‹ De l'industrie françoise (volume 2)Chapitre 138 sur 238 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

tandis que celle des peuples voisins poursuit ses progrès : de cette manière, l’industrie françoise a été constamment en arrière, et il ne lui a été permis que d’imiter ce qui se faisoit ailleurs, sans pouvoir jamais ni dévancer ni marcher à côté de celle de l’étranger.

D’autres règlemens ont déterminé des époques de l’année où toute fabrication devoit cesser dans toutes les campagnes : cette prohibition avoit un but louable en apparence, mais le motif étoit-il juste? étoit-il applicable à toutes les positions , à toutes les circonstances pour en faire une loi générale ? Avoit-on réfléchi que les nombreux ouvriers qui transportent leurs métiers dans les campagnes ou dans de petites villes, par des motifs d’économie, n’ont que cet état et qu’on compromet leur existence en suspendant leurs travaux ? Avoit-on calculé le mal que fait à une fabrique l’interruption de quelques mois ? Avoit-orl pesé les conséquences d’une mesure qui tend à dépeupler les campagnes et à amonceler les ouvriers dans une ville? Ignoroit-on que le travail est une propriété aussi sacrée que toute autre, et que l’autorité ne peut ni en

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disposer à son gré, ni l’interdire, ni l’engager sans blesser tous les droits.

On a poussé la manie de réglementer jusqu’à prescrire les époques de l’année où le blanchissage seroit permis, et on a prononcé de fortes amendes contre ceux qui transgresseroient la loi à cet égard : on a cru sans doute que le manufacturier n’avoit aucun intérêt à donner à ses toiles un beau blanc qui en assurât la vente et les fît rechercher du consommateur ; sous l’empire de ces règlemens, la belle méthode de blanchiment, généralement adoptée de nos jours, n’auroit pu s’établir, et nous serions privés d’un des procédés les plus utiles qu’on doive à la chimie moderne.

On voit que , dans cette législation , les fabricans, comme la fabrication , sont mis sous la tutelle de l’autorité , et que ni l’un ni l’autre ne peuvent faire un pas sans son intervention : qu’on ne demande plus après cela pourquoi notre industrie n’a pas prospéré.

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