‹ De l'incubation des maladiesChapitre 12 sur 18 · Loc . citât., p. 45t · texte numérisé non relu

Loc . citât., p. 45t

rompent subitement leur période descendante pour rétrograder et sévir avec une nouvelle furie (recrudescences) ; elles font taire les autres maladies , ou en réduisent le nombre; elles étouffent dès leur apparition une épidémie antérieure. En Orient, on voit la peste cesser quand se développe une épidémie de variole. Elles modifient la santé des individus aussi bien que la physionomie des maladies intercurrentes; enfin, elles rencontrent, dans leurs divagations meurtrières, des races qui leur résistent. D’après Fabrice de Hilden, l’épidémie de Bâle n’attaquait que les nationaux. Degner rapporte que les Français et les Israélites échappèrent seuls à l’épidémie dysentérique de Nimègue. Souvent les épizooties coïncident avec les épidémies. »

Après cette peinture frappante des épidémies, qui serait assez heureux pour parvenir à préciser la part de chacune des influences qui se trouvent alors confondues? C’est principalement en suivant la destinée des individus qui sortent d’un foyer épidémique avec l’apparence de la santé, que Y on peut arriver à quelque résultat sur la contagion et sur la période d’incubation des maladies.

Un premier fait qui semble à fabri de toute contestation, c’est que les maladies contagieuses ou infectieuses ont une période d’incubation plus prolongée en dehors du foyer épidémique qu’à son centre; et c’est précisément dans de telles conditions que les auteurs rapportent des observations d’individus qui, après avoir échappé à la maladie pendant leur séjour dans la localité où elle sévissait avec violence, n’en furent victimes que plus tard, en arrivant dans une localité éloignée, dans laquelle la maladie n’existait pas; et dans ces cas la durée de la période d’incubation prend des proportions si considérables, que des controverses peuvent s’élever sur la question de savoir si réellement ces indi-

vidus avaient en eux le germe morbide au moment où ils ont quitté le lieu de l’épidémie, ou bien s’ils n’ont pas été infectés ou pris spontanément par la maladie à leur arrivée dans ce nouveau pays.

Les relations d’épidémies fourmillent de faits de ce genre, et ont principalement servi d’argument aux contagionistes en faveur de leur opinion. A propos de la peste, de la fièvre jaune, du choléra, du typhus, de la méningite cérébro-spinale épidémique, etc., etc., on trouve dans les écrits des médecins un grand nombre d’observations de ce genre.

Dans une note communiquée par M. Garcin à l’Académie, dans la séance du 16 juin 1856, il est dit que des soldats revenant de Crimée furent pris de typhus après le débarquement, en se rendant vers Neufchâteau ; or, il ne s’était montré aucun cas de typhus pendant la traversée ; l’infection remontait donc au moins à quinze ou vingt jours.

Dans les Bulletins de l’ Académie des sciences (1 856) nous lisons que des soldats partis de Balaclava le 29 avril , entrèrent à l’hôpital militaire de Châlonssur-Saône, du 16 au 24 mai, atteints du typhus, après une incubation, par conséquent, de vingt à vingtquatre jours.

La durée de l incubation chez des individus sortis d’un foyer épidémique peut aller encore au delà, si nous consultons les faits racontés par M. Godelier à l’occasion du typhus dont fut atteint le 50e régiment de ligne ( Mem . Acad, méd , 1856). Parmi les soldats débarqués du Monarque , sur lequel s’était développe le typhus pendant sa traversée de Kamiesh à Marseille, plusieurs ne furent atteints de la maladie qu’au delà de cinquante jours. « Ce qui est remarquable (p. 885), c est que le germe morbide ait sommeillé pendant plus de cinquante jours, chez certains individus, après le

débarquement , pour se manifester au bout d’un temps si long, avec tous ses caractères spécifiques. »

On trouve encore (in loc. cit .) le fait intéressant que nous rapportons : « Le nommé Notrel était convalescent depuis quelques jours , d’une fièvre typhoïde grave , quand Brossard du 3e bataillon de chasseurs à pied, atteint d’un violent typhus, fut placé à coté de lui ; au bout d’une trentaine de jours, Notrel fut atteint de typhus. C’est un exemple de plus, ajoute M. Godelier, de la spécificité distincte des deux maladies. »

La méningite cérébro-spinale épidémique, dont l’incubation est si courte au centre des foyers d’infection , peut aussi éclater chez des individus un certain temps après qu’ils ont quitté le lieu de l’épidémie. (Forget . Gaz. méd ., 1842).

M. Michel Lévy, dans son Histoire de la méningite cérébro-spinale , observée au Val-de-Grâce (1849), ne se prononce pas sur l’incubation de la maladie dont il repousse toutefois la nature contagieuse. Certaines maladies infectieuses, résultat de faction des effluves, sur l’économie , comme le sont les fièvres paludéennes , peuvent présenter une période très-prolongée d’incubation, et cela lorsque les individus atteints ont, depuis plus ou moins longtemps , quitté le lieu d’infection que de soldats revenant d’Afrique ne sont pris de la maladie qu’à leur retour en France !

Dans les lieux infectés par une épidémie, on peut voir des exemples d’individus pris, presque tout à coup, de la maladie , après s’être soumis à la contagion ; il est vrai que chez eux l’influence de la constitution médicale avait déjà eu le temps d’agir sur leur économie; ainsi, selon M. Ségur-Dupeyron , le cadavre d’un pestiféré, jeté au bord de la mer, ayant été dépouillé par un pasteur nommé Anastase Dino, et par une autre personne , nommée Fostira , ces deux individus ont eu

la peste tout à coup et l’ont communiquée au village de Djelmek.

À Salonique, en 1816, une pauvre bohémienne gisait en pleine rue, prise de la peste; un janissaire la prend sous les aisselles, la soulève et l’appuie contre un mur ; le soir ce janissaire était mort de la peste *.

Nous ne nous arrêterons pas davantage sur tous les autres faits de maladies particulières que nous pourrions citer à l’appui de notre assertion , que le génie épidémique abrège la durée de l’incubation , qui devient souvent plus prolongée en s’éloignant du foyer d’infection.

Nous venons de passer en revue la plupart des conditions qui nous paraissent de nature à faire varier la durée de l’incubation des maladies ; nous pensons qu’en les parcourant le lecteur prendra une idée exacte des difficultés qui obscurcissent sans cesse cette question, et qu’il comprendra dès lors facilement comment pour chaque maladie en particulier il a pu s’élever et il s’élève encore aujourd’hui tant de controverses parmi les médecins, relativement à la durée précise de l'incubation de chacune.

En terminant ce chapitre, nous transcrirons cette page du livre de M. Lévy, qui résume assez, en définitive, l’état actuel de la science sur la question qui nous a été posée.

« Le svstème sanitaire des nations, fondé sur la doc-

trine de la contagion, implique deux notions essentielles, celle de toutes les maladies qui présentent positivement ce caractère, et celle de la durée possible de leur incubation. Malheureusement cette double notion est encore incertaine.

« La rage s’est développée huit mois après la mor-

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