POURQUOI L'INDUSTRIE ALLEMANDE NOUS IMPOSE-T-ELLE
Nous venons de voir dans leurs grandes lignes, énoncées par des autorités scientifiques, industrielles et commerciales, les causes générales à toute l’industrie chimique, de la supériorité allemande. Nous allons rechercher celles qui touchent plus particulièrement {a branche pharmaceutique.
Matières premières : l'Allemagne trouve dans son sol trois matières premières importantes en chimie minérale : potasse, brôme, magnésie.
Potasse : nous avons déjà parlé des mines de la Haute-Alsace, de leur richesse et de l'intérêt de la France à les posséder ; c’est une question d’avenir que nous ne pouvons traiter, nous en resterons à la situation | présente. ;
Avant la guerre, c’est Stassfurt qui fournissait au monde la plus grande partie de la potasse ; après venaient la Russie et les Etats-Unis. Actuellement, il n’y a plus que les Etats-Unis qui en exportent en dehors des pays ennemis et des pays neutres riverains de l'Allemagne, d’où les prix très élevés des sels potassiques.
La quantité fournie par les salins de betteraves est minime et ne peut être envisagée comme concurrente.
Si nous n’avions pas après la guerre, la forêt des Nonnes en Alsace, qui en possède des gisements, nous redeviendrions tributaires des allemands qui resteraient les maîtres absolus de ce marché très important pour eux
Nous empruntons à Victor Cambon quelques détails sur Stassfurt : (1)
. (1) Victor Cawson. L'Allemagne au travail, page 124. Voir aussi page 126 la visite à la mine.
« Les mines sont situées dans la région qui environne le Hartz, depuis Halle sur la frontière de Saxe jusqu’au delà du Hanovre au nord et jusqu’au Mecklembourg à l'Est.
Découvertes à la fin du xvrrr siècle, elles furent
d’abord exploitées, puis abandonnées et enfin reprises après étude chimique approfondie en 1861.
Bien remarquer cette époque qui correspond à la naissance de la prospérité chimique allemande — c’est pour elle en chimie minérale ce que sont les couleurs en chimie organique.
Le sol de Stassfurt présente les couches suivantes : jusqu'à 250 mètres roches tertiaires et marnes; à 260 mètres, couche de chlorure de sodium épaisse de 90 centimètres environ ; de 350 à :400 mètres gypse ; de 400 à 500 mètres, couches successives de Carna-
lite, Kaïnite, Kiéserite et sels mélangés de potasse
exploitables.
Au-dessous, on trouve une couche de chlorure de sodium identifiée jusqu’à 2.000 mètres.
Avant la guerre, elles produisaient 6 millions de tonnes de sels de potasse bruts employés partie pour l’agriculture, partie pour l'industrie, ces derniers à l’état de chlorure, de carbonate et de sulfate.
Pour empêcher la concurrence et l’avilissement des prix, la production pouvant être théoriquement illimitée, les entreprises ont formé le syndicat de la potasse (Kalisyndicat) qui fait office de Cartel et règle la production, la vente et la publicité.
Brôme : Comme pour la potasse, nous resterons tributaires de l'Allemagne pour cette matière première, car le prix auquel nous revient celui de Tunisie (prix de guerre), ne nous permettra pas, nous le craignons beaucoup, d’en continuer l'extraction. A Stassfurt, le brôme est un sous-produit pouvant être vendu très bon marché. On l’a vu à 65 pfennings le kilo et laisser encore du bénéfice (1). Ce bas prix avait été amené par la concurrence américaine, mais une entente ultérieure entre les deux syndicats avait fait remonter les
(1) Fourneau. Sur l’industrie des Produits Pharmaceutiques et sur les moyens d'en assurer le développement en France. Bulletin des Sciences Pharmacologiques, mai-juin 1915.