CHAPITRE II
L’ordre qu’on établit dans les travaux d’une fabrique , la police qu’on fait observer dans les ateliers, la surveillance continue qu’on exerce sur les matières et les ouvriers , sont tout autant de’causes de succès , et il est rare qu’on voie prospérer un établissement où ces conditions ne se trouvent pas réunies.
Il arrive encore souvent que des capitalistes , séduits par des Prospectus emphatiques , par l’amorce trompeuse de profits exagérés, risquent leur fortune dans des entreprises qui sont étrangères à leurs connoissances et à leurs habitudes ; ils ne peuvent , dès lors , ni en calculer les dépenses , ni en surveiller les opérations; ils sont, pour ainsi dire, entraînés malgré eux; ils suivent, en aveugles, la carrière qu’on leur a ouverte; et, lorsqu’ils ont atteint les bornes pécuniaires qu’ils s’étoient prescrites , on leur présente des résultats sûrs et prochains , on obtient de nouveaux sacrifices de leur part , et , de promesse en promesse , on les pousse à une ruine totale. J’ai constamment observé que les étabiissemens d’industrie ne prospéroient que dans les mains de ceux qui pou voient en diriger les opérations, et assurer le bon emploi de
a38 DE l’industrie FRANÇOISE, leurs dépenses, d’après des connoissances relatives à l’objet qu’on se propose d’exploiter.
Je me sui^ toujours méfié de ces nombreuses associations où l’intérêt de tous est confié à un seul , où il est difficile de réunir cette uniformité de vues et de moyens qui est si utile pour arriver au but : on voit régner rarement, dans ces sortes d’entre* prises , cette économie sage et éclairée qui est un des élémens du succès: souvent même le directeur regarde les dépenses comme le seul moyen de prolonger son bien - être , bien convaincu qu’une société composée de riches actionnaires se décide difficilement à abandonner un projet pour l’exécution duquel elle a fait déjà de grands sacrifices.