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laboratoires des Ecoles de Pharmacie reste le même qu'autrefois, dans une époque où l’ensemble de l’industrie se modifie et se perfectionne chaque jour, avec le développement des machines-outils et l'application du taylorisme.
Cette suppression d’écoles inutiles, fournira des bâtiments pour l'installation d’Instituts techniques régionaux.
Les professeurs qui perdront leur poste actuel, auront le choix entre l’industrie qui a besoin de chimistes ou les nouveaux Instituts qui auront besoin de professeurs ; ils n’auront qu’à se spécialiser “dans la partie qu'ils choisiront et de ce fait aucune situation légitimement acquise ne sera lésée.
L'industrie pharmaceutique peut se diviser en plusieurs branches faisant chacune l’objet d’une préparation technique spéciale. Nous envisageons cette division en 6 branches :
19 Pharmacie galénique et Produits opothérapiques ;
20 Chimie minérale ;
3° Electrochimie, Colloidaux, Produits physiologiques, Alcaloïdes et Glucosides ;
40 Chimie organique ;
90 Pansements, Hypodermie, Hygiène, Désinfection, Prophylaxie ;
6° Physiologie, Biologie, Microbiologie.
Cette division permettrait à chaque école, à côté des laboratoires nécessaires à l’étudiant en pharmacie, d’avoir un laboratoire-usine dans lequel feraient une
année supplémentaire ceux qui se destineraient à l’industrie.
La répartition de ces laboratoires-usines amènerait déjà une meilleure répartition des élèves qui voudront faire leurs études dans l'Ecole où ils termineront leur apprentissage technique. Nous verrions toujours une grande préférence pour Paris, mais elle serait atténuée et nous arriverions très probablement à une décentralisation,
Chacune des parties pour lesquelles nous demandons un enseignement technique spécial est suffisamment
importante pour absorber complètement une année de travaux et nécessiter l’enseignement de plusieurs professeurs.
En outre de la technique professionnelle, il y aurait intérêt à ce que le futur industriel possédât des notions de mécanique, construction, législation des brevets et les langues allemande et anglaise pour suivre sa bibliographie. Ces connaissances seraient acquises et perfectionnées au cours de la scolarité dans les écoles spéciales et par la pratique.
La Pharmacie galénique pourrait être subdivisée en deux parties :
a) l’une traitant des grosses fabrications proprement dites : alcoolats, extraits, onguents, pommades, poudres, sirops, teintures, nécessitant surtout une installation à vapeur et des moteurs électriques ;
b) l’autre s’occupant des produits suivants : capsules, comprimés, dragées, granulés, saccharolés, pâtes à la gomme, pastillages, cachets médicamenteux, pour la fabrication desquels il faut surtout des ateliers mécaniques, la vapeur jouant ici un rôle secondaire dans l’ensemble.
Les produits opothérapiques pourraient être adjoints pour débuter, à la première catégorie des produits galéniques ou faire l’objet d’un enseignement spécial. Ils trouveraient tout aussi bien leur place à côté des produits physiologiques. Dans le commerce nous les trouvons chez les fabricants de produits galéniques et chez ceux de produits physiologiques. Certains ont même fait l’objet d'installations spéciales (extraits d'organes Carrion).
La Chimie minérale pourrait alimenter aussi 2 séries de cours et travaux :
a) l’une comprenant tous les dérivés halogénés, chlorures, bromures, iodures et fluorures alcalins.
b) l’autre les sels d’antimoine, de bismuth, calcium fer, magnésium, mercure, potassium, Zinc.
La troisième branche pourrait ultérieurement se scinder en deux : produits physiologiques, alcaloïdes et glucosides d’une part, métaux colloïdaux et électrochimie de l’autre;la chimie physique tendant à se développer beaucoup.
« Science d’hier, née des remarquables conceptions de Gibbs, Le Chatelier, Perrin, Raoult, Van T°’ Hoff, Arrhénius, elle acquiert chaque jour une plus grande importance à tel point qu’il ne semble nullement exagéré de dire que dans un avenir très prochain, chaque chimiste devra se doubler d’un physico-chimiste » (1).
La chimie organique est la branche de beaucoup la plus importante ; c’est celle dans laquelle le chercheur peut toujours espérer faire des découvertes, le champ en étant illimité.
Vu la multiplicité des fabrications et des outillages nécessaires, il y a matière à diverses spécialisations que nous ne saurions indiquer, nous reconnaissant ici tout à fait incompétent pour la division des cours et des exercices techniques.
Les produits organiques rentrent pour une grosse part dans la consommation pharmaceutique et les effets thérapeutiques constants reconnus pour un certain nombre d’entre eux, permettant d'envisager une consommation proportionnelle plus grande encore dans l'avenir.
La place prise en chirurgie par les Pansements donne lieu à une industrie nationale florissante à la tête de laquelle sont actuellement des pharmaciens actifs, entreprenants ; ils viennent de former entre eux un consortium dans le but d’unir leurs efforts pour une fabrication industrielle et scientifique intensive afin de lutter hardiment à l’exportation. Nous sommes convaincus de leur succès, d’abord car ils y ont foi, parce qu'ils adoptent la bonne méthode et parce que le fini et la qualité de nos pansements les mettent à
même de supporter avantageusement toute comparaison.
A l'industrie des pansements s'ajoute celle des ampoules hypodermiques ; elle s’augmentera peut-être demain d’une sérothérapie plus développée.
La Désinfection, la Prophylaxie et l'Hygiène, trouvent leurs applications quotidiennement ; du reste ne vaut-il pas mieux prévenir que guérir et ne serait-
(1) P. Baey. Bulletin des Sciences pharmacologiques de septembre et octobre 1916, page 284, « Théorie des Ions ». & ë
ce pas un beau résultat d’éviter par des mesures préventives toutes les maladies contagieuses.
__ Les progrès constants de la physiologie et de la biologie ne conduiront-ils pas à de nouvelles méthodes d'hygiène et de thérapeutique ?
C’est presque une prédiction de Claude Bernard pour qui « la connaissance des lois des phénomènes de la vie à l’état physiologique et pathologique est la source unique où l’on puisera les règles d’une hygiène et d’une thérapeutique rationnelles ».
Il y'a là un beau programme de cours et de travaux ; il est actuellement rempli par l’Institut Pasteur mais il reste suivi par une minorité éclectique de scientfiques et de chercheurs et nous désirerions voir cet enseignement vulgarisé et appliqué.
Il n’existe pas en clientèle, assez de laboratoires d'analyses qui soient toujours au niveau et au courant des recherches et des découvertes ; la médecine a tendance à vouloir s'approprier le privilège des laboratoires de physiologie, de biologie, et de bactériologie. Pourquoi? C’est parce que les étudiants en Médecine ont ‘des cours et des travaux pratiques plus développés que les nôtres, qu'ils travaillent davantage dans les laboratoires des hôpitaux et que les apparences semblent leur donner raison. Mais comme il faut aussi être chimiste, posséder un tour de main que donne seule une longue pratique du laboratoire, le pharmacien est beaucoup mieux indiqué que le médecin pour ces manipulations, et en raison du recours de plus en plus fréquent du médecin à l’analyse biologique, les laboratoires spéciaux devraient être plus nombreux. Il y a encore là une situation assurée aux confrères que cette voie intéressera.
Pour notre part, nous avons toujours regretté, pendant notre internat, de ne pas avoir à l'hôpital un laboratoire de biologie pour y travailler.
L'Hôpital est pourtant le lieu tout indiqué pour ces travaux, l’élève y a sous la main tout un champ d'expériences et le travailleur y trouverait la continuité du laboratoire de l'Ecole de Pharmacie, avec des travaux pratiques réels et effectifs. Nous espérons que les administrateurs des villes de Faculté, en raison de
la haute portée scientifique et humanitaire de ces laboratoires n’hésiteront pas devant les frais nécessaires à leur création.
Les pharmaciens chimistes qui auront fait une année supplémentaire dans l’une des branches spéciales indiquées plus haut, auront évidemment besoin de se perfectionner, de s'adapter aux méthodes industrielles en débutant à l'usine où ils utiliseront pratiquement les connaissances acquises à l'Ecole. Ils connaîtront -à fond la théorie des fabrications auxquelles ïls se livreront et pourront s’assimiler parfaitement celles-ci en dix fois moins de temps que par la routine ; ils seront en mesure de suivre toutes les phases des opérations, de les contrôler et d’arriver par des améliorations pratiques et expérimentales au meilleur rendement et au meilleur prix de revient, conditions essentielles du succés-pour Findustriel (1)
Enseignement industriel technique : a côté des techniciens destinés aux rôles supérieurs dans l’industrie pharmaceutique, il est nécessaire qu'il y ait tout un cadre de chefs de fabrication et de contremaîtres.
Contrairement à l'avis de M. le Ministre du Commerce exprimé dans sa circulaire du 7 juin 1917, ñous sommes de l’opinion de M. Garnal sur le rôle que doivent jouer les Ecoles de Pharmacie dans la formation technique des ouvriers spécialisés en industrie pharmaceutique (?).
Cette opinion n’est du reste pas neuve.
Au congrès de Bruxelles de 1897, L. Van Hulst demandait qu’à côté des cours obligatoires on crée dans les Ecoles de Pharmacie des cours facultatifs permettant d’avoir des spécialistes dans la profession (?).
MM. Favrel et Girardet (*) déplorent qu’il manque au pharmacien français l’enseignement de la pharmacie appliquée qui comporte la description des méthodes,
(1) Sur ce sujet lire le très intéressant travail de Créanrue : la Force par les Revients, librairie Chaix, 1917.
(2) P. Garnaz. Bulletin des Sciences Pharmacologiques, novembre-décembre 1917, tome xxiv, page 130. » Rôle des Pharmaciens dans la reprise de l’activité économique. ».
(3) André Porter. Histoire de la Pharmacie, page 418.
(4) Favrez et GrRarneT. « Rapport présenté le 2 juin. 1905, à l’école Sup. de pharmacie de Nancy et approuvé par le Conseil de l'Université, le 26 juin».
des appareils et des machines employées dans l’industrie pharmaceutique.
D’après eux, pour que l’industrie nationale puisse se développer d'une façon normale, il est nécessaire qu’elle trouve sur place un personnel à connaissances Spéciales bien adaptées à la préparation des produits pharmaceutiques.
Pour y arriver ils recommandent un enseignement Spécial, comprenant la description des méthodes industrielles, l'étude des matières premières, leur titrage, les essais des produits fabriqués et des travaux pratiques avec l'emploi des appareils utilisés dans l’industrie.
Les rapporteurs préconisent la création de cet enseignement, par les Ecoles de Pharmacie comme ont été créés pour des spécialisations diverses à Nancy, l’Institut Chimique, l'Ecole de Brasserie, l’Institut Electrochimique. Ils déplorent et nous le regrettons avec eux, qu'il n’ait encore rien été fait jusqu'ici pour l’industrie pharmaceutique.
Selon eux, pourraient être admis à suivre cet enseignement
1° les pharmaciens, les ingénieurs chimistes diplômés des Instituts de Chimie, les Etudiants munis du certificat de chimie.
Un certificat spécial leur serait délivré au bout d'une année;
29 les jeunes gens qui, n'ayant pas le diplôme de bachelier, justifieraient, avant leur inscription, de connaissances élémentaires suffisantes pour suivre avec fruit ces cours pendant deux ans et acquérir au bout de ce temps le diplôme d’ «Industrie pharmaceutique ».
La réalisation de ce programme de 1905, a été amorcée par l'installation d’un laboratoire galénique par l'Ecole de Nancy, mais 12 ans sont déjà passés, que de temps perdu ; la guerre est survenue et ce programme n’est plus suffisant pour répondre à la situation actuelle ; non seulement il nous faut des directeurs d'usine, des chefs de fabrication, des ouvriers spécialisés, mais nous avons surtout besoin de chimistes! de recherches et de laboratoires à mettre à leur disposition.
Adoptant la conception de MM. Favrel et Girar-
det, sur les deux catégories d’élèves du prochain enseignement, nous sommes d’avis que ceux de la deuxième, devraient consacrer la première année, aux exercices de laboratoire général, pour se familiariser avec les manipulations courantes : pesées, mesures, distillation, réactions générales, quelques préparations types, des analyses simples, des titrages, afin d’être bien préparés à l’apprentissage des fabrications.
Des conférences explicatives leur seraient faites matin et soir avant les travaux pratiques par les élèves du cours supérieur à tour de rôle, sur les travaux du jour. Cela obligerait ceux-ci à un travail spécial, les habituerait à parler en public et les préparerait à diriger. La fonction de conducteur d'hommes comme toute autre, nécessite un entraînement.
Ces cours et ces exercices pourraient être faits dans les salles et laboratoires actuels des Ecoles, sous la direction d’un chef de travaux pratiques.
La 2e année, serait consacrée à l’apprentissage technique proprement dit, c’est-à-dire à l'étude du matériel et à la fabrication.
Comme pour la 17€ année, les élèves du cours supérieur, prépareraient ceux du cours technique par des conférences et les travaux se feraient ensemble, les élèves du cours supérieur tenant le principal rôle et expliquant à leurs jeunes camarades les réactions chimiques qui s’opèrent et les combinaisons qui en résultent. Les premiers seraient les éducateurs des seconds et ainsi se prépareraient la hiérarchieet la discipline aussi indispensable; à l'usine qu'à l’armée ; la discipline serait bienveillante puisqu'elle aurait lieu entre camarades et elle répondrait à notre tempérament. Le futur chef se trouverait dans des conditions se rapprochant le plus possible de la réalité industrielle. Il nouerait avec ses futurs collaborateurs des relations de camaraderie qui ne pourraient qu'être utiles à. la bonne marche de l’usire.
L'Enseignement Supérieur serait donné par des professeurs des écoles de Pharmacie, spécialisés par des stages dans les usines ou chimistes conseils dans celles-ci. :
Les fabrications seraient faites sous la direction d'ingénieurs chimistes ou de directeurs d'usines, en tout cas par des professionnels très au courant,
Telles sont les grandes lignes de l'Enseignement Industriel Pharmaceutique que nous espérons voir prochainement réalisé.
Utilisation des écoles préparatoires et de plein exercice : les directeurs actuels de ces écoles, n’auront qu'à s'inspirer des industries régionales, pour donner une nouvelle orientation aux établissements qu'ils dirigent. Ils n’auront que l'embarras du choix.
Rennes est tout indiqué pour devenir le centre d’une industrie de la pomme très développée, il possède, paraît-il un institut pomologique, mais qu'a fait celui-ci?
Nous traversons une époque où toutes les énergies doivent se tendre vers l’effort régénérateur. Nous sommes restés engourdis dans une sorte de quiétude de gens satisfaits, nous nous réveillons avec beaucoup de retard sur les concurrents, il faut nous ressaisir et reprendre notre \rang.
Comment admettre que les Allemands étaient nos plus gros acheteurs de pommes en Bretagne et en Normandie. Non seulement on les leur faisait payer très cher, mais ils avaient à supporter en plus le courtage, des frais de transport élevés et un déchet résultant de la durée du trajet. Malgré ce prix de revient très élèvé, il faut croire que lindustrie du Champagne allemand et celle des marmelades étaient très avantageuses, puisqu'ils venaient acheter de plus en plus. Pourquoi laissons-nous échapper le bénéfice de cette industrie et créer une concurrence déloyale à notre Champagne français?
Si, malgré tous leurs frais, ces industries sont prospères, au loin, elles le seraient encore bien plus à pied d'œuvre.
Pourquoi ne fabrique-t-on pas du cidre aseptiquement comme la bière?
La consommation en France devrait en être beaucoup plus grande si, au lieu d’avoir des cidres aigrelets,: on pouvait les conserver légèrement doux par la pasteurisation ; le débouché dans les cafés et restaurants en serait considérable.
A côté du cidre, les emplois de la pomme sont mul-
tiples : marmelades, gelées, pommes séchées ; il y a là une industrie à développer qui doit faire la fortune des pays qui s’y adonneront.
Beau programme pour les professeurs de l'Ecole de Pharmacie de Rennes.
Caen, centre nouveau des industries du fer, prochaine annexe du Creusot, se doit d’avoir un Institut de Métallurgie. 4
Reims, centre de pays vignobles et de crus renommés, siège des marques de Champagne universellement connues n’aurait-il pas plus d'élèves viticulteurs que pharmaciens? N’y-a-t-il pas des recherches à faire pour améliorer les conditions actuelles de la culture, le rendement, la qualité?
Limoges ne peut-il être le siège d’un Institut de l'industrie porcelainière ; la fabrication et la décoration de la porcelaine ne nécessitent-elles pas des connaissances parfaites des qualités de terres et des couleurs à employer?
Tous ces Instituts devraient être créés par les Industries régionales, sous le patronage des Chambres de commerce et avec le concours pécunier des Industriels ; ceux-ci retrouveraient une partie de leurs avances sous la forme de collaborateurs instruits qui participeraient à la prospérité de leurs entreprises.
Instituts libres de pharmacologie : à côté des Ecoles gouvernementales ayant un programme défini et à peu près uniforme, nous désirerions voir des Instituts autonomes destinés essentiellement aux recherches et aux travaux originaux.
En Allemagne, des Instituts de Pharmacie ont été créés à Leipzig et à Berlin par les Universités ; bien qu'officiels, ils possèdent une certaine autonomie et une liberté relative dans leurs travaux.
Celui de Berlin a été édifié à une dizaine de kilomètres de la ville, en pleine campagne, à Dalhem ({) en 1902, avec une dépense de 600.000 marks. En 1903, ;l comptait déjà 110 étudiants.
Il comprend des salles de machines, des dynamos,
(1) En voir les détails dans le Bulletin des Sciences pharmacologiques de
1903, tome 8, page 132, dans l’article de T. KLoBB, « Un coup d'œil sur les instiuts de Pharmacie en Allemagne ».
l'air comprimé, un Fabrik Laboratorium et des laboratoires très. bien agencés, nombreux, avec destinations Spéciales : analyse élémentaire, électrochimie, spectroscopie. Des salles sont affectées exclusivement à la distillation dans le vide, à la distillation de l’éther et du sulfure de carbone avec bain de sable chauffé par l'électricité, à la production de H?2 $S ou de H par des appareils de Kipp. Il y à même une salle pour le chlore et le brome; essayait-on déjà l'effet nocif de leurs vapeurs ?
Le Fabrik Laboratorium constitue un laboratoire de Pharmacie galénique avec alambics, appareils à vide, appareils à déplacement, bassines chauffées à la vapeur munies d’agitateurs automatiques, centrifugeurs, tamis mus électriquement ; Nancy a la même installation.
On enseigne dans ces Instituts aux étudiants en pharmacie et en médecine la chimie pharmaceutique, la matière médicale et la micrographie.
Ces établissements, comme celui de Nancy, ne réalisent qu’une partie du programme des Instituts qui répondraient aux besoins actuels.
L’avancement des sciences se fait par deux voies distinctes, a dit Claude Bernard, par l’impulsion des découvertes, et des idées nouvelles, et en second lieu, par la puissance des moyens de travail.
Au fur et à mesure de l’avancement des sciences, le matériel doit se perfectionner.
Nous sommes en retard sur l'Allemagne. Nous devons la rattrapper ici rapidement si nos industriels veulent faire l'effort financier nécessaire à la création d’Instituts libres qui compléteraient nos écoles de Pharmacie pour toutes les sciences touchant aux applications de la Pharmacie.
AÀ Paris, l’Institut Pasteur peut remplir ce rôle, car il offre au pharmacien des laboratoires de chimie biologique et de physiologie dans lesquels il peut poursuivre ses essais d'application à la thérapeutique.
Malgré cela nous préférerions voir des établissements autonomes, renfermant, groupés sous une direction unique, des laboratoires de recherches dans toutes les branches de la chimie. des laboratoires de pharma-
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codynamie et de physiologie afin d'essayer, aussitôt trouvés, les nouveaux remèdes sur des animaux témoins. Il en résulterait certainement la découverte de lois dans l’action des médicaments sur l’organisme et de précieuses indications pour les créations synthétiques.
Ces instituts comprendraient des sections de chimie, de bactériologie, de toxicologie, de biologie, de physiologie et de pharmacodynamie.
Ils seraient administrés par un conseil, comme les sociétés ; celui-ci nommerait les directeurs de chaque section et le directeur général.
Les frais seraient couverts par des subventions de l'Etat, du département ou de la ville, des legs des dons, des cotisations des sociétaires et aussi par les élèves qui loueraient en quelque sorte des laboratoires toujours perfectionnés à l'extrême, comme on loue une installation de force électrique ou hydraulique. Les industriels qui n’ont pas le moyen de faire de grandes installations chez eux, pourraient louer un laboratoire pour un ou deux chimistes. ;
Nous sommes convaincus qu’une organisation semblable ferait ses frais, non seulement en pharmacie, mais dans toutes les branches industrielles.
La Compagnie Archimed et la Société de Bozel réalisent actuellement cette conception. Elles ont fondé la Société du Laboratoire Usine, au capital initial de 500.000 francs pour l'installation à Bois Colombes de laboratoires parfaitement outillés permettant de mettre au point industriellement les découvertes faites au laboratoire de recherches proprement dit touchant les industries chimiques, électrochimiques, métallurgiques, et électro-métallurgiques.
À Toulouse aussi, sous le patronage de MM. Sabattier et Mailh, il y a en projet, l’Institut d’Essais et d'Etudes Industrielles du Sud-Ouest avec, pour objet : . les essais des matières premières, l'examen des produits
fabriqués, l’organisation des méthodes de mesure dans les fabrications industrielles, les études relatives à l'invention ou à la mise au point de procédés industriels. &
Au moment ou tout évolue si rapidement nos méthodes pharmaceutiques doivent suivre le mouve ment; l'étranger ne reste pas inactif.
L’ Angleterre possède deux grands Instituts de recherches :
Le « National Phil Laboratory », créé en 1900 sur l'initiative de Lord Rayleigh.
L’ « Impérial Trust for the Encouragement of scientific and industrial Research », créé en 1915 sur l'initiative du ministre Henderson pour préparer l’industrie à soutenir la lutte d’après guerre.
Les Etats-Unis en possèdent quatre :
Bureau of Standards, ayant un budget de 3 millions;
Laboratoire du Ministère de l'Agriculture à Washington, budget de 20 millions ;
L'Institut Carnégie qui a reçu 110 millions ;
National Research Council, créé en 1916 sur l’ini” tiative du président Wilson.
L'Allemagne compte :
Physikalische Reichsanstalt organisé en 1892, sous l'impulsion de Werner Siemens ;
Technische Reichsanstalt devenu très important sous la direction du professeur Martens et de nombreux instituts de recherches fondés par la Wilhelm Gesellschaft grâce à une subvention de 30 millions versés à l’empereur par les grands industriels allemands.
En France nous n’avons que le Laboratoire National d’Essais des Arts et Métiers qui puisse figurer à côté des précédents.
Aussi ne comptons pas sur l'Etat, mais sur nousmêmes pour créer ce qui manque à la pharmacie.
Usines el outillage : nous avons vu que deux firmes possédaient déjà de puissantes usines bien organisées, bien outillées et nous sommes convaincus que sitôt la guerre terminée, elles augmenteront encore leurs moyens de production ; il est nécessaire que toutes les maisons de produits pharmaceutiques en fassent autant. Nous avons le nombre, que chacune s’augmente et fasse appel aux capitaux si besoin est pour acquérir la force,
Notre outillage a été conçu, dans bien des usines, pour de petites productions, en vue surtout de la clien-
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tèle nationale ; les douanes protégeant le fabricant, le prix de revient pouvait être plus élevé, il pouvait encore supporter la concurrence, mais en dehors des frontières, nous étions battus (sels de quinine). Nos fabricants doivent voir grand, limiter le nombre de leurs fabrications et dans celles-ci, atteindre la meilleure qualité et le plus bas prix de revient. Il n'y a que par un outillage perfectionné utilisé par des techniciens habiles, qu'ils arriveront à réaliser cette condition du succès.
Nous avons en France de bons constructeurs et des ouvriers ingénieux. Quand ils connaîtront mieux les besoins de la chimie organique, nul doute qu'ils n’imaginent et réalisent des appareils pratiques et à bon rendement.
Ce n’est qu’une question d’étude et de dépense.
Concentration des usines : possédant le personnel l'usine et l'outillage, l'industriel ne sera pas certain de la réussite.
Il aura à lutter contre la puissance allemande organisée et développée par une concentration faite en vue de la lutte.
Il n’y a pas d’autre méthode à adopter. Nos fabricants devront s'entendre et se partager les fabrications afin de faire beaucoup pour arriver au meilleur prix de revient et pouvoir concurrencer notre ennemi à l'exportation.
Il faudra que chacun se plie aux nécessités nouvelles de la vie économique. Celui qui organisera une entente étroite, effective, rendra service à tous et renforcera sérieusement notre pouvoir d'expansion.
L'industrie pharmaceutique est en outre menacée dans un avenir plus ou moins éloigné, du mal de la surproduction. La fabrication est théoriquement illimitée avec les moyens industriels actuels tandis que la consommation mondiale devra fatalement atteindre un niveau. L'usage des médicaments se développe avec la civilisation, mais les capacités productives vont plus vite que ne croissent les besoins et s’il n’y avait entente entre les fabricants, le jeu de la concur- “rence amênerait rapidement les fabrications non seu-
lement à n'être plus rémunératrices, mais à devenir coûteuses.
Avant la guerre, des Conventions existaient déjà entre fabricants français et allemands pour certains produits : Iode, Brome, Quinine, Glycéros et avec la Russie pour la Santonine.
Du fait de la guerre, ces ententes sont restées nationales. Après la conclusion de la paix, dans un délai indéterminé, il est fatal que ces accords redeviennent internationaux, au moins entre les alliés actuels. C’est à nous à renforcer notre position pour traiter sur le pied d'égalité.
Droits de douane : l'Etat devra frapper les pro” duits pharmaceutiques allemands de droits assez élevés au début pour permettre à nos industriels d’amortir assez rapidement leurs usines. Ensuite ces droits seront dégressifs pour disparaître ou rester peu élevés. Pour éviter toute fraude, ils devront être appliqués « ad valorem » aussi bien sur les produits intermédiaires que sur les produits finis.
Devront être exonérées les matières premières servant aux fabrications, que nous ne produisons ni en France ni aux colonies.
Alcool : la régie devra se montrer extrêmement conciliante dans l'application de l'exercice, dans la dénaturation et dans les manquants de fabrication.
Elle devra s'entendre. à ce sujet, avec une délégation de fabricants. Ce point est extrêmement important pour les prix de revient.
La vente à l'étranger, le transport, le crédit, relèvent du commerce en général et les modifications à apporter sont les mêmes que celles que nous avons envisagées précédemment.
Publicité : en France, les médecins devront se mettre en garde contre la réclame allemande.
Par contre, nos fabricants publieront plus largement les travaux et les découvertes faites dans leurs laboratoires, afin de bien montrer au corps médical que les Allemands n’avaient pas le monoploe des produits pharmaceutiques et que nous pouvons faire aussi bien, sinon mieux qu'eux,
En conséquence, on ne verra plus de prescriptions de remèdes allemands. Les journaux professionnels médicaux sauront montrer l'intérêt qui s'attache aux travaux et aux découvertes de nos laboratoires que, de notre côté, nous devrons largement faire connaître par des publications scientifiques et un copieux échanüllonnage.
Les frais que nécessitent de semblables organisations. commerciales sont élevés, le rapport est quelquefois long à venir, aussi faut-il des maisons disposant de gros capitaux ou des groupes de petites maisons marchant avec un chef de groupe.
Aucun pharmacien ne devra servir de prête-nom aux allemands.
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