolables.
Il ne m'est pas encore donné de pénétrer au sein de vos merveilles ; mais , je l'espère , mon charitable pasteur me prendra sur ses épaules , il me reportera à votre sacré bercail , et là je pourrai m'unir à vos joies inénarrables, à ces joies qui font le bonheur des élus qui les possèdent, qui jouissent avec vous de la contemplation de ce Sauveur qui a effacé dans sa chair toutes les inimitiés et qui par son sang a tout pacifié au ciel et sur la terre. C'est lui qui est notre paix, c'est lui qui réunissant en sa personne les natures les plus disproportionnées a promis de nous accorder une félicité permanente égale à celle des esprits bienheureux, lorsqu'il a dit : Ils seront égaux aux Anges de Dieu qui jouissent dans les cieux.
0 Jérusalem, éternelle demeure de mon Dieu , soyez ma joie et ma consolation après un si loug exil. Que le souvenir de votre nom soit comme un baume qui adoucisse mes ennuis et ma peine,
car cette vie et les tribulations de mon pèlerinage me deviennent insupportables.