‹ De l'industrie françoise (volume 2)Chapitre 152 sur 238 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

bre de commerce de Lyon propose d’apposer une marque sur les principales étoffes , sans ôter la faculté d’en former d’autres qualités qui ne seroient pas assujetties à la marque.

Elle indique comme devant être marquées les étoffes suivantes :

i°. Les taffetas ~ nommés Angleterre, qui seront fabriqués en 80 portées de chaîne ; et les taffetas ^ qui seront fabriqués en 70 portées. La marque seroit deux raies de couleurs différentes du fond , et apparentes au milieu du cordon.

2°. Les damas pour meubles , fabriqués en 100 portées , organsin trois bouts , même marque.

3°. Les satins { devroient être fabriqués à 100 portées de chaîne ; les satins ~ , à q3, et les satins ^ , à 90 ; ces trois satins porteront la marque ci-dessus.

4°. Les draps de soie ^ seront fabriqués en 60 portées , doubles de chaîne , et auront pour marque une lisière blanche dans le milieu de laquelle sera une raie bleue d’au moins deux dents de peigne.

5°. Les draps de soie en couleur seront fabriqués en 60 portées doubles de chaîne,

294 DE l’industrie FRANÇOISE, et auront au milieu de la lisière une raie de deux dents, apparente ,et d’une couleur différente du fond,

6°. Les satins noirs ~ , sans apprêts, seront fabriqués en 120 portées, et auront la marque des draps de soie.

Dans le nombre des portées ci-dessus, il ne sera pas fait de différence pour les organsins à trois bouts.

On pourra mettre la marque ci-dessus aux étoffes d’un compte de chaîne excédant celui qui est indiqué.

Toute fabrication d’étoffe où il entrera du noir chargé ou des soies crües , ne pourra pas recevoir la marque.

Toutes les étoffes non comprises dans cet état, auront des lisières unies et sans rainures.

Toute contravention sera punie de saisie et de confiscation.

On voit , d’après cela , que les manufacturiers les plus instruits proscrivent les règlemens de fabrication; ils démontrent même l’impossibilité de les appliquer à l’état actuel de l’industrie. Quelques-uns se bornent à demander des garanties, soit pour la solidité des couleurs , soit pour la qualité

Cil A-PITRH V.

des étoffes, et je pense comme eux à cet égard. J’ai déjà parlé des garanties qu’on peut donner pour les couleurs ,et , dans l’un des Chapitres qui suivent, je m’occuperai de presque tous les genres d’industrie qui en réclament.

Nous pourrions ajouter à tous les vices que les manufacturiers font retomber sur les règlemens , que leur rigoureuse observation étoit souvent impraticable; car, pour obtenir une fabrication dont les produits soient uniformes et invariables dans la qualité , il ne suffit pas de fixer l’espèce de laine qu’il faut employer, le nombre de fils que doit avoir la chaîne, la largeur qu’on doit donner au drap, etc.; il faudroit encore déterminer la finesse des fils, la vérifier dans toute la longueur, s’assurer que tous ont reçu la même torsion , attendu que des fils plus gros remplissent davantage , que les fils plus tordus lainent plus lentement, qu’une chaîne fine rentre plus vite au foulon , et que la laine se tire tantôt plus , tantôt moins, suivant la couleur, la saison , la qualité , etc.

Si la chaîne est trop lourde et la trame trop torse, il est impossible au foulon de faire rentrer le drap à la largeur déterminée

2f)S DE L’INDUSTRIE FRANÇOISE.

par le règlement : à Elbeuf, on a vu couper plusieurs pouces de l’étoffe pour donner la laize prescrite.

Si la chaîne est trop légère, le drap se foule trop vite , alors le fabricant est obligé de le forcer à la rame pour le réduire à la largeur qu’il devroit avoir ; et, dans ce cas, la moindre humidité le fait rentrer.

Il seroit impossible aujourd’hui de déterminer la qualité des laines ; l’introduction des mérinos , et le croisement des races les ont variées à l’infini.

Le degré d’habileté des ouvriers , depuis le fileur jusqu’à l’apprêteur , apporte encore des modifications innombrables.

Ainsi , un fabricant de bonne foi ne peut pas maîtriser toutes ses opérations au point d’avoir constamment un résultat uniforme: les règlemenssontdonc inutiles et vexatoires.

Mais les manufacturiers ne sont pas les seuls qui se prononcent contre les règlemens de fabrication : l’opinion publique est assez connue à ce sujet ; et les progrès étonnans qu’a faits notre industrie, depuis qu’elle a été affranchie des règlemens, forment la meilleureréponse qu’on puisse donneràceux qui sont partisans du régime réglementaire.

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