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PÉRIODE DE GUERRE

Fourneau nous a dit dans sa conférence du 17 avril 1915,que la guerre avait moins surpris nos fabricants de produits pharmaceutiques, qu’on pourrait le croire, qu'à part les dérivés du mercaptan, ils savaient faire tous les produits qui nous venaient d'Allemagne.

La Société Chimique des Usines du Rhône, outre les services rendus à la guerre a pu fournir à la pharmacie une grosse partie des produits synthétiques dont elle a eu besoin ; on doit donc lui en savoir gré malgré les bénéfices énormes réalisés par elle, car si ses fabrications n'avaient pas été au point, nous eussions manqué totalement de profits salicylés et de dérivés pyrazoliques. L’accroissement considérable de ses moyens de production, l'augmentation de ses réserves en font une firme de taille à lutter avec nos rivaux.

Les Etablissements Poulenc ont rendu exactement les mêmes services, sur une échelle moindre. Ils ont aussi beaucoup développé leurs fabrications et augmenté leur capital ; avec les Usines du Rhône ils constituaient les principaux représentants de notre industrie pharmaceutique.

La Compagnie Archimed qui vient de se créer au capital de 20 millions, sans compter 15 millions d'obligations émises en août 1918, et dont nous ne connaissons que le programme s’annonce aussi comme une firme capable de participer au développement de l’industrie pharmaceutique. Du reste son capital a été constitué en partie par des pharmaciens.

A côté de ces établissements spécialement organisés pour la pharmacie, nous notons la cr éation de la Compagnie Nationale des Matières Colorantes, au capital de 40 millions.

Nous constatons la prospérité de toutes les firmes d'industrie chimique qui ont travaillé pour la guerre.

Il est probable que les usines allemandes, comme les usines françaises, ont connu la même ère de pros périté et qu’elles ont augmenté leurs capitaux, mais la

disproportion sera quand même moins grande et notre situation sera meilleure qu'avant la guerre.

« D’innombrables et puissantes usines ont surgi du sol de la banlieue parisienne, dans la région Iyonnaise, et jusque dans le Crau pour préparer les acides, les dérivés du goudron, les poudres et les explosifs qu’il nous faut ; à la paix, il faudra les fermer ou les employer (1).

Leur transformation en usines de produits chimiques, produits pharmaceutiques, produits photographiques, colorants ou parfums sera nécessaire ; les usines de guerre deviendront des usines de paix.

Notre outillage industriel, sous l'influence des nécessités de la Défense Nationale, aura été créé très rapidement ; il sera amorti en partie, sinon tout à fait, et de ce côté nous serons beaucoup mieux placés qu'auparavant vis-à-vis des Allemands.

Les gros dividendes payés par les sociétés d’industrie chimique ont attiré l'attention des capitalistes un peu refroidis par leurs déboires en placements étrangers et les capitaux ne manqueront plus quand les industriels y feront appel. (L'émission des obligations Archimed a été couverte 4 fois en quelques jours).

Les Etablissements de Crédit revenant à une saine conception de leurs devoirs semblent prendre la tête du mouvement, aussi voit-on la Banque de Paris et des Pays-Bas et la Banque de l’Union Parisienne représentées dans le Conseil d'administration de la Compagnie Nationale des Matières Colorantes.

Parallèlement à cet essor industriel, et à cette prospérité, une véritable croisade est menée par les groupements corporatifs, les associations scientifiques et le corps enseignant pour détrôner les médicaments allemands en France et les remplacer par des produits nationaux.

Outre l'Office des Produits Chimiques et Pharmaceutiques, organe gouvernemental, dont nous avons parlé plus haut, il s’est fondé sous la présidence du Docteur Landouzy, un « Comité d'initiative de la

L 1 (4) HouLue viens. La Renaissance de notre Industrie Chimique. Le Temps, du 8août 1916.

presse médicale et scientifique pour l’expansion économique de la France et des Alliés ».

Les vice-présidents sont le Dr Gilbert et notre maître Bourquelot, le secrétaire général, le D' Bardet (1).

Le but de ce comité est d’entretenir le médecin et l’homme de laboratoire dans la volonté bien arrêtée de s’enquérir de l’origine des objets qu'ils emploient, d'amener les industriels à créer tout les articles nécessaires pour l’usage des laboratoires ou pour l'exercice de la médecine ; de se mettre en relations avec les comités étrangers des pays alliés de façon à permettre à tous les acheteurs, par le moyen de catalogues imprimés en plusieurs langues, de connaître les maisons capables de fournir ce qui, jusqu'ici, venait d'Allemagne.

L'Académie de Médecine, le 26 janvier 1915, a discuté la question des marques de fabrique relatives aux médicaments à propos des agents médicamenteux importés d'Allemagne en France. Le professeur, Albert Robin, propose de délivrer, au lieu des produits allemands, les similaires fabriqués en France.

M. Hanriot, rappelle à l’Académie qu’elle a le droit par décret du 3 mai 1850, de proposer des remèdes nouveaux et par là, droit de veto sur ceux qui ne seraient pas reconnus dignes d’être admis.

Sur la proposition du secrétaire perpétuel, M. Debove, elle renvoie l’examen de la question à la Commission des Produits Pharmaceutiques.

Dans sa séance du 9 juin 1915, le président de cette commission définit ainsi son programme.

-« Former un lien fécond entre la science et l’industrie de manière à faciliter la création de marques nationales qui iront porter à l'étranger notre influence et nous permettront de prendre sur le marché mondial. la place que mérite assurément la grandeur de notre effort ét l’ingéniosité de notre tempérament latin ».

M. Tiffeneau expose son rapport sur « les moyens propres à assurer le développement en France de l'industrie des Médicaments Chimiques » ; il conclut à la modification de la loi des brevets, à la suppression des

(1) Dr Lyonner. Lyon Médical, février 1916,

droits sur l’alcool industriel, à la liberté de fabrication par les non pharmaciens des produits chimiques et à l'introduction de nouvelles marques françaises pour remplacer les marques allemandes.

L'auteur fait un referendum près des personnalités compétentes et les réponses concordent en majorité avec son opinion {!).

La Société de Thérapeutique n’est pas d'avis de boycotter les marques austro-allemandes par crainte de représailles, surtout pour les droits d'auteurs.

Le D' Bardet attribue le monopole de fait des Allemands, aux députés, aux sénateurs, aux médecins et surtout à nos savants et à nos professeurs ; il demande à la Société de Thérapeutique de nommer une commission pour l’organisation de l’industrie des médicaments en France.

Il réclame aussi la création d’un Institut Pharmacologique.

Dans les discussions à propos des marques de fabrique, Tiffeneau n’est pas d'avis de supprimer les marques étrangères, mais de leur substituer des marques nationales qu’on saura imposer et faire triompher par les seuls moyens de la concurrence honnête et sérieuse. C’est aussi notre façon personnelle de voir la question ; c'est d'autant plus facile que la durée de la guerre a en fait supprimé les marques allemandes et laissé le champ libre aux marques françaises. La publicité aidant, nous voyons la Formine remplacer l’urotropine, la Pyrazoline remplacer l’antipyrine, l’Amidopyrazoline, le pyramidon, la Rhodine, laspirine, l’'Uronal, le véronal, l’Arsénobenzol employé au lieu du salvarsan, etc.

Cette question des marques a aussi beaucoup occupé les sociétés pharmaceutiques.

L'Association Générale des Syndicats pharmaceutiques adressait aux médecins, le 1er décembre 1916, une circulaire les priant de prescrire les produits employés par eux sous leur nom habituel et pour les marques allemandes: Aristol, Collargol, Dermatol, Dionine, Héroïne, etc., faire suivre cette dénomination des initiales P. F. (produit français), se basant sur ce que les

Ne mt une de Thérapeutique, 1914-1916, pages 415, 641 à 652, » ) x 0

procès faits pour les noms déposés antérieurement ont été gagnés par les syndicats poursuivants :

Antipyrine (jugement de la Cour d'Appel de Paris, du 4 mai 1900) ;

Pyramidon (jugement de la Cour d'Appel de Lyon: du 23 février 1907).

Nous citons les considérants du jugement de Lyon :

« Le dépôt de la marque n’a été qu’un expédient imaginé par la société demanderesse pour confisquer un nouveau remède qui allait être vulgarisé sous ce nom et se créer un droit exclusif de le vendre sous cette dénomination. Elle n’a pas pu déposer valablement comme marque de fabrique le simple nom destiné à devenir bientôt après la désignation usuelle et nécessaire du nouveau produit.

. I importe dans l'intérêt général de ne pas laisser accaparer par un seul directement ou indirectement un médicament utile à la santé publique ».

La Société de Pharmacie sur le rapport de notre ami Dufau propose que les médecins ajoutent le mot « Codex » aux dénominations auxquelles ils sont habitués (!).

M. Fréjacques, président du syndicat des pharmaciens de la Côte-d'Or est d’avis qu’on fasse suivre les noms de f. ch. (formule chimique).

La Chambre Syndicale des Pharmaciens de la Seine, transmet à l’académie de médecine le vœu sui- NII ALES

« Que l’Académie de Médecine, seule capable de remplir cette tâche, veuille bien, vis-à-vis des marques ayant une valeur légale, chercher un synonyme facile à retenir, le publier et en proposer l'usage au corps médical tout entier (?).

Le D' Lyonnet et R. Boulud, pharmacien des ‘Hôpitaux de Lyon, recommandent de s’en tenir aux produits du Codex et du formulaire des hôpitaux militaires d’une part, et d’autre part pour les quelque 30 ou 40 autres produits nouveaux ayant une valeur

(4) Journal de Pharmacie et de Chimie, 1er août 1915, (2) Bullelin Médical, 15 juin 1916.

réelle leur donner un nom unique choisi par la commission du Codex (!).

Aucune de ces solutions n'étaient pratique, et aujourd’hui, plus de deux ans après leur proposition, aucune n’a été adoptée ; nous ne les avons signalées que pour montrer le mouvement créé en faveur du développement de notre industrie pharmaceutique.

La question intéressait: même un jeune docteur en médecine de Lyon, le docteur Edmond Chauvin, qui la choisit pour sujet de thèse (?).

Dans son travail, l’auteur nous cite Erlich travaillant pour l’Institut Speyer en Bavière avec la clause suivante : crédits illimités.

Il nous dit, page 32, que les médecins français, harcelés de prospectus, de brochures, de réclames à allure scientifique, se sont laissés aller à prescrire les médicaments allemands, et leur bonne foi surprise, ont favorisé sans s’en douter, l’essor d’une industrie étrangère et rivale.

Notre confrère le docteur Jules Roux, pharmacien à Surgères (Ch. Inf.), sous le titre « Le Renouveau », revendique pour les pharmaciens, une part dans la direction et l'exploitation des usines de produits pharmaceutiques et il engage les adhérents de la fédération à s'unir pour atteindre le but (*).

Paul Garnal a publié sur les moyens propres à assurer le développement en France ‘de l'Industrie des médicaments chimiques une « Communication à la Société de Thérapeutique en réponse à l'étude présentée par M. Tiffeneau », qu'on pourra lire avec intérêt. D'une plume alerte l’auteur reproche aux Ecoles de ne pas s'occuper assez de « former des esprits inventifs ». C’est sous une autre forme ce que nous leur reprochons dans les pages précédentes. :

Une puissante association de patronage, la Société

de Chimie industrielle, s’est constituée sous la présidence d'honneur de M. Haller dans le but de contribuer

(1) Ounx, la Chronique Pharmaceutique, août 1945.

(2) Edmond Cnauvin. La France doit préparer elle-même les produits pharmaceutiques qui lui sont nécessaires (Lyon, 1916, Rey, nan

(3) Jules Roux. Bulletin Mensuel de la Fédération des Pharmaciens du Sud- Ouest et du Gentre, n° 417, « le Renouvean. »

au développement de l'Industrie Chimique et d’assurer à cette branche de notre activité nationale, le rang qu'elle doit avoir dans la lutte économique d’après guerre. Son siège est 49, rue des Mathurins, à Paris. Là, pourront s’y rencontrer : savants, industriels, ingénieurs et chimistes.

Sa revue » Chimie et Industrie » est une publication luxueuse et très documentée.

Cette société qui réunit les personnalités les plus éminentes de toutes les régions de France permet d’espérer de bons résultats.

En résumé, industriels, savants, professionnels, -sont unanimes à reconnaître la nécessité de l'effort collectif ; chacun dans sa sphère, stimulé par la guerre, agit selon la mesure de ses moyens, Ceux-ci devront être développés, groupés, convergés, tendus vers un but unique, la grandeur de la France.

Nous allons essayer d’en dégager le programme et la part que peut et doit y prendre le corps pharmaceutique.

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