‹ De L'Incision Transversale Du Voile Du PalaisChapitre 8 sur 15 · AS" RER · texte numérisé non relu

AS" RER

Douches nasales phéniquées.

30 avril. — La malade va bien; mais les fosses nasales suppurent encore, et l’incision palatine n’est pas encore fermée, quoique les bords granulent.

5 mai. — On extrait quelques croûtes de pus desséché du nez et l’on constate dans le pharynx d’autres débris.

L’index gauche est alors poussé à travers l’incision palatine, en déchirant quelques adhérences récentes, et il guide la pince introduite par le nez, de manière à lui faire saisir. le corps étranger. C’est un séquestre mince, détaché de la base du crâne par l’action du caustique. La plaie d’où il provient se reconnaît à une excavation de l’os de plusieurs millimètres de profondeur, à bords rugueux et déchiquetés.

15 mai. — La malade va très bien, elle est levée toute la journée; mais les bords de l’ouverture palatine se cicatrisent isolément et laisseront probablement une fistule, qui exigera une légère intervention plus tard.

Os. V. — Polype naso-pharyngien, exlirpé après incision transversale du voile du palais, par M. Th. Weiss, professeur agrégé de la Faculté de médecine de Nancy.

Le nommé G..., de Dampierre sur Linotte, entre dans mon service, à l'hôpital Saint-Léon, le 24 décembre dernier.

C’est un jeune homme de 24 ans, robuste et bien portant, malgré là lésion sérieuse qu’il présente. Il y a 8 mois environ qu'il s’est aperçu d’une certaine gêne de la respiration nasale, en même temps que se montrait un coryza très rebelle, accentué surtout par les temps humides. Peu à peu les fosses nasales se sont obturées complètement, au point que ce malade ne pouvait plus respirer que la bouche ouverte; il accusait de plus une certaine gêne de la déglutition, mais ne présentait ni hémorragies ni altération de la santé générale.

Au moment de son entrée, je constatai chez lui les signes d’un fibrome exclusivement pharyngien, bouchant l'orifice postérieur des deux fosses nasales. En effet, il n’existait aucune déformation extérieure de la face, qui était parfaitement symétrique et normale; la partie antérieure des fosses nasales était

absolument libre, ainsi que l’on pouvait s’en assurer par l'examen au spéculum et le cathétérisme de ces cavités. Le voile du palais était bombé et manifestement repoussé en avant par une masse située en arrière et au-dessus de lui. En introduisant le doigt derrière ce repli, on arrivait sur une tumeur dure, de consistance fibreuse, très nettement sessile, dont on pouvait délimiter les contours et reconnaître le point d'implantation, c’est-à-dire la voûte basilaire et le bord postérieur du vomer.

L'ouie ne présentait aucune altération, et d’autre part rien ne permettait de croire à la présence d’un prolongement intra-crânien.

En un mot il s'agissait chez ce jeune homme d’un polype fibreux, ayant le périoste de l’apophyse basilaire pour point de départ, et occupant exclusivement l’arrière-cavité des fosses nasales. En cette occurrence il était évident que c’était à la voie palatine seule qu’il fallait s'adresser pour l’ablation de cette tumeur, sans recourir à des délabrements, que l’absence de tout prolongement facial contre-indiquait absolument.

Je procédai à l’opération dans les premiers jours du mois de janvier, avec l'assistance de MM. Ronmer et JAcQuINOT, et d'élèves du service, auxquels j'avais assigné d'avance le rôle qu’ils auraient à remplir.

Le malade, placé d’abord dans la position horizontale, fut endormi non sans quelque peine, en raison du prolapsus de la langue, qui venait se mettre en contact avec le voile du palais et oblilérer l’isthme du gosier déjà rétréci par la présence de la tumeur. L’écarteur habituel des mâchoires une fois appliqué, je renversai le malade dans la position de Rose, en ayant soin de placer la tête sur une table qui me fournît un point d'appui résistant pendant les manœuvres auxquelles j’aurais à me livrer.

Après quelques instants d'attente, nécessités par la gène de la respiration, je commençai avec le thermo-cautère la section du voile du palais, en procédant par ponctions successives, et en m'assurant exactement du chemin que je parcourrai. Au lieu de faire la section verticale habituelle, je détachai ce repli au niveau de son insertion aux os palatins sur une étendue de 3 centimètres, et je me créai ainsi une voie, par laquelle je pus introduire l’index et explorer l’arrière-cavité des fosses nasales, Comme cette boutonnière n’était pas suffisante, je prolongeai

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chacune des extrémités de cette incision, en inelinant cette fois le couteau obliquement en bas et en dehors, de façon à créer ainsi deux petits lambeaux, dont le côté externe mesurât 6 millimètres environ. J’eus ainsi une ouverture très large, à travers laquelle la tumeur vint faire spontanément hernie et s'offrir librement à nos regards. Le thermo-cautère ayant été constamment maintenu au rouge sombre, ce premier temps de l’opération avait été absolument exsangue, bien que les limites de notre incision eussent certainement intéressé des rameaux terminaux de l'artère palatine postérieure.

Cette opération préliminaire lerminée, je m'attaquai au néoplasme de la façon suivante: Une cuiller tranchante fut introduite par la narine gauche jusqu’à la partie postérieure des fosses nasales, où elle rencontra la tumeur. Le bec de l'instrument étant tourné vers la voûte basilaire, je portai celui-ci avec force jusqu’à la rencontre de la paroi postérieure du pharynx, où je fus arrêté par la résistance de la colonne vertébrale; je la ramenai vigoureusement en avant, puis de nouveau en arrière, et ainsi de suite, jusqu'à ce que j’eusse détaché la tumeur de ses connexions dans sa partie moyenne. Introduisant alors rapidement l'instrument par la boutonnière palatine, je la détachai de la même façon sur les parties latérales, au voisinage de la trompe d'EUSTACHE, puis je l’enlevai au travers de l’ouverture du voile à l’aide d’une pince-érigne, que j'avais préalablement fixée dans la tumeur, pour qu’elle ne püût glisser vers la partie inférieure du pharynx.

Ce temps de l'opération n'avait guère duré que 20 à 30 secondes et cependant en un clin d’œif le malade avait perdu une grande quantité de sang, ce qui n’étonnera personne, si l’on songe à la vascularité des fibromes naso-pharyngiens. Seulement, comme ce liquide s’accumulait dans l’arrière-cavité des fosses nasales ou sortait par les narines, je n’eus pas la moindre inquiétude au sujet de la respiration du malade, qui resta calme pendant tout le temps de l’opération. Du reste, à peine la tumeur avait-elle été enlevée, que j'enfonçai rapidement une éponge imbibée d’eau de PAGLrARI à travers la boutonnière palatine; je la maintins pendant 5 minutes environ contre l’apophyse basilaire; l’hémorragie était arrêtée aussi facilement qu’elle s'était produite, et en la retirant, j’eus la satisfaction de constater que

Pire

j'avais enlevé la tumeur en totalité et mis l’os à nu sur tout le point d'implantation.

La portion du vomer, attenant à la tumeur, avait ellemême élé arrachée au moment où dans un dernier effort j'avais extrait le néoplasme à travers la boutonnière palatine. Pour terminer l'opération, j'appliquai sur l’apophyse basilaire trois ou quatre bourdonnets de charpie imbibée de chlorure de zinc au ‘4, et bien exprimés, pour que ce liquide ne pût fuser au loin; puis je bourrai l’arrière-cavité de charpie sèche, que je fixai à laide d’un fil ramené à travers la bouche. Le malade fut réveillé avec la précaution de ne le changer ‘de position que graduellement pour éviter la syncope. Comme il était un peu pâle, je lui fis faire une à deux injections d’éther, qui le ramenèrent promptement et permirent de le transporter dans son lit.

Toute l’opération, chloroformisation comprise, n'avait duré que 25 minutes. Les suites en furent aussi bénignes que possible; la fièvre traumatique fut à peu près nulle, ce qu'il est permis d’attribuer en grande partie aux injections antiseptiques que je fis pratiquer dans les fosses nasales, avec une solution de chloral au ‘,,.. Inutile d’ajouter que les bourdonnets de chlorure de zinc avaient été retirés trois heures après leur application et que le suintement sanguin post-opératoire avait été absolument insignifiant. Les jours suivants, ce malade se trouvait en si parfait état qu’il put se lever sans sortir de la salle. Il respirait librement par les fosses nasales et ne se plaignait que de douleurs très modérées pendant la déglutition des liquides, dont on le nourrissait exclusivement. Le voile du palais était très tuméfié et les bords de l’ouverture, que j’avais créée, présentaient à ce moment des escarres grisâtres en voie de se détacher.

Le sixième jour de l'opération, j’explorai de nouveau la voûte basilaire, sans constater rien de suspect; par précaution je plaçai de nouveaux tampons imbibés de chlorure de zinc au niveau du point d'implantation et je renouvelai la même manœuvre une troisième fois quelques jours après.

Le quinzième jour je constatai que la boutonnière palatine s'était rétrécie de moitié et que les bords granulaient bien. L’arrière-cavité des fosses nasales était parfaitement libre; l’ouie et la respiration ne présentaient aucune altération.

En somme, l’état de ce malade était si satisfaisant, que ce

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