OU
moyenne de trois mille ingénieurs dont la plus grande partie ingénieurs chimistes (1).
D'autres écoles nettement spécialisées, les Technicums, fournissent les contremaîtres et les chefs de fabrication. Très nombreux, spécialisés selon les régions et les industries locales, les Technicums dépendent des états (Staatische) ou des villes (Staedtische) d’où programmes et conditions d'admission variables. Presque dans tous, il y a des cours de chimie générale et ses applications à la spécialité étudiée. L’électrochimie y tient aussi une grande place.
« Les ingénieurs sortis des Polytechnicums forment l'état major des usines ; les élèves des Technicums constituent les sous-officiers de l’armée industrielle et la hiérarchie n’est pas moindre dans cette armée que dans l’autre (?).
Depuis une trentaine d’années, de nombreux instituts et laboratoires de chimie ont été créés ou reconstruits en Allemagne : Halle, Wurzbourg (Bavière), Darmstad, Carlsruhe, Goettingue, Leipzig, Berlin, Kœænigsberg, Marbourg, Iéna, Fribourg, Breslau, Munster. Les particuliers ont participé à leur édification et contribuent à leur entretien, ils s'intéressent aux études faites et prennent part à l'établissement des programmes.
La participation des industriels à la création d’instituts de recherches s’est étendue en Russie, en Angleterre, aux Etats-Unis et en France.
En Russie, des industriels de Sosnowitz et Lodz ont pris la résolution d'abandonner 5 0/0 de leurs bénéfices pour la création d’un Polytechnicum à Varsovie (5).
En Angleterre, M. Mond, industriel, dépensa 2.500.000 francs pour créer un laboratoire de recherches physico-chimiques sous la direction de lord Raylegh et du professeur Dewar.
4) Victor CamBon. L'Allemagne au Travail, 12e édition, page 13.
2) Henri Hauser. Méthodes allemandes d'expansion économique, 5e éd.,
3) Hazver Rapport sur l'Exposition Universelle de Paris, 1900, introduction page LxVI. x
L'Institut Sharp à Perth en 1896 ouvre aussi de nouveaux laboratoires de recherches (1).
En France, à l’aide d’une souscription publique à laquelle Solvay versa 100.000 francs, Haller fonda l’Institut chimique de Nancy.
L'Institut Pasteur a été aussi créé à l’aide d’une souscription publique sous le patronage de l’Académie des Sciences et les legs Hirsch et Osiris permirent plus tard de lui donner son importance actuelle.
L'Amérique a créé aussi de puissants instituts grâce à l'initiative individuelle :
L'Université de Palo Alto en Californie dûe aux libéralités du sénateur Leland Stanford.
L'université de Chicago à laquelle John Rockfeller a donné 20 millions.
Harvard University à Cambridge, près Boston, riche à 60 millions.
Ces institutions se sont surtout occupées des industries mécaniques, électriques et métallurgiques, délaissant l’industrie des produits chimiques.
A mettre en regard de l’organisation allemande sur l’enseignement de la chimie qu’avons-nous en France ?
Trillat nous en donne un exposé dans son rapport sur l'Exposition de Bruxelles de 1910, au chapitre « Enseignement de la Chimie dans ses rapports avec l'Industrie ». Nous suivrons l’ordre adopté par l’auteur. Il classe les Instituts et Ecoles de Chimie en trois catégories :
Instituts dépendant des Universités ;
Ecoles spéciales ;
Laboratoires officiels ou indépendants.
Instituts dépendant des Universités.
Institut de Chimie appliquée de Lyon : la faculté des sciences aménageait en 1883 des laboratoires pour l'instruction des directeurs, des ingénieurs et des techniciens des industries chimiques.
(1), Revue Générale des Sciences, 1897, tome 8, page 226 : l'Industrie Chimique, l'Enseignement et les Universités.
En 1898, M. Raulin transformait cette organisation en Institut autonome dirigé actuellement par M. Léon Vignon. Cette école dépend de l'Université par son installation dans les bâtiments de l'Etat, la nomination du personnel et l’'immatriculation des élèves par la Faculté des Sciences. Elle est administrée en dehors de l’Université par le Directeur, assisté d’un comité de patronage; celui-ci est présenté par la Chambre de Commerce de Lyon et nommé par le ministre du Commerce. Les rétributions scolaires ne rentrent pas dans le budget de l’université, elles servent à faire face aux frais des laboratoires ; les élèves ne reçoivent pas de diplôme universitaire, mais des diplômes de certificats d’études, délivrés par l'Ecole.
Institut Chimique de Nancy : fondé par Haller,
comme il est dit plus haut, pour faire contrepoids dans la région aux écoles de Strasbourg, Mulhouse et Zurich. Inauguré en 1890, il a été augmenté depuis d’une section Electro-Chimique et d’un laboratoire de teintures et impressions. Cet Institut a fourni beaucoup d'élèves et rendu de grands services à la région permettant de remplacer les. chimistes allemands et suisses dans les postes qu'ils occupaient.
Institut Chimique de Lille : il ne possède pas d’or-
ganisation spéciale. La Faculté des Sciences est seulement autorisée depuis 1911 à décerner des diplômes d'ingénieur chimiste pour sanctionner les études théoriques et pratiques de chimie générale et de chimie appliquée, faites à la faculté.
Institut de Chimie appliquée de Paris : fondé par
Friedel, 3, rue Michelet, dans l’annexe de la Faculté des Sciences pour l’enseignement théorique et pratique de la chimie. L’admission d’abord réservée à concurrence de 45 élèves suivant leurs études scientifiques a lieu maintenant à la suite d’un concours consistant en compositions écrites et orales en mathématiques, physique et chimie.
Le programme comporte 3 années d’études comprenant chimie minérale, chimie organique, chimie analytique, chimie appliquée, chimie industrielle, chimie physique.
Les cours sont faits par des professeurs de la Faculté des Sciences et les travaux pratiques dirigés et surveillés par des chefs de travaux qui font aussi les conférences préparatoires aux manipulations.
Des leçons de langues étrangères sont données pour permettre de suivre les travaux publiés à l’étranger.
L'Association des anciens élèves de l’Institut de Chimie Appliquée, 6, rue du Val-de-Grâce, à Paris, rétribue à ses frais des professeurs de mécanique et d'électricité pour permettre aux élèves d'étudier ces deux branches si utiles au chimiste industriel.
Nous aimerions voir ajouté à ces cours un enseignement sommaire de construction élémentaire comme en Allemagne dans les Polytechnicums.
Les élèves sortent au bout de la 3° année avec le diplôme d’Ingénieur chimiste ; ils trouvent des situations lucratives dans les branches de l’industrie chimique.
Après Friedel fondateur, Moissan, notre ancien maître à l'Ecole de Pharmacie de Paris en fut le directeur et actuellement ce poste est occupé par M. Chabrié, professeur de chimie appliquée.
Ecole de Chimie de l'Université de Bordeaux : créée en 1911.
Institut Chimique de Montpellier : l'enseignement
de la chimie y est donné par les professeurs de l'Ecole de Pharmacie et ceux de la Faculté des Sciences.
Institut Chimique de Toulouse : fondé en 1906.
Institut de Chimie industrielle du Centre de la France, à Clermont-Ferrand : créé en 1908 par les industriels de
la région qui l’entretiennent et en assurent l’enseignement technique et pratique par les ingénieurs de leurs maisons concurremment au personnel de l’Université.
Institut Electrochimique de Grenoble : né d’un
modeste cours d'électricité industrielle, il s’est considérablement développé et constitue aujourd’hui une
véritable école polytechnique pour toutes les branches touchant l'électricité.
Placé dans une région riche en houille blanche et à laquelle la guerre donne un développement industriel considérable, il est voué au plus grand succès. Comme celui de Lyon, cet institut est semi-indépendant de l’Université.
Ecoles spéciales.
Ecole Municipale de Physique et Chimie : fondée en
1882 sous l'impulsion de Lauth ; elle a eu comme directeurs successifs Schutzenberger, Lauth, et actuellement Haller.
Son but est la formation de chimistes et physiciens, pour l’industrie comme directeurs d’usines et chefs de fabrication (produits chimiques, sucreries, matières colorantes, colles, corps gras, chaleur, électricité, éclairage).
Le principe fondamental de l’école est que la physique et la chimie étant des sciences expérimentales, elles doivent être enseignées non seulement dans les cours où les expériences sont toujours forcément superficielles, mais surtout au laboratoire où l'élève, travaillant lui-même, profite mieux qu’en voyant faire son maître.
Les mathématiques et la mécanique y sont enseignées accessoirement pour faciliter l’étude de la physique et de la chimie.
Les études durent 3 années et les élèves sortent avec le diplôme d’Ingénieur chimiste.
Ecole Centrale des Arts et Manufactures : fondée en
1829. La chimie n’y est enseignée qu’au point de vue général, sans spécialisation ; c’est surtout le reproche qu'on lui adresse. Ses élèves sortent avec le titre d’Ingénieur des Arts et Manufactures et la plupart rentrent dans les chemins de fer, les administrations, ou la grosse industrie dont ils ne connaissent pas le premier mot.
Ecole Centrale Lyonnaise : c’est une sorte de filiale de la précédente, mais avec des spécialisations chi-
miques : électro-technique générale, électrochimie, électrométallurgie.
Institut Pasteur : Pasteur a eu son premier labo-
ratoire dans le grenier de l'Ecole Normale en 1860 ; en 1868, celui-ci était transporté rue d’Ulm. Les 2.500.000 francs de la première souscription publique permirent l’acquisition des terrains de la rue Dutot et la construction des bâtiments inaugurés en 1888. Une seconde souscription, après les travaux de Roux sur la diphtérie, permirent l'installation à Garches, d’écuries pour y immuniser les chevaux nécessaires à la fabrication du sérum antidiphtérique.
Différents legs facilitèrent l'installation actuelle la mieux organisée que nous ayions. Dirigé d’abord par Pasteur, puis Metchnikoff et actuellement par Roux, l’Institut Pasteur occupe :
30 professeurs chefs de service ou de laboratoire ; 50 préparateurs ou aides ; 75 employés.
Il est divisé en plusieurs services :
19 De Chimie biologique dirigé par Gabriel Bertrand ; ses laboratoires sont les mieux organisés du monde ; ,
29 Des fermentations s’occupant de brasserie, fermentations et levüres ;
39 De Chimie agricole. Par la sélection des ferments il a permis de développer considérablement les industries fromagères ;
40 De Chimie Thérapeutique. Ce dernier comprend deux laboratoires :
L'un de chimie thérapeutique dirigé par Fourneau ; L'autre de Pharmacologie dirigé par Launoy.
. 5° De Chimie appliquée à l'hygiène (hygiène alimentaire, désinfection, contagion), dirigé par Trillat.
Les ressources de l’Institut Pasteur proviennent des intérêts du solde des souscriptions, des subventions de l'Etat, de la ville de Paris, et du département de la Seine, de la vente des Sérums, de dons et de legs.
HN subventionne ses filiales de Lille, Nhatrang, (Annam) Saïgon, Brazzaville (Congo) et Alger.
Laboratoires officiels indépendants.
Laboratoire Municipal de Paris, pour la répression des fraudes ;
Laboratoire Central des Douanes ;
Laboratoire du Conservatoire des Arts et Métiers, dirigé par Job.
Laboratoires Bourbouze, subventionnés par la Pharmacie Centrale de France. :
Ces deux derniers font des cours de vulgarisation très suivis. Grandmougin regrette que les auditeurs du Conservatoire des Arts et Métiers ne soient pas sélectionnés, car il craint que le professeur ne fasse des cours en pure perte au moins pour la plupart des élèves insuffisamment préparés au langage chimique (!).
Laboratoires Lumière dont nous avons parlé précédemment.
Enseignement professionnel. Projet ASTIER.
Toutes les écoles que nous venons de passer en revue rapidement forment des professeurs, des chefs d'usine, des chefs de laboratoire, c’est du moins leur intention, mais il n’existe aucune organisation pour gormer les cadres comme en Allemagne.
D'après Georges Blondel, en 1902, l'Allemagne possédait
Pour l’enseignement supérieur : 11 hautes écoles techniques, 6 hautes écoles commerciales, avec chacune 200 à 500 élèves sans compter les auditeurs libres.
Pour l’enseignement moyen : 547 écoles industrielles avec 42.000 élèves, 85 écoles commerciales avec 8.000 élèves.
Pour l’enseignement élémentaire : 2.813 cours de perfectionnement industriel avec 300.000 élèves, 522 cours de perfectionnement commercial avec ‘40.000 élèves.
(1) Eugène Grawnmouax. « L'Enseignement de la Chimie industrielle eu France, pages 44 et suivantes. È
Les dépenses s’élevant à 35 millions sont supportées la moitié par l'Etat, l’autre moitié par les revenus scolaires et les subventions des villes et des particuliers.
En Suisse et au Danemark, l’enseignement professionnel est aussi très développé.
Chez nous l’enseignement professionnel est juste représenté par nos écoles nationales des Arts et Métiers-de Paris, Angers, Châlons, Aix, Lille et Cluny (Nièvre).
Ces écoles donnent des ingénieurs précieux pour l'industrie mécanique, la métallurgie, pour la construction, le chauffage, l'éclairage, l'électricité, mais aucun pour l’industrie chimique. La chimie n’est que sommairement enseignée dans ces établissements.
C’est fort regrettable, car les élèves des Arts et Métiers pris parmi le peuple constituent une sélection de travailleurs faite par les concours d'admission, et moins fortunés que les élèves des Hautes Ecoles, ils sont généralement plus entraînés à l'effort. Bien des industriels du reste les préfèrent pour cette raison car ils n'hésitent pas si besoin est à mettre la main à la pâte. :
C’est une lacune à combler et notre éminent et regretté confrère Astier s'était attaché à cette importante question depuis longtemps. Dès 1906, il présentait à la chambre un projet intéressant prévoyant des cours gratuits et obligatoires pour les apprentis. Ces cours seraient organisés par des commissions locales ; ils pourraient avoir lieu dans les établissements industriels avec le concours des directeurs, pendant les heures de travail légal, 8 heures par semaine à raison de 2 heures par jour. Les patrons devraient donner toute liberté à l’apprenti et mieux, en surveiller l’assiduité. Les frais seraient supportés par les communes. D’après Dubief (Apprentissage et Enseignement Tech-
nique 1910) ce serait un des meilleurs moyens de relever notre industrie nationale.