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C. Circumfusa : Climat, saisons , température, etc

L’influence la moins contestable que l’on puisse citer sur la durée de l’incubation des . maladies est certainement, après celle de l’individualité, celle du climat, de la saison, de la température et du génie épidémique.

C’est aussi sur ces questions que se rencontrent le plus de documents, et qû’il y a le moins de controverses parmi les auteurs.

Le climat exerce une influence des plus marquées sur l’endémicité des maladies, et d’après les tableaux statistiques fournis par un grand nombre d’auteurs, et entre autres par M. Michel Lévy, on ne peut conserver aucun doute sur la part qui revient à chaque climat dans les questions d’étiologie. Mais quelque intérêt que puisse présenter cette question au point de vue des maladies endémiques, nous ne devons pas perdre de vue que cette influence doit exclusivement nous occuper relativement à l’incubation des maladies.

Presque tous les auteurs qui, à propos des maladies endémiques et épidémiques, touchent de près ou de loin à la question d’incubation, s’accordent à dire que dans les climats chauds l’incubation est plus courte que dans les climats froids, et qu’il y a une sorte de rapport entre la durée de l’incubation des maladies et le degré ordinaire de température des localités où sévissent ces mêmes maladies.

Aussi cette question a-t-elle longuement occupé les membres de la conférence sanitaire de 1851, et nous avons trouvé, dans les rapports des discussions qui eurent lieu au sein de cette réunion scientifique, des faits qui confirment tous l’assertion que nous venons d’émettre.

Le docteur Carbonaro, à l’occasion de la discussion relative h l’incubation de la peste et à la durée à fixer pour les quarantaines, s’exprime à peu près en ces termes 1 :

« Le climat a une immense influence sur le développement plus ou moins rapide du germe pestilentiel; les degrés qui sont compris entre le dixième et le vingtième indiquent en grande partie l’influence graduelle du climat; cette influence est évidente, ajoute l’ora-

\ . Conf. san.it. internat. y 1854 .

leur, sur le développement des végétaux ; et permettezmoi, sans autre examen, de ranger l’incubation sous les lois de la germination ; or, comme les phénomènes de la germination se succèdent en temps divers sous des latitudes diverses, par exemple en Égypte , en Italie, en Hollande , révolution du germe pestilentiel doit se manifester en temps divers sur les divers points de l’Europe.;; il n’y a aucun doute, continue-t-il plus loin, « que , en général , la chaleur de la plage d’Égypte ne soit de 20 à 25 degrés; celle de la Hollande de 8 à 10; celle de l’Italie de 14 1/2 à 17 1/2: celle de la France méditerranéenne de 14 à 15. » Or, mettant ainsi en rapport le degré de température et la durée de l’incubation de la peste dans ces différents pays, M. Carbonaro évalue cette durée de l’incubation à vingt jours pour la Hollande : opinion partagée par Demanbroke; à dix jours pour l’Égypte ; et de douze à quinze pour la France.

Nous n’avons cité ces passages du discours deM. Carbonaro que pour montrer cette sorte de rapport qu’il établit entre le degré de température moyenne des localités et la durée moyenne de l’incubation des maladies dans ces mêmes pays; mais ces faits ne sont peutêtre pas aussi concluants qu’ils le paraissent au premier abord, car, dans une autre discussion, le même orateur, parlant encore de la durée de l’incubation, rapporte le tableau suivant de la durée de l’incubation de la peste.

Voici, dit-il, d’après différents auteurs, l’évaluation de la durée de l’incubation : Duvigneau, 3 jours; Wolmer,4 jours ; Auber Van, 1 0 jours; Grassi, 7; Zacchia, 1 0, Valié, 7; Ségur-Dupeyron, 8; Clot-bey, 8; Russel, 10* Bulard, 12; Verdoni, 13; Siraud, 14; Edwards, 15; Mauritio di Toloni, 15.

Enfin, comme document servant à prouver Pincer-

titude et les difficultés qui entourent de toutes parts cette évaluation de la durée de l’incubation de certaines maladies , rapportons , après les faits précédents, cette partie du rapport de M. Mélier :

« Il résulte des observations les plus nombreuses et les plus authentiques, des observations de Bulard et du docteur Grassi ; il résulte surtout des recherches déjà citées de M. Ségur-Dupeyron, faites dans les lazarets de la Méditerranée, par ordre du gouvernement français, que l’incubation de la peste ne dépasse pas huit jours ; à peine du moins si on cite quelques exemples d’une incubation plus prolongée, et encore sont-ils contestables et entourés de circonstances qui leur ôtent à peu près toute valeur. »

Tout ce qui précède, en nous donnant une idée de l’incertitude qui règne sur le temps nécessaire à la période d’incubation de certaines maladies, nous démontre en même temps toute la difficulté qu’il y a à résoudre la question de l’influence du climat. Comment, en effet, apprécier et déterminer avec précision la part de cette influence climatérique, lorsque , dans un même pays, dans un même lieu, la même maladie, sous l'influence d’un génie épidémique différent, donnera des résultats différents aussi, relativement à la durée de son incubation , comme de sa forme prédominante. La question climatérique, au point de vue qui nous occupe en ce moment, serait certainement plus facile à résoudre, par l’observation rigoureuse des cas de maladies sporadiques, que par les relations de maladies épidémiques, et malheureusement pour notre sujet, ces questions ont jusqu’à présent été beaucoup plus souvent soulevées à l’occasion des maladies épidémiques qu’à l’occasion des autres.

Aussi, faute de faits très-précis, nous nous renfermerons, comme presque tous ceux qui ont effleuré cette

question , à reconnaître que d’une manière generale les climats abrègent la période d’incubation des maladies, en raison du degré de leur température; ce qui revient à dire, en définitive, que c’est surtout à Finfluence de la température qu’il faut rattacher les variations diverses de la durée d’incubation des maladies qu’on observe dans les différents climats.

L’influence des saisons sur la durée de l’incubation est, comme celle du climat, en grande partie subordonnée à la température ; on lit à peu près partout, où il est tant soit peu parlé de la durée de l'incubation , que cette durée est plus courte pendant les saisons chaudes que pendant l’hiver. Il n’y a d’ailleurs nulle part , que nous sachions, de relevés statistiques sérieux entrepris sur la durée de l’incubation des maladies pendant les diverses saisons de l’année; les travaux qui se rencontrent sur la fréquence des maladies dans telle ou telle autre saison, ne traitent pas de l’incubation, ni par conséquent de sa durée; et si, dans les articles consacrés à la vaccine et dans le traité de M. Bousquet, on recherche quelques documents relatifs à Finfluence des saisons sur la durée de l’incubation de la vaccine , on ne tarde pas à reconnaître que l’influence qu’elles exercent doit être rapportée presque tout entière à la température.

Arrêtons-nous donc actuellement sur cette question de la température :

La vaccine, mieux que toutes les autres maladies, peut fournir des données précises sur ce point; nous disons : mieux que toute autre, parce qu’en effet les facteurs du produit sont ici mieux connus; d’une part, même virus, de l’autre, sujets dans des conditions presque égales; enfin, absence de génie épidémique; si l’influence de la température est tant soit peu marquée, avec de telles données elle ne peut échapper.

Nous allons extraire de l’ouvrage de M. Bousquet tout ce qui nous paraît pouvoir éclairer la question qui nous occupe, et la plupart des phrases que nous allons mettre sous les yeux du lecteur, seront prises textuellement dans son livre : « De même qu’on peut vacciner à toutes les époques de la vie, on peut aussi vacciner à toutes les époques de l’année. En général , on désigne le printemps comme la saison la plus favorable pour vacciner. En effet, le printemps, étant également éloigné de tous les extrêmes de température, semble, par cela même, laisser plus de liberté à la vaccine pour suivre ses périodes; l’automne partage avec lui cet avantage 11 est très-connu que les chaleurs excessives de

l’été, et les froids rigoureux de l’hiver , ont une influence sensible sur le développement du bouton ; les chaleurs le hâtent, et les froids, au contraire , le retardent; de telle sorte qu’en été un bouton de huit jours peut paraître autant et plus avancé qu’un bouton de neuf jours en hiver, preuve entre mille, que si la force qui pénètre et vivifie nos organes les conserve avec tous leurs caractères, au milieu des températures les plus diverses, elle ne saurait cependant les isoler jusqu’à les rendre totalement insensibles aux influences étrangères. »

« Cependant il y a des bornes à toutes les influences ainsi il ne faudrait pas croire que plus la chaleur est forte, plus la marche de la vaccine est rapide. Il est un point passé lequel l’inoculation reste souvent sans effet. Je lis dans le rapport du Comité central, pour les années 1821 et 1822, qu’un médecin de Monlluçon , M. Yves, ayant vacciné douze enfants au mois d’aout, à midi, par une chaleur étouffante, aucun d’eux ne reçut l’infection. Le même opérateur en vaccina douze autres avec la même matière, le même jour, à huit heures du soir, avec un succès complet. Cette oh-

nervation justifie l’opinion de ces vaccinateurs , qui tous ont avance que, choses égales , le vaccin a plus de chances de succès après le coucher du soleil, que lorsque cet astre est encore sur l’horizon : bien entendu qu’on raisonne dans l’hypothèse d’une chaleur excessive.

« L’expérience des médecins qui pratiquent dans les contrées équatoriales est d’accord sur ce point avec ce qui se passe dans les pays tempérés pendant les fortes chaleurs de l’été.

« Toute saison n’est-elle pas, en effet, un climat passager? M. Catel, médecin en chef du service de santé à l’île Saint-Louis, au Sénégal, nous apprend que, pen dânt l’hivernage , les chaleurs sont si fortes qu’elles déterminent à la peau une irritation vive qui fait com munément échouer la vaccine. Il faut vacciner vingt, trente sujets pour avoir deux ou trois boutons; auss la vaccine s’y est-elle perdue plusieurs fois.

« Quel est donc ici l’effet de la chaleur? serait-ce qu’elle décompose promptement le vaccin ? même quand on vaccine de bras à bras, la transmission est trop rapide pour croire à cette décomposition. Il est plus probable alors que le mauvais succès de l’opération tient aux conditions où se trouve la peau. La chaleur l’excite, l’échauffe, et, en activant la transpiration, détermine un mouvement fluxionnaire du centre à la circonférence , c’est-à-dire un mouvement en sens inverse de celui qui s’exerce dans l’absorption. Au reste, quand un fait est bien constaté , peu importe l’explication qu’on en donne. »

En résumé, une température élevée accélère l’incubation de la vaccine, mais une chaleur excessive nuit à son développement.

D’après les nombreuses vaccinations que nous avons été à même de faire pendant notre internat, et d’après

toutes celles que nous avons pratiquées à la mairie du XIe arrondissement, en qualité de médecin du bureau de bienfaisance, nous avons la conviction que l'influence de nos températures d’été accélère, de vingt-quatre heures au plus , le développement des boutons de vaccine, toutes conditions étant égales d’ailleurs, et si nous placions en parallèle l’influence de la température et celle de l’âge du virus, c’est-à-dire de l’époque de développement à laquelle il a été recueilli , nous trouverions cette dernière plus considérable. Ainsi un virus du quatrième jour avec une température basse provoque un développement des boutons plus rapide que ne le ferait un virus du huitième jour avec une température élevée ; de sorte, qu’en définitive, tout en reconnaissant avec tout le monde que l’élévation de la température a une influence incontestable sur la rapidité de développement de la vaccine, il ne faut pas toutefois s’exagérer le degré de cette influence, et la croire supérieure à d’autres.

Relativement à l’incubation de la variole et de la rougeole, les variations de durée que l’on pourrait attribuer à la température sont en vérité bien minimes à Paris; on ne peut guère lui rapporter une influence de plus de vingt-quatre heures en plus ou en moins, toutes choses égales d’ailleurs ; et si nous rappelons les beaux travaux du docteur Panum sur cette question relativement à la rougeole, nous voyons que, si les variations de température ont eu quelque influence sur la durée de l’incubation , cette influence a été si légère qu’il n’a pas cru devoir la noter.

La chaleur qui est regardée comme une cause puissante de la rage canine a-t-elle une grande influence sur la rapidité de son incubation? Est-il en vérité possible de déterminer la valeur de cette influence d’après les cas de transmission de cette maladie du

chien à l’homme, lorsque , dans tous les articles et les travaux spéciaux sur la rage, on rencontre des observations qui attestent que son incubation peut durer de trois jours (Cœlius Aurelianus , loc. cit.) jusqu’à trente, quarante, cinquante jours et même plusieurs années !

La question ne pourrait être résolue que par les inoculations pratiquées sur les animaux; mais les vétérinaires se sont moins occupés de résoudre cette question que d’en élucider beaucoup d’autres, et nous avons déjà rapporté quelques-unes des belles recherches de Mo Rev sur l’augmentation de la durée de l’incubation , proportionnelle à l’affaiblissement du virus rabique.

Les beaux travaux de M. Renault sur l’absorption des virus de la morve et de la clavelée ne déterminent pas non plus d’une manière précise jusqu’où la chaleur abrège l'incubation de ces maladies. Que nos connaissances sont loin , sous ce rapport, de celles des physiologistes sur la germination !

D’après la lecture des relations des épidémies qui ont sévi avec le plus de violence pendant les plus grandes chaleurs de l’année dans laquelle elles se montraient, il est fort difficile de préciser la part qui doit être faite pour la durée de l’incubation à l’influence du génie épidémique, et à celle de la température, parce que ces deux influences se combinent et agissent ensemble dans des rapports indéterminés.

De là cette grande difficulté que nous avons signalée au commencement de ce chapitre, d’établir, par l’étude des épidémies, l’influence particulière de chacune des conditions qui prennent simultanément part à leur développement.

Constitution médicale ; génie épidémique. — La

constitution médicale qui imprime aux maladies du moment un caractère particulier et qui modifie si

mystérieusement les dispositions individuelles, doit, comme le génie épidémique qui règle la nature , la forme , la marche et la gravité des maladies, avoir aussi une certaine action sur la durée de rincubation des maladies.

Malheureusement, c’est précisément au moment où le génie épidémique se révèle le plus par la gravité des maladies, par la rapidité de leur marche et de leur transmission, qu’il est le plus difficile de déterminer les sources de la contagion , et conséquemment la durée de l’incubation. Au milieu du foyer épidémique, tout concourt à obscurcir la question : les individus ont subi l’influence de la constitution médicale , qui a modifié leurs aptitudes individuelles , et les a plus ou moins ramenées à un même type de l’imminence morbide ; en second lieu , la cause , en vertu de laquelle l’épidémie éclate, agit incessamment sur chaque individu et s’oppose le plus souvent à ce qu’on puisse déterminer, au centre d'un foyer épidémique, quels sont les individus qui contractent la maladie par infection, quels sont ceux qui la doivent à la contagion.

Ici tous ces facteurs sont confondus dans leur produit, et la solution des questions est, sinon impossible, du moins entourée des plus formidables difficultés.

Ainsi parle M. Lévy, à propos des épidémies1 : « Saisons, climats, barrières naturelles ou factices, différences d’âge, de sexe, de complexion, etc., rien ne les arrête , quoiqu’elles s’appesantissent principalement sur les classes abruties et misérables. Point de fixité ni dans leur durée, ni dans leur itinéraire; foudroyantes au début, terribles dans leur stade ascendant, elles annoncent leur déclin par quelques oscillations dans le chiffre des invasions et des décès. Parfois elles inter-

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