‹ De l'industrie françoise (volume 2)Chapitre 119 sur 238 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

tranquillité publique n’en est pas troublée.

Une autre cause qui nuit beaucoup au succès des établissemens en France, c’est la manie des constructions : ce reproche nous est fait généralement par les étrangers ? et je pense qu’il n’est que trop fondé. Comme, dans ce genre de dépenses , il est difficile ■d’établir des calculs exacts , il arrive souvent que les capitaux qu’on destinoit à l’industrie sont épuisés par les bâti mens ; alors le fabricant se voit forcé de souscrire des emprunts, de contracter des èngagemens onéreux, de gréver les produits industriels d’un intérêt qui devroit leur être étranger, etc.; ne pouvant pas en élever la valeur au niveau de ses dépenses , il ne peut plus concourir sur les marchés , et , peu à peu , il consomme sa ruine. En fait de fabriques , il n’y a qu’un genre de luxe qu’on doive se permettre ; c’est celui des améliorations : il consiste dans l’emploi des machines les plus parfaites , l’exécution des meilleurs procédés , la division la plus utile du travail , l’usage des matières premières de bonne qualité, etc.

Une autre condition , sans laquelle aucune

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industrie ne peut avoir de durée, consiste dans la bonne administration d’une entreprise et dans la police rigoureuse des ateliers. J’observe, depuis long-temps, qu’il ne suffit pas d’apporter de grandes lumières pour faire prospérer un établissement , il faut encore savoir le conduire ; le talent peut le créer , mais il n’appartient qu’à une bonne administration de le consolider. Une économie bien calculée , une bonne division du travail , des connoissances profondes pour les achats et les ventes ; tels sont les principaux élémens d’un succès durable. Ce seroit atteindre, sans doute, à la perfection que de réunir le mérite de l’administrateur au talent de l’artiste; mais, si je me trouvois dans l’impossibilité d’associer ces deux qualités, et que je fusse forcé à me décider pour l’une des deux , je préférerais la première. L’imagination fougueuse d’un artiste a besoin d’ètre modérée par la sagesse de l’administrateur : le premier ne voit que le mieux, et, trop souvent, il ne consulte que son amour-propre pour y arriver; le second compare sans cesse la dépense à la recette, et il ne poursuit que ce qui est avantageux à ses intérêts.

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