‹ De l'incendie du divin amourChapitre 35 sur 56 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Misères de la Vie présente.

La vie d'ici-bas n'est qu'une existence remplie de misères, d'inquiétudes et de tribulations; souillée de mille impuretés, dominée parles méchants, gouvernée par les superbes, patrie de l'infortune et de l'erreur , non , ce n'est point une vie , mais une mort où nous mourons à chaque instant sous le coup de mille vicissitudes que nous y subissons. Encore une fois , la vie de ce monde est-elle vraiment une vie ? Jetez les yeux autour de vous et voyez : celui-ci est accablé par les humeurs , celui-là succombe sous le poids de la mélancolie, cet autre est desséché par les ardeurs de la fièvre. Ici, c'est l'air qui est infecté, et puis les aliments surchargent , le jeûne affaiblit , les plaisirs

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corrompent , la tristesse consume , les sollicitudes fatiguent, les richesses enorgueillissent, la pauvreté humilie , la jeunesse donne de la présomption et la vieillesse produit la décrépitude; la tranquillité énerve , la maladie désespère, et à la suite de cette longue chaîne de maux survient enfin la mort, qui met fin aux joies fugitives qu'on avait à peine goûtées. On ne voit plus que le terme de l'existence , et le passé n'est rien.

Cependant , ô douleur, cette mort qui n'a de la vie que les apparences et qui est toute remplie d'amertumes, cette mort est pour beaucoup l'uniqueobjet de leurs sollicitudes ; ils se laissent séduire par ses charmes apparents et tromper par ses promesses mensongères. Cruelle et trompeuse jusqu'à l'évidence pour ceux même qui la chérissent si aveuglément , elle se voit néanmoins environnée d'une multitude insensée qu'elle abreuve et qu'elle enivre de la coupe d'or qu'elle rient à la main. Heureux le petit nombre

de sages qui refusent de se familiariser avec elle , et qui méprisent ses tristes joies et rejettent sa société, dans la crainte de périr avec leur séductrice !

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