‹ De L'Indépendance Fonctionnelle Des Deux Hémisphères CérébrauxChapitre 13 sur 32 · LUE · texte numérisé non relu

LUE

Cet auteuf, dans ses recherches sur lalocalisation des fonctions dé la région corticale de l’homme, a surtout fait des études comparatives sur les deux hémisphères.

« En comparant les régions motrices des deux extrémités, il a vu qu'elles se correspondent dans les deux hémisphères, avec cette différénce pourtant que, dans l'hémisphère gauche; la zone absolue occupe en même temps une partie assez grande du lobe pariétal supérieur. »

Poussant très loin ses recherches, il à fait ressortir un certain nombre de faits intéressants, notamment que la région corticale du nerf facial est absolue seulement dans l’hémi- Sphère gauche : elle ÿ occupe la moitié inférieure du gyrus central antérieur, du gyrus supra-marginal. Dans l’hémisphère droit, elle est relative et se confond avec la région motrice des deux extrémités.

Pour le nerf hypoglosse, la zone motrice présente une intensité à peu près égale pour les deux hémisphères, elle est située très probablement dans la partie inférieure du gyrus central antérieur et dans la partie adjacente de la 3° Le frontale, etc.

La déviation conjuguée des yeux, ou pour mieux dire du muscle droït interne d’un Coté et droit externe de l’autre, est dué dans tous lés cas à une lésion unilatérale d’un hémisphère quelconque.

Exner ne croit pas que la localisation de la parole se trouve exclusivement dans la circonvolution de Broca.

« Se fondant sur ses autres recherches, il en conclut que la région motrice de la parole est représentée dans l'hémisphère gauche d’une facon tellement intense qu'elle peut aller de pair avec aucune autre région motrice. »

Rappelons à ce sujet qu'un auteur anglais, le célèbre Hughlins Jackson (1), avait déjà émis l'hypothèse ingénieuse que les territoires gauche et droit, bien que tous deux consacrés au langage, diffèrent cependant en ceci que le premier

(1) H. Jackson. Hémisphéral coordination. Med. Times and Gazette, 1868,

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entrerait en fonctionnement sous l’influence de la volonté, le second automatiquement.

Continuant sa comparaison entre les deux hémisphères, Exner est arrivé à penser que : « les régions tactiles de diverses parties du Corps, déterminées par les deux méthodes déjà connues, coïncident en général parfaitement avec les zones motrices correspondantes, sans toutefois être très prononcées. L’'hémisphère droit est représenté plus intensivement pour la sensibilité, c'est le contraire de l'hémisphère gauche qui représente plutôt la fonction motrice. »

A la suite de sa monographie, la plus complète qui ait été publiée jusqu’à ce jour, Exner rappelle encore que dans certains Cas, bien rares assurément, on n'observe pas d’entrecroisement des faisceaux, ce qui expliquerait certains cas d'hémiplégie unilatérale. On ne doit jamais oublier que certains groupes musculaires sont innervés seulement par un hémisphère, tandis que d’autres ont, au contraire, une innervation bilatérale.

En résumé, les statistiques d'Exner prouvent de la manière la plus indiscutable l'inégalité fonctionnelle des deux hémisphères cérébraux.

Toutes les acquisitions faites par la science sur la physiologie du cerveau ont permis à M. le professeur H. Milne- Edwards de se livrer, dans son ouvrage si complet à tous égards, à la discussion la plus élevée sur la question que nous traitons. C’est un devoir que de reproduire fidèlement les pages éloquentes qu'elle a inspirées à notre éminent maître (4).

« L'indépendance fonctionnelle des deux hémisphères cérébraux, nous dit-il, considérée comme source de la force déterminante.des mouvements volontaires, n'existe pas au même degré pour l’action exercée par les foyers nerveux sur toutes les parties du système musculaire. Elle est presque complète quant à l'influence que le cerveau exerce sur les muscles moteurs des membres et de la langue. Mais elle fait défaut ail-

(1) H. Milne-Edwards. Leçons sur la physiol, et l'anat. comparées, t. XIII, p. 218 et suiv.

po

leurs, de sorte que, dans le cas d’hémiplégie cérébrale, le muscle orbiculaire des paupières du côté paralysé, tout en n'obéissant pas à la volonté lorsque le malade cherche à le faire agir isolément, se contracte sous l'influence de cette force lorsque son congénère du côté opposé est mis en mouvement. Les muscles moteurs du globe de l’œil échappent encore plus complètement aux effets de cette paralysie partielle, et les muscles respiratoires du côté paralysé ne sont qu’incomplètement soustraits à l'influence de la volonté chez les hémiplégiques, et l'on peut dire d’une façon générale que les conséquences de la cesssation de l’activité fonctionnelle de l’un des hémisphères du cerveau sur les mouvements volontaires partiels sont d'autant plus considérables que, dans l’état normal de l’économie, ces mouvements sont associés d'une manière plus intime dans les deux moitiés du système musculaire.

« Chez les vertébrés inférieurs, la localisation de la puissance volitionnelle dans l’hémisphère cérébral opposé à celui du systèmeïmusculaire qui est appelé à agir est encore moins prononcée. Ainsi, chez les batraciens et les poissons, l’ablation d’un des lobes ne détermine aucun mouvement spontané dans les mouvements de l’animal. Chez les oiseaux, les pigeons par exemple, cette opération ne produit aussi que peu d'effet appréciable. »

Plus loin, à l’aide d'un raisonnement d'une puissance extrême, M. le professeur Milne-Edwards résout toutes les difficultés qui peuvent planer sur cette question encore controversée de l'indépendance.

« Si la division du travail était complète, absolue, entre les deux hémisphères, on ne concevrait pas comment la destruction du lobe droit pourrait procurer au lobe gauche des propriétés physiologiques que ce dernier ne passéderait pas avant la mutilation, et réciproquement. Mais la difficulté disparaît lorsqu'on prend en considération la manière graduelle dont la localisation des fonctions spéciales s'opère dans l’ensemble du règne animal, où nous voyons un instrument vital qui, chez les êtres animés les moins bien doués, cumule deux fonctions, se montre successivement de plus en plus propre à remplir

uno à l’une d'elles seulement, tandis que la faculté qui s’affaiblit chez cet agent devient prédominante chez un de ses collaboraleurs.

« En effet, admettons par hypothèse que la division du travail entre les deux hémisphères ne soit pas complète, mais que l'influence exercée par chaque hémisphère A etB s’étende sur les deux moitiés du système musculaire a et b, mais très inégalement, de façon que l'hémisphère A n’exerce sur @ qu'une action égale à 1, tandis qu’il exercera sur à une action égale à 999, la somme des influences stimulantes exercée sur chacune des moitiés du système musculaire par la totalité du cerveau sera de 1000; mais après la destruction de l’hémisphère A, la quantité de force excito-motrice agissant sur les muscles à ne sera plus qu'égale à 1, tandis que la quantité de la même force agissant sur les muscles du côté À n'aura été diminuée que de 1/1000 et restera égale à 999. La perte sera donc insignifiante de ce côté, tandis que, du côté opposé, elle sera si grande que les effets produits par le facteur restant pourront passer inaperçus; mais si, par l'effet de l'exercice, la propriété en vertu de laquelle l'agent À agissait avec une puissance minime sur les muscles a se développe, grandit, la force, qui au premier moment était insuffisante pour faire fonctionner ces organes, pourra devenir apte à les mettre en jeu. Or, dans une multitude de cas, nous voyons que les instruments physiologiques se renforcissent par l'exercice, par conséquent, aussi, nous pouvons conclure que l’hémisphère restant se modifie peu à peu, non pas de manière à acquérir des propriétés qu’il ne possédait pas, mais à développer une faculté trop faible pour être utile et à rétablir ainsi, dans une certaine mesure, l’action de la volonté sur le membre paralysé. »

Les raisonnements si serrés de M. le professeur Milne- Edwards nous démontrent que nulle part plus que dans les manifestations du fonctionnement du système nerveux central la loi de la division du travail ne trouve une application plus

certaine.

L'étude que nous venons de faire sur le mode d’action des

deux hémisphères cérébraux; dans la production des mouvéments volontaires, nous conduit tout natureliement à adopter l'opinion des maîtres les plus autorisés sur l'indépendance fonctionnelle des hémisphères.

Un fait nous a cependant frappé, c’est que la localisation du langage articulé, dont la découverte a été le point de départ des recherches modernes sur l'existence des centres psychomoteurs, n’a pu recevoir aucune démonstration de l’expérimentation physiologique. Nous verrons, au contraire, dans le chapitre consacré aux preuves de l'indépendance des hémisphères tirées de la pathologie, que les recherches cliniques ont amplement permis de vérifier l'affirmation de Broca relative à la localisation du langage dans l'hémisphère gauche.

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