‹ De l'inconscient au conscientChapitre 39 sur 67 · LÉVOLUTION CRÉATRICE DE M. BERGSON · texte numérisé non relu

LÉVOLUTION CRÉATRICE DE M. BERGSON

contrôle, à je ne sais quelle super-intelligence différente de l'intelligence même.

Il oppose l'intuition à linlelligence, mais, par le raisonnement le plus subtil, il s'efforce de ramener l'une à l'autre ; place le critérium de la vérité dans l'intuition contrôlée par l'intelligence, vivifiée elle-même par l'intuition ; 'ie sorte qu'en dernier lieu, c'est Vintuition qui est à la lois juge et partie.

Il dénie à la logique le droit de connaître ce qui concerne la vie et les grands problèmes philosophiques ; mais, n'en fait pas moins, dans son œuvre, une très large part à l'érudition et au raisonnement !

Il invente une nouvelle entité métaphysique. « la durée ». mais il se trouve que cette entité est basée précisément sur ce qu'il y a de moins certain, de plus subjectif, de plus relatif à notre entendement : le concept du temps !

L'imprécision est plus formidable encore : L'œuvre de M. Bergson aboutit finalement, grâce à cette imprécision, à un vague idéalisme, mais un idéalisme qui n arrive pas ù s exprimer franchement et nettement.

Les difficultés semblent esquivées plutôt que résolues. Les anciennes antinomies ne sont pas conciliées dans une synthèse supérieure, vraie ou fausse, mais du moins précise : elles sont, osons le dire, comme subtilisées sous des formules confuses et floues.

Cette imprécision quasi systématique provoque, à la lecture approfondie de l'œuvre de M. Bergson, une sorte de malaise, que ni l'immense talent de l'écrivain, ni ses vues géniales n'arrivent à dissiper.

On ne sait plus, en effet, si l'on entrevoit la vérité à travers un mirage ou si l'on est simplement dupe d'une illusion paradoxale. On a l'impression d'une construction fort belle, mais quasi fantomatique ; faite de draperies chatoyantes, masquant une structure intérieure incomplète et défectueuse, dont la base et le couronnement apparais-ent également évanescents.

ISS DE l'iN( O.NSCIF.NT AU CONSCIENT

On a la crainte d'être dupe d'une sorte de mirage ou de la fantasmagorie dun magicien.

» M. Bergson, dit AI. Gillouin (1), nous entraîne avec lui, tournant et surmontant tous les obstacles, avec une aisance qui lait songer à je ne sais quelle « haute école intellectuelle ! » Elle fait songer aussi, malheureusement, à une sorte de prestidigitation...

L'imprécision de la philosophie bergsonienne fait qu'elle semble conforme, à un examen superficiel, aux doctrines les plus opposées. C'est un spectacle comique et en même temps attristant, de voir les tendances les p^lus contraires se placer sous la tutelle de M. Bergson :

Déistes et panthéistes, dogmatiques et théosophes, néocatholiques, néo occultistes et même, paraît-il, néo syndicalistes (2), invoquer son autorité !

Quant aux philosophes, ils sont simplement déconcertés par un système assez souple pour permettre de déclarer d'une part (3) : « Quelle que soit l'essence intime de ce qui est et de ce qui se fait, nous en sommes » ; ce qui semble bien une profession de foi panthéiste, conforme à l'esprit général de la métaphysique bergsonienne ; et, d'autre part, affirmer que, de toute cette même métaphysique : « se dégage nettement l'idée d'un Dieu créateur et libre, générateur à la fois de la matière et de la vie, et dont l'effort de création se continue, du côté de la vie, par l'évolution des espèces et par la constitution des personnalités humaines » et que cette œuvre « est la réfutation catégorique du monisme et du panthéisme ! » (4).

6* Enseignements contraires a des faits bien établis L'un des principaux enseignements de M. Bergson est

(1) GuxouDJ : La philosophie de M. Bergson,

(3) Bévue de métaphysique et de morale, nov. 1011.

(4) Etudes, 20 février 1917.

l'évolution créatrice de m. BERGSON 189

celui de la distinction, non pas de degré, mais de nalurey entre l'animal et l'homme.

Or cet enseignement ne s'appuie sur aucun fait et il est en contradiction avec les connaissances les plus précises de la psychologie contemporaine.

D'après M. Bergson, l'évolution en lignes divergentes aurait abouti, d'une part, à l'instinct animal ; d'autre part à l'intelligence humaine. L'instinct animal aurait gardé des ({ franges d'intelligence » et l'intelligence humaine un résidu d'instinct. Mais instinct et intelligence sont séparés par un abîme infranchissable et l'homme représente seul le produit essentiel et supérieur de révolution, tandis que le monde végétal et le monde animal nen sont que les déchets.

Cette théorie répugne profondément aux- philosophes naturalistes, qui voient en elle un retour, plus ou moins sincère ou plus ou moins déguisé, aux vieilles idées anthropocentriques. Elle troublerait infiniment, si elle était établie sur une base positive, l'harmonie de la synthèse évolutive.

Mais cette base n'existe pas ; l'enseignement de M. Bergson repose sur une omission capitale : la mise à l'écart, dans la conception de « l'évolution créatrice », du psychisme subconscient.

L'étude du psychisme subconscient chez l'animal et chez l'homme prouve avec évidence, nous allons le faire ressortir, l'identité de nature de l'animal et de l'homme.

Point n'est besoin de rechercher s'il n'y a pas, chez l'animal, plus que des franges d'intelligence : la psychologie comparée est trop peu avancée pour permettre de l'établir avec certitude. Il suffira de démontrer qu'il y a, chez l'homme, autre chose que des résidus dïnslinct : un domaine subconscient inliniment vaste qui nesl que le développement de cet instinct.

A ce domaine appartient l'automatisme des grandes ■fonctions vitales, identique chez l'homme et chez l'animal ; les grandes forces instinctives (instinct de conservation, de.

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reproduclion, etc...) également puissantes chez lanimal et chez l'homme, bien que parfois masquées chez ce dernier et enfin le subconscient supérieur actif, dont l'instinct animal n'est que la première manifestation, et qui juue, dans la vie mentale de l'homme, un rôle infiniment plus vaste que celui de la conscience, derrière laquelle il se dérobe simplement.

La psychologie suh consciente domine la vie animale comme elle domine la vie humaine et la conscience n apparaît que comme une acquisition, qui se réalise au fun et à mesure de cette évolution et proportionnellement au niveau atteint de cette évolution. Il ny a donc pas de dllférence de nature entre lanimal et l'homme : tous deux sont régis au point de vue psychique, par V Inconscient . Il ny a, entre eux, quune diUérence de degré, marquée par le degré de réalisation conscientielle .

La démonstration de cette vérité est capitale, car elle porte avec elle la faillite d'un des principaux enseignements du système bergsonien, et par suite, de sa méthode

Cette démonstration comporte trois parties :

A) L'instinct animal nest que la manilestation première, d'ordre inlérieur, du psychisme inconscient.

B) La subconscience hunmine, n'est que le développement, l'épanouissement, Venrichissenjcnl. par révolution progressive, de l'instinct animal.

C) Le degré de réalisation conscientielle chez l'animal et chez l'homme, et de l'animal à l'homme, est purement et simplement fonction du niveau évolutif.

A) L'instinct anlmal n'est ouf. i \ mamit.statiox PRKMiKnr., d'ordre inférieur, du psychisme subconscient.

En effet, l'instinct n'obéit, en majeure partie, ni •! !• logique, ni à la réflexion con*rienh\ ni à la voloiilô. S»*apparences sont celles du subconscient humain.

L'instinct aboutit à des résultats merveilleu.x. souvent

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