LÉVOLUTIOX CRÉATRICE DE M. BERGSON
supérieurs aux résuKals #3 la réilexion voulue el consciente : c'est exactement ce que fait le subconscient humain.
L'instinct est mystérieux dans son essence ; il ne relève d'aucune des règles psychologiques connues, tout comme le subconscient humain.
L'instinct enfin, se rattache au subconscient humain par la psychologie dite supranormale, dont il est impossible de ne pas tenir compte aujourd'hui.
On observe, dans l'instinct dit accidentel, une transiiion très nette et très frappante entre le subconscient instinctif proprement dit et le subconscient supranormal.
Guidés par cet instinct accidentel, les animaux se comportent parfois avec la sûreté, la lucidité inhérentes au somnanbulisme humain.
Fabre a cité les exemples suivants, observés par luimême :
Un chat est transporté, sans pouvoir se rendre compte du chemin parcouru, loin de la maison familière, d'un bout à l'autre de la ville d'Avignon. Il s'échappe tout à coup et, en quelques instants, arrive à son ancien domicile. Il avait traversé la ville sensiblement en droite ligne, sans tenir compte des obstacles non absolument in^ranchissables. Il avait parcouru un long dédale de rues populelises, sans voir les mille périls de la route, les gamins ni les chiens. Il avait traversé à la nage un cours d'eau, la Sorgue, dédaignant les ponts, qui ne se trouvaient pas exactement sur son passage ; bref, il avait agi tout à fait comme en état de somnanbulisme.
Un autre chat est emmené, en chemin de fer, d'O-range à Sérignan (7 kilomètres de distance). Il semble, pendant les premiers jours, s"accoutumer à sa nouvelle demeure et ne manifeste aucune idée de fugue. Puis, tout à coup, emporté par une impulsion irrésistible, il s'échappe et rejoint son ancien domicile par la ligne la plus courte, en traversant l'Aygues à la nage !
192 DE l'lnconscient au conscient
Des cas analogues de chiens, parcourant un trajet inconnu, long et compliqué, pour rejoindre la maison de leur maître, ont été maintes fois signalés.
Nous touchons, par ces exemples, a ce qu'on a appelé la phénoménologie métapsy chique.
Et, en effet, on a pu constater, chez les animaux, non seulement des manifestations hypnotiques ou somnambuliques, mais de véritables phénomènes supranormaux.
Certains ont parfois d'étranges prémonitions : le « hurlement à la mort » des chiens ne peut plus être oublié, quand on l'a une fois entendu, dans des circonstances tragiques. Je l'ai moi-même observé à diverses reprises et j'en ai été vivement impressionné.
En voici un cas :
Une nuit, je veillais, en qualité de médecin, une jeune femme qui, atteinte en pleine santé, le jour même, d'un mal foudroyant, était à lagonie. La famille était avec moi, silencieuse et éplorée. La malade râlait. Il était une heure du matin (la mort survint au jour).
Tout à coup, dans le jardin qui entourait la maison, retentirent des hurlements à la mort, poussés par le chien de la maison. C'était une longue plainte, lugubre, sur une note unique, émise d'abord sur un ton élevé, puis qui allait, decrescendo, jusqu'à s'éteindre doucement et très lentement.
Il y avait un silence de quelques secondes, et la plainte reprenait, identique et monotone, infiniment triste. La malade eut une lueur de connaissance et nous regarda, anxieuse. Elle avait compris. Le mari descendit à la hâte pour faire taire le chien. A son approche, l'animal se cacha et il fut impossible, au milieu de la nuit, de le trouver. Dès que le mari fut remonté, la plainte recommença et ce fut ainsi pendant plus d'une lieure, jusqu'à ce quej le chien put être saisi et emmené au loin.
Le naturaliste R. Wallace et .d'autres auteurs ont ciU nombre de cas, d'ordre métapsychique. plus mystérieux
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encore, ayant pour acteurs des animaux, spécialement les chiens et les chevaux.
On connaît, à ce propos, les cas des chevaux calculateurs. ^l'Elberfeld. Ce cas a été observé par maints savants, tels que le professeur Claparède, de Genève, et tous sont unanimes à en affirmer l'authenticité.
M. de Vesme a montré qu'il ne saurait s'agir de calculs conscients et réfléchis, mais de solutions d'ordre métapsychique et subconscient (1).
Je crois inutile d'insister sur ces faits ou des faits analogues connus de tous les spécialistes.
De Hartmann avait déjà assimilé les caractères de l'instinct aux caractères des manifestations supranormales dans les cas de double vue, de pressentiment, de clairvoyance. C'est, remarque-t-il, avec la même soudaineté et la même précision, que l'instinct et l'inconscient imposent leurs données à la conscience.
En résumé, ce qu'il faut retenir de l'analyse de l'instinct animal, c'est qu'il est d'ordre subconscient ; qu"il est de la même essence que le subconscient humain ; qu"il n"est. de toute évidence, que la manifestation première, d'ordre inférieur, de ce psychisme subconscient.
S'il occupe, chez l'animal la totalité ou la quasi totalité du champ psychologique, c'est simplement parce que, chez lui, le conscient n'est encore qu'à l'état d'ébauche.
B) La Subconscience humaine n'est que le développement, l'épanouissement, l'enrichissement de l'instinct animal.
Cette loi n'est que le corollaire de la première et repose sur la même argumentation. On trouve, dans le subconscient humain, tout ce qui caractérise essentiellement l'instinct animal. M. Ribot a dit de l'inspiration : « Avant tout,
(1) Annales des sciences psychiques.
elle est impersonnelle el involontaire : elle agit à la laron d'un instincl, quand et comme il lui plaît. » (1)
Il reste seulement à établir que ce qui, dans le subconscient, est supérieur à l'instinct, peut s'expliquer simplement par la différence de niveau évolutif.
Cette démonstration sera faite dans le livre II, auquel nous renvoyons le lecteur.
Nous montrerons par quel processus se fait Tenrichissement progressif du subconscient et comment l'inspiration géniale, l'intuition supérieure, les facultés créatrices qu'il possède ont déjà leur ébauche dans l'instinct animal.
D'ailleurs il serait difficile, aux partisans de M. Bergson, de s'insurger contre cette loi, puisque, pour eux, l'intuition est d'essence instinctive.
On comprend infiniment mieux l'intuition, en la considérant comme un épanouissement et un enrichissement de l'instinct, qu'en la considérant comme un résidu d'une faculté spéciale à l'animal.
C) Le degré de réalisation conscientielle chez l\\niwal
ET CHEZ l'homme ET DE l'aNIMAL A l'hOMME EST PUREMENT ET SIMPLEMENT FONCTION DU NIVEAU ÉVOLUTIF.
La démonstration de cette loi sera faite, également, dans le livre II, Cette démonstration perd d'ailleurs beaucoup de son importance par suite de la constatation que la majeure partie de la psychologie, soit humaine, soit animale est subconscienle et que le subconscient est de même essence chez l'homme et chez l'animal.
Dès lors, la diUérence capitale que M. Bergson s'eUorçail d'établir entre Vinstinct animal et Cintelligence -humaine, perd toute importance.
A ne considérer que le spectacle de révolution conscientielle, prise séparément, il devient bien évident qu'ell'' est simple fonction du niveau évolutif et qu'il n'y a pa-<
(1) lliKOT : Psychologie dis sentiments. (C'ost moi qui ai soulignié à la façon d'un instinct.)
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le moins du monde d'abîme infranchissable entre l'intelligence animale et l'intelligence humaine.
Il apparaît profondément illogique et faux de dire qu'il n'y a, dans l'animal, que des franges résiduelles d'intelligence.
De la base au sommet actuel de l'évolution, il y a une intelligence consciente qui se développe par degrés : potentielle dans le monde végétal et dans l'animalité très inférieure ; ébauchée dans l'animalité plus élevée ; déjà nette et active dans l'animalité avancée, où elle commence à jouer un rôle important ; plus nette et plus active encore dans l'humanité inférieure ; rayonnante et épanouie dans l'humanité supérieure.
Il nous reste à tirer une conclusion d'ensemble de cet examen de la conception bergsonienne de « l'Evolution créatrice ».
De tous ses enseignements, les seuls qui résistent à la critique, sont précisément les enseignements basés sur l'examen des faits ou tirés^ par une induction rationnelle, de Vexanien des faits :
Ce sont les enseignements sur la cause primordiale de l'évolution, sur l'insuffisance des facteurs classiques, sélection ou adaptation, sur la nécessité d'admettre un élan vital essentiel et créateur.
Les autres enseignements, ceux qui sont basés sur une conception soi-disant nouvelle de l'intuition sont, ou bien insuffisants et imprécis, ou bien, pire encore, contraires aux faits.
Quoi que l'on pense de la méthode de AI. Bergson, -quelque admiration que l'on professe pour son incomparable talent d'exposition et de séduction, on ne saurait trouver, dans le système de (( l'Evolution créatrice » une solution de la grande énigme.
Les vérités qu'il contient sont éclipsées par une erreur certaine, portant sur un point essentiel et viciant radicalement toute sa métaphysique.
D'" GusiA'VTi Geuey. 14