‹ De l'industrie françoise (volume 2)Chapitre 126 sur 238 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Si le commerce doit sa régénération à Colbert, les principales branches d’industrie lui doivent aussi leur naissance : les fabricans les plus distingués sont appelés pour s’établir en France , leurs nombreux élèves se répandent bientôt dans les provinces; et, dans le court espace de six ans , il a la douce satisfaction de compter 42,200 métiers employés à fabriquer de beaux draps.

L’industrie , justement orgueilleuse de ses succès, craignit bientôt qu’on n’altérât les bonnes méthodes de fabrication dont on venoit de l’enrichir; elle crut être arrivée à la perfection ; elle voulut rendre les procédés invariables en faisant prescrire partout le même mode de fabrication ; de toutes parts, les manufactures sollicitèrent des règlemens , et Colbert souscrivit à leurs vœux.

Ces règlemens ne sont, à la vérité, que la description exacte des meilleurs procédés de fabrication ; et , sous ce rapport , ils forment des instructions très-utiles ; mais ces règlemens étoient exclusifs, l’artiste ne pouvoit pas s’en écarter , la stricte exécution en étoit commandée, et les inspecteurs brisoient les métiers , brûloient les étoffes , prononçaient des amendes , toutes les fois

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qu’on se permettait quelques changement dans les méthodes prescrites.

Le génie resserré dans d’étroites limites, n’avoit plus de liberté pour produire : ce qu’on fabriquoit était bien , mais il était défendu de faire mieux.

Sous le régime des règlemens , l’artiste habile est contraint d’imiter et de copier, sans pouvoir s’élever aux perfectionnemens dont tous les arts sont susceptibles ; et asservir la fabrication de demain à ce quelle est aujourd’hui , c’est prendre son horizon pour les bornes de la terre, c’est méconnoître la marche graduelle de nos connoissances , c’est étouffer le génie producteur, et courber sous le même joug l’homme habile et l’ouvrier stupide.

Colbert ne consentit à prescrire ces règlemens que pour accoutumer le fabricant à de bonnes méthodes, et donner à nos fabriques la réputation de faire aussi bien que partout ailleurs-: il voulut présenter à l’Europe de bons produits constamment uniformes , pour attirer et consolider la confiance; il crut extirper, par ce moyen, les préjugés et les mauvaises routines qui s’étoient établies dans les ateliers; mais jamais.

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