ROLE DU PHARMACIEN DANS LA RÉNOVATION DE L'INDUSTRIE CHIMIQUE
Venant d’esquisser les réformes d'ordre général
que nous croyons devoir être apportées dans nos mé-
thodes pour le développement de Findustrie chimique,
nous allons examiner maintenant leur adaptation à
l'Industrie Pharmaceutique et le rôle que doit tenir
le corps pharmaceutique dans le développement de notre puissance en industrie chimique.
Le pharmacien a toujours tenu une place prépondérante dans l’histoire de la chimie et les hommes illustres qu’elle a fournis dans cette branche ne se comptent plus ; nous citerons parmi les principaux :
Proust, pharmacien chef à la Salpétrière, professeur de chimie ; auteur de la loi des proportions multiples ;
SÉRULLAS, pharmacien militaire, qui découvrit liodoforme et pendant le blocus continental, prépara le sucre de raisin pour les hôpitaux ;
SOUBEIRAN, pharmacien des hôpitaux, professeur de chimie qui découvrit le chloroforme ;
PELOUZE, qui prépara le tannin et découvrit le fulmicoton ;
BouDET, qui fut chargé par Berthollet en 1793, de la fabrication de la poudre à canon | pour les armées de la République ;
PELLETIER et CAVENTOU, les auteurs de la CP verte de la quinine ;
BaLARD, qui découvrit le brome ;
:BRACONNOT, pharmacien à Nancy, qui étudia les corps gras et inventa les bougies stéariques ;
LABARRAQUE, créateur des Hypochlorites, remis en honneur par Carrel, pendant la guerre, sous forme de Done de Dakin, pour le traitement antiseptique des plaies ;
+080 = CourrTois, qui découvrit l’iode (1).
__ QUEVENNE et NATIVELLE, qui trouvèrent la digitaline et VEr, l’'Esérine. ;
CLAUDE BERNARD et Jean-Baptiste Dumas,qui furent élèves en pharmacie. Dumas cite que dans les premiers voyages qu'il a faits en Angleterre, il retrouvait dans tous les centres manufacturiers les même sentiment : « Nous faisons mieux que vous l’application en grand des produits chimiques, mais c’est la France qui les invente. Vous avez des chimistes et nous n’en avons pas ; pourquoi cela? » Je répondais : « C’est que nous avons des pharmaciens et vous n’en avez pas. C’est que pour produire quelques chimistes éminents, il faut en semer beaucoup et c’est la pharmacie qui les sème ».
La plupart des découvertes chimiques faites en France dans le premier quart du siècle dernier, l’ont été par la pharmacie ; une éclipse s’est produite vers 1825 et sous l'influence de Liebig, c’est l'Allemagne qui à acquis la suprématie grâce à la collaboration du pharmacien allemand.
Ce que nos ancêtres ont fait sous Napoléon Ier, ne pouvons -nous pas le faire aujourd’hui? Notre race aurait-elle tant périchité.
Nous devons tout au moins le tenter courageusement en ce qui concerne l'Industrie Pharmaceutique.
En dehors des produits organiques, nous avons vu dans nos statistiques que la position de cette industrie particulière était bien meilleure vis-à-vis de sa concurrente allemande que l'Industrie chimique générale ; notre retard nécessitera donc un effort moins
. grand. ‘
Quand nous aurons rattrapé nos rivaux intégralement, nous aurons mieux travaillé qu'eux car ils représentent une population de 70 millions et nous de 40 à peine ; notre mérite sera donc de 7 à 4.
Il nous faut augmenter le nombre des chimistes pharmaciens ; un supplément d'enseignement pharmaceutique en est la conséquence.
(1) Lire la biographie de Counrois, par ToRAUDE,
Enseignement pharmaceutique.
Le programme actuel fixé par le décret du 29 juillet 1909 satisfait aux besoins du praticien, mais il est notoirement insuffisant pour former des pharmaciens industriels ; il ne s’en est même point occupé.
Un enseignement spécial supplémentaire est né” cessaire pour chaque branche principale de l’industrie pharmaceutique.
Il n’est pas besoin pour cela de créer de nouvelleS écoles, nous en avons déjà trop; il suffit d'en modifier l'aménagement.
Le conseil supérieur de l’Instruction Publique, le Directeur de l'Ecole Supérieure de Pharmacie de Paris et avec eux tous les Conseils de Faculté de Médecine et de Pharmacie sont unanimes à reconnaître qu'avec la « multiplicité actuelle de nos écoles » l’enseignement pharmaceutique est inexistant et inorganisable pour des considérations d'ordre budgétaire (1).
M. Viviani, pour justifier sa proposition de réduction des crédits demandés par le Ministre de l’Instruction Publique en vue de la réforme des études pharmaceutiques disait en 1913 :
« Nous pensons qu'on a créé de trop nombreuses écoles, qu’on les a dispersées à l'infini et qu'il serait plus avantageux à tous les points de vue, de grouper tous les étudiants en Pharmacie de France, dans des écoles moins nombreuses ».
M. Valeur, professeur agrégé de l'Ecole de Pharmacie de Paris, laisse prévoir la suppression des Ecoles préparatoires de Pharmacie (?). Le nombre insignifiant d'élèves que possédaient ces écoles en 1910 (Dijon 8, Grenoble 14, Poitiers 11, Angers 14, Besançon 3, Clermont 7, Limoges 11, Reims 19, Rouen 22, Tours 8), justifie pleinement cette mesure ; nous pouvons donc la considérer comme devant être réalisée dans un temps assez proche. Les Ecoles de plein exercice elles-
(1) Paul Garnaz. Bulletin des Sciences Pharmacologiques, n° 4, janvier 1913, la Réorganisation de l’Enscignement pharmaceutique.
(2) Vazeur. Rapport sur l'Industrie Pharmaceutique à l'Exposition de Turin. 1911, page 18. .
mêmes ont insuffisamment d'élèves pour justifier normalement leur maintien.
Garnal demande que l'Enseignement Pharmaceutique soit centralisé dans les Ecoles Supérieures, Nancy excepté, en raison de son nombre restreint d'élèves, et les facultés mixtes ; nous protestons contre l’idée de supprimer l'Ecole Supérieure de Pharmacie de Nancy, car elle est à la tête du mouvement réformiste que nous défendons ici, et seule elle en a commencé la réalisation. Elle a installé un laboratoire galénique qui marche une fois par semaine ; les appareils fonctionnent à la vapeur ou à l'électricité et l’élève peut y apprendre sommairement la fabrication industrielle de tous les produits fournis au commerce pharmaceutique.
Nous estimons ce laboratoire bien insuffisant et ne remplissant certainement qu’une partie du programme de l'Ecole de Nancy, mais puisque les professeurs de cette école en ont eu la conception et commencé l’exécution, ils sont mieux indiqués que qui que ce soit pour en continuer la réalisation.
L'Université de Nancy constitue un centre intellectuel trés actif, novateur, pratique, et il n’y a aucune raison de lui retirer l’enseignement de la Pharmacie.
Si, au lieu de 23 écoles il n’y en avait que 6 à 8, c’est-à-dire le tiers, le budget de chacune d'elles pourrait être plus important, il en résulterait une augmentation du matériel, un perfectionnement de l'installation, et une mise en état des laboratoires au niveau du progrès.
Qu’avons-nous donc dans nos laboratoires? Une conduite d’eau et une conduite de gaz. Et l'électricité? et la vapeur? et le vide? et l’air comprimé? et l'acide carbonique? N'interviennent-ils pas les uns et les autres dans les manipulations de chimie?
Pour l'hydrogène il faut courir à l'appareil producteur, généralement très éloigné. Il résulte du mauvais outillage une perte de temps considérable, dont on n’apprécie pas la valeur quand on a 20 ans, mais qu’on regrette d’avoir gâché quand on est aux prises avec les difficultés de la vie.
Il est pénible de constater que le matériel des