‹ De l'incendie du divin amourChapitre 43 sur 56 · CHAPITRE XXX1IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX1IL

De l'Essence de Dieu.

Que notre voix retentisse au-dessus des Anges; élevons notre esprit vers Dieu par la contemplation , et rendons-lui toute la gloire dont nous sommes capables. Il est juste qna la créature glorifie son Créateur qui Ta créée pour sa gloire, quoiqu'il pût s'en passer, et qui est l'incompréhensible vertu qui se suffit à lui-même ; oui, notre Seigneur est grande et son nom mérite d'être glorifié. Consacrons-lui donc notre amour , no«> chants

et toutes «os œuvres , et cherchons à nous exercer dans ces pieuses pratiques, tout en nous rassasiant de la nourriture de la céleste lumière.

L'homme de désirs et le contemplateur des choses divines , trouve en Dieu un aliment abondant qui le fortifie et qui le porte à s'écrier à haute voix, du fond du cœur , dans l'excès de sa joie et l'ardeur de ses vœux : Dieu souverain tout-puissant , miséricordieux et incompréhensible , Dieu invisible , qui voyez tout , immortel , immense , infini , inappréciable, ineffable, insondable, immuable, impénétrable, qui pénétrez tout, redoutable , terrible , digne de tout bonneur , de toute crainte et de toute vénération ; Dieu toujours ancien et toujours nouveau, Dieu toujours agissant et toujours en repos , recueillant sans indigence , supportant tout sans peine , remplissant tout sans limites, créant tout, protégeant, nourrissant, perfectionnant et cherchant tout sans manquer de rien ; brûlant

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d'amour, cachant ses Saints dans un lieu sûr, repentant sans remords , tranquille dans la colère ; vous changez tout sans prendre conseil de personne , et vous n'avez jamais perdu ce que vous trouvez. Le gain vous réjouit, quoique vous ne connaissiez pas l'indigence ; vous êtes libéral , et vous demandez tout avec usure; vous êtes désireux de vous constituer débiteur, quoique tout vous appartienne. Vous soldez les dettes que vous n'avez pas contractées , et vous ne perdez rien en les acquittant. Seul , vous vivifiez tout, vous avez créé tout, vous êtes partout et partout tout entier. Vous avez le sentiment , vous êtes invisible ; vous ne vous écartez jamais, et cependant vous êtes loin de la pensée des méchants ; mais vous êtes encore présent à celui dont vous êtes éloigné, car là où vous n'êtes pas présent par votre grâce, vous y êtes par votre vengeance.

Vous touchez tout, mais non pas également , vous touchez des créatures

pour leur donner l'existence , mais non pas le sentiment et la vie; vous en touchez d'autres auxquelles vous accordez le sentiment et la vie sans l'intelligence; enfin, vous donnez à d'autres le sentiment , la vie et l'intelligence. Toujours semblable à vous-même, vous produisez diversement les différentes créatures.

Vous êtes présent partout, et ce n'est qu'avec peine que Ton peut vous trouver. Nous vous voyons devant nous , nous vous suivons , et nous ne pouvons vous atteindre. Vous possédez tout, vous remplissez tout, vous embrassez tout, vous surpassez tout, vous supportez tout, et tout cela par une même essence et par un même acte ; car vous surpassez tout par là même que vous supportez tout , et réciproquement.

Vous instruisez les cœurs sans aucun bruit de paroles ; vous allez invariablement du principe à la fin, et vous disposez tout avec une merveilleuse douceur; fous n'êtes pas divisé par l'espace , ni

sujet aux vicissitudes du temps ; vous n'avez ni rentrées, ni sorties , mais une lumière inaccessible aux regards de tous les mortels.

Vous demeurez paisible en vous-même et vous parcourez tout l'espace, car vous ne pouvez être ni divisé , ni partagé , puisque vous êtes véritablement un. Vous ne pouvez vous partager, parce que vous êtes tout en tout; vous remplissez, vous éclairez et vous possédez tout. L'esprit de l'homme ne peut concevoir l'immensité ni la profondeur de ce mystère : sa bouche ne peut le raconter, ses discours ne peuvent l'expliquer. Quand on remplirait de livres l'univers tout entier, on ne pourrait jamais écrire ce qui en est de vos mystères, car votre science est inénarrable et incompréhensible.

Vous êtes la source de la divine lumière et le soleil de l'éternelle clarté. Vous êtes grand sans mesure, vous êtes immense; vous êtes bon sans degré, vous êtes vrai-

nient et souverainement bon, et personne n'est bon que vous. Votre volonté se confond avec votre acte : pouvoir et vouloir, c'est pour vous la même chose. Vous avez tout créé de rien , vous avez tout produit par votre seule volonté.

Vous possédez toutes les créatures sans indigence, vous les dirigez sans peine et vous les gouvernez sans ennui, et il n'est rien qui puisse troubler la paix de votre empire.

Vous êtes partout sans être nulle part, vous contenez tout sans limites, et vous êtes partout sans position et sans mouvement. Vous n'êtes pas l'auteur du mal, car vous ne pouvez le commettre. Les tempêtes qui s'élèvent dans l'esprit des hommes ne vous agitent point , et votre royaume ne se borne pas à la terre , qui n'est pour vous qu'un grain de poussière.

Vous ne pouvez ni approuver ni commander les forfaits et les crimes; le mensonge ne souille point vos lèvres, car vous êtes l'éternelle vérité dont la bonté

nous a créés, dont la justice nous châtie, et dont la miséricorde nous délivre.

Aucun élément créé ne peut recevoir nos adorations : nous ne les devons qu'à vous seul. Vous êtes vraiment ce que vous êtes; vous êtes toujours le même, et vos années ne s'épuisent jamais.

Tels sont, avec beaucoup d'autres, les enseignements que je tiens de l'Église r ma mère , dont je suis devenu membre par voire grâce. Elle m'a appris que vous êtes un Dieu seul et unique, incorporel, impassible et impalpable , que votre substance et votre nature sont inviolables, immuables, sans mélange et sans figure ; que l'on ne peut vous voir avec les yeux du corps, et qu'aucun des mortels ne peut non plus vous contempler dans votre propre essence.

Nous pouvons conclure de là que nous aussi , après l'exil de celte vie , nous pourrons participer à la contemplation des Anges. Mais ceux-ci eux-mêmes ne peuvent vous voir dans votre perfection;

vous seul connaissez le mystère de la Trinité toute-puissante. Vous êtes l'unité divine devenue multiple par la pluralité des personnes; vous êtes numériquement innombrable , aucune mesure ne peut vous apprécier.

Nous ne reconnaissons pas d'origine à la souveraine bonté qui vous constitue , et de qui , en qui et par qui tout a été créé, mais nous disons que tout est bon en vertu de sa participation. Votre divinité a toujours été et elle est encore immatérielle , quoiqu'elle ait sa forme , forme informée, type des types, archétype que vous imprimez comme un sceau sur chacune des créatures sans subir vous-même aucun accroissement ni aucune diminution , et en mettant une distance infinie entre vous et les créatures qui vous appartiennent.

0 Trinité unique , Dieu seul en trois personnes, qui voyez toutes choses soumises à votre puissance , qui gouvernez et remplissez toutes les créatures ; nous

ne disons pas que vous remplissez tout , eu ce sens que vous êtes contenu en tout, mais plutôt que tout est contenu en vous. Nous ne disons pas , en particulier, et nous ne croyons pas que vous remplissez tout, en ce sens que chacune des créatures vous renferme dans sa capacité et en proportion de sa grandeur, mais que vous êtes vous-même en tout et que tout vient de vous, de vous dont la puissance renferme toutes les créatures sans qu'elles puissent jamais trouver le moyen de vous échapper.

Celui qui aura mérité votre indignation ne pourra jamais s'y soustraire, selon qu'il est écrit : « Vous ne pourrez échapper ni par l'Orient, ni par l'Occident, ni par les montagnes désertes , car c'est Dieu même qui est le juge (1). » Et ailleurs: a Comment pourrai-je m'éloigner de votre esprit et fuir votre face (2) ? »

(<l) Ps. 74.

(2) Ps. 138,

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