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III. DIAGNOSTIC V.T PRONOSTIC

Du diagnostic. — - Consacrer un paragraphe au diagnostic d’une période de la maladie, qu’avec la majorité des auteurs nous avons dite être latente, pourrait paraître au premier abord tant soit peu paradoxal ; néanmoins nous croyons devoir dans notre travail poser cette question : Le diagnostic de la maladie est-il possible, à un certain point de vue, pendant la période d’incubation ?

Il y a ici deux conditions qu’il est indispensable de

bien déterminer, pour résoudre la question que nous venons de poser.

Si Ton se rappelle la distinction que nous avons établie avec M. Marsh dans la première partie de notre travail, relativement à l’existence d’une incubation locale et d’une incubation générale : la première comprenant le temps qui sépare l’introduction du virus dans l’économie des premiers phénomènes locaux qu’il détermine ; la seconde comprenant le temps qui sépare cette même introduction du germe morbifique, jusqu’à l’éclosion de la maladie générale; on comprendra sans doute alors qu’une question de diagnostic puisse être soulevée et qu’il soit intéressant de discuter jusqu’où, par l’existence des phénomènes locaux qui existent, on peut reconnaître la maladie générale qui est encore latente et dans sa période d’incubation.

Nous précisons donc nettement les questions : pour la période d’incubation locale, plus ou moins admise par tous les auteurs, et qui comprend le temps écoulé depuis le contact jusqu’au phénomène local, nous ne connaissons aucun signe rationnel ou autre qui permette de reconnaître l’imminence de la maladie. Celleci est "complètement latente, et rien encore ne peut la faire présumer; seulement cette période est si courte quelquefois, que beaucoup de médecins arrivent même à la nier, ainsi que nous l’avons déjà indiqué précédemment; mais enfin, si courte que soit cette période, si précoce que soit le premier effet sensible de l’action du virus au point de contact, on n’en doit pas moins admettre que tout diagnostic est impossible pendant ce que nous avons appelé la période locale d’incubation.

En est-il de même pour la maladie générale , et pendant sa période d’incubation peut-elle être reconnue?

Nous croyons pouvoir répondre affirmativement pour

certaines maladies. Ainsi il n’est pas douteux qu’après une inoculation variolique, on ne puisse, le troisième ou le quatrième jour au plus tard, reconnaître, par l’examen des piqûres d’inoculation que la maladie doit éclater du septième au huitième jour, avec tous les symptômes de la période d’invasion. Il y a dans cette circonstance beaucoup plus qu’une probabilité, c’est une certitude ; on est dans le domaine des probabilités tant que les papules de l’inoculation n’existent pas ; mais, du moment qu’elles se caractérisent, le médecin exercé à ces sortes d opérations ne présume plus l’invasion prochaine de la maladie, il l’affirme; il en a les signes précurseurs infaillibles.

C’est donc là déjà, il faut en convenir, un véritable diagnostic. Or, un tel diagnostic peut être posé pour quelques maladies dont l’invasion est consécutive au dépôt du virus dans un point déterminé ; dès le deuxième ou troisième jour, on reconnaît le résultat de la vaccine par l’examen des piqûres , et les vétérinaires savent aussi , après l’inoculation de la morve , reconnaître , par L’état local , si la maladie se développera.

Pour la syphilis, tout le monde connaît la doctrine de M. Ricord qui, selon l’induration ou la non-induration du chancre, peut prédire ou nier l’invasion plus ou moins prochaine de la syphilis constitutionnelle.

Il y a donc, on le voit, quelques maladies qui, ainsi que celles que nous venons de citer pour exemple , peuvent en quelque sorte être reconnues lorsqu’elles sont encore dans leur période d’incubation ; mais, il faut en convenir, ces maladies forment le plus petit nombre, et la plupart restent complètement cachées à l’œil le plus exercé, pendant leur incubation.

Ainsi pour la rage, qui pourrait, par l’examen du lieu d’introduction du virus, et après que toute morsure est

complètement cicatrisée, prévoir, par 'les caractères locaux, la triste invasion de cette effroyable maladie?

Pour les maladies contractées par infection, comme la variole, en dehors des inoculations, comme la rougeole, la scarlatine, le typhus, les fièvres paludéennes, etc., etc., il n’y a, que nous sachions, aucun phénomène sensible qui, pendant l’incubation, permette de reconnaître la maladie.

Pronostic. — De ce que nous venons d’admettre qu’il y a quelques cas dans lesquels la maladie peut être à un certain point de vue diagnostiquée, pendant la période d’incubation , nous devons entrer aussi dans quelques considérations pronostiques relativement à cette période. Ainsi le diagnostic de certaines inoculations virulentes comporte en lui-même une partie du pronostic de la maladie; le résultat des piqûres vaccinales entraîne la conséquence de l’immunité de la variole; celui du chancre induré , la conséquence delà syphilis constitutionnelle, etc. , etc.

Mais quelques autres questions d’un très-haut intérêt nous paraissent devoir prendre place ici.

Jusqu’où , par la cautérisation des inoculations , peut-on arrêter la maladie dans sa période d’incubation ? En d’autres termes, quel est le degré d’instantanéité d’action de la cause spécifique?

Ou bien encore, à quel moment de leur période d’incubation les maladies sont-elles encore accessibles à nos traitements abortifs ?

Il est dit partout qu’en détruisant sur place le virus, avant son absorption , on neutralise son action , et qu’on empêche ainsi l’explosion de la maladie ; c’est en s’appuyant sur cette opinion commune , que l’on pratique la cautérisation des morsures faites par des chiens enragés, que l’on cautérise la pustule maligne dès son début , et que quelques médecins conseillent

le même moyen après les piqûres anatomiques; c’est aussi sur cette idée que repose toute la théorie du traitement abortif de la syphilis.

Si l’on cherche à préciser le degré d’instantanéité d’action de la cause morbifique par les faits de maladies contractées par infection miasmatique ou effluviale , on est, pour ainsi dire , forcé de regarder cette action sur l’économie comme instantanée.

« On peut citer de nombreux cas d’individus , écrit le docteur Marsh *, qui , après avoir été une seule fois exposés aux effluves miasmatiques de la rougeole, par exemple, ont , après une période latente de quelques jours, été atteints eux-mêmes de cette même affection. Ainsi un individu s’expose un seul instant , le 23 mars, à des causes d’infection morhilleuse , et le 3 avril , c’est-à-dire le onzième jour, la maladie se déclare par les symptômes de catarrhe ; le 5 avril , l’éruption se manifeste et ne laisse aucun doute sur sa nature.

« La cause première d’une fièvre (Fordyce, Dissert, on fev .) agit d’une manière instantanée sur l’économie. La fièvre est ainsi produite d’un seul coup, uno ictu , et la cause aura beau disparaître, la maladie n’en suivra pas moins sa marche ultérieure. »

Nous pourrions rapporter de nombreuses observations qui témoignent qu’il a souvent suffi à une personne d’entrer un seul instant dans la chambre d’un morbilleuxpour être infecté par la maladie. Nous avons rappelé en plusieurs endroits de notre travail ces cas de peste, pour ainsi dire foudroyants, qui montrent que des individus venant à toucher un pestiféré sont pris tout à coup (Ségur-Dupeyron1 2) de la maladie.

Des enfants, d’après M. Biache, sont pris de coque-

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