‹ De l'industrie françoise (volume 2)Chapitre 112 sur 238 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

un genre quelconque d’industrie, n’a pas peu contribué à arrêter les progrès de la fortune publique; le fils d’un négociant ou d’un fabricant dédaignoit l’état de son père; il cherchoit à cacher la source d’où provenoit une fortune honorable ; il aspiroit à vivre noblement : de cette manière, les fortunes ne se perpétuoient pas dans les familles ; les établissemens , à peine créés , disparoissoient; les traditions étoient perdues ; tout se bornoit à des essais. Ceux qui savent combien il est difficile d’accréditer une maison de commerce, et quelle est l’importance d’un nom révéré , d’une clientelle assurée et d’un crédit qui ne s’obtient qu’avec le temps et par une conduite constamment honorable , conviendront aisément qu’avec un tel système la France n’a pas pu élever très-haut sa richesse nationale.

Ce vice fondamental de nos institutions rendoit le négociant et le fabricant presque étrangers à leur gouvernement ; ils sentoient toute l’utilité dont ils étoient pour leur pays, mais ils voyoient qu’on ne leur en tenoit aucun compte ; dès lors ils s’isoloient et se séparoient de tout intérêt national pour ne s’occuper que de leurs propres affaires.

2 22 DE l’jNDÜSTRIE FRANÇOISE.

On paroît étonné qu’il n’y eût pas alors d’esprit public en France; mais peut - on espérer de trouver un esprit public là où il n’y a pas un intérêt général et commun? L’esprit public peut-il exister dans un pays où l’homme le plus utile est repoussé, par les institutions, du premier rang des citoyens? L’esprit public peut -il se former chez une nation où les noms , les titres et les faveurs classent les hommes , et en forment tout autant de divisions qui ont des droits et des privilèges séparés. L’esprit public pouvoit-il s’établir dans un pays où la loi n’étoit pas égale pour tous , où l’impôt ne pesoit que sur une partie des habitans , où les faveurs du gouvernement étoient l’apanage d’un petit nombre ? Aujourd’hui que nos institutions rangent tous les François sous la même loi , sans doute il y aura un esprit public en France, parce qu’il y aura un intérêt commun; et l’agriculteur, le commerçant et le fabricant béniront à jamais le souverain qui a consacré leurs droits par un acte solennel.

Hume a dit avec raison que le commerce avoit autant besoin de dignité que de liberté ; et en effet, lorsqu’un gouvernement n’at-

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