‹ De l'industrie françoise (volume 2)Chapitre 115 sur 238 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

duits qui réunissent, à la beauté des dessins, la régularité des formes et le goût des apprêts; les peuples moins avancés en civilisation sont séduits par l’éclat des couleurs et la bizarrerie des objets : chez ces derniers le fini n’est point le terme de la perfection ; ils préfèrent les toiles peintes à grands ramages, les bas à larges coins en lames d’or ou d’argent, le clinquant bien poli , à tout ce que notre industrie leur offriroit de plus parfait dans le même genre. O11 peut blâmer ces goûts, mais on tenteroit vainement de les changer; il faut donc y adapter nos produits, et suivre, pas à pas, les changement que le temps et le progrès des lumières peuvent apporter chez ces nations.

Le fabricant doit maintenir sa fabrication au niveau des connoissances acquises : s’il néglige d’adopter les améliorations qui sont introduites par d’autres manufacturiers dans le genre d’industrie qu’il exerce, il se voit bientôt arriéré dans ses procédés , et ses produits sont repoussés de tous les marchés. Quelques exemples suffiront pour établir cette vérité.

Nos serges perdirent leurs débouchés en Portugal, en Espagne, dans le Levant et

dans l’Inde, du moment que les Anglois en eurent tellement perfectionné la fabrication par le moyen des apprêts , que leurs étoffes avoient l’apparence des tissus d*e soie.

Darnetal , Saint-Lo , Castres , Alby et le Dauphiné envoyoient dans le Canada beaucoup de gros lainage : les Anglois mirent en concurrence des tissus analogues , mais plus brillans et moins chargés, qu’on put offrir à plus bas prix , et le consommateur leur accorda la préférence.

On accusoit nos camelots d’être trop débouillis ; le fabricant anglois a corrigé ce défaut et s’est approprié ce commerce.

‘La fabrication de la draperie légère est restée le patrimoine des Anglois, tant que nous avons ignoré l’art de donner à ces étoffes le même lustre et les mêmes apprêts.

Les Anglois sont parvenus les premiers à décupler le travail par des machines ; nos fabriques n’ont pu soutenir la concurrence qu’en adoptant les mêmes moyens.

Il est un principe incontestable en fait d’industrie ; ne pas adopter les perfectionnemens qui sont introduits dans une fabrique voisine , c’est assurer la ruine de la sienne ; rejeter les moyens d’économe

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