‹ De l'industrie françoise (volume 2)Chapitre 153 sur 238 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La fabrication des nombreux tissus de coton et l’impression des toiles peintes se sont établies sans règlemens. Les produits de cesdeux nouvelles branches d’industrie, sont recherchés sur tous les marchés de l’Europe ; et , partout , la beauté des dessins , la variété des tissus, la solidité des couleurs , les font préférer à ceux des étrangers. Les nombreuses fabriques de produits chimiques, qui se sont formées depuis trente ans , ont été portées graduellement à un si haut degré de perfection, que nous avons laissé loin de nous tous nos concurrens en ce genre ; cependant elles n’ont jamaisété assujetties à aucun règlement. Ainsi l’industrie n’a besoin que de protection.

Je ne citerai point ici , à l’appui de mon opinion , les ouvrages qui ont paru successivement contre les règlemens dans le temps même où ils étoient en vigueur ; on pourroit croire que c’étoit une suite du système de liberté qui agitoit alors toutes les têtes; mais j’observerai que, de tout temps, les administrateurs éclairés ont été opposés aux règlemens : Sully regardoit déjà la multiplicité des règlemens comme un obstacle direct à la prospérité d’un état. Nous trou-

vons dans les Mémoires de M. Lamoignon de Basville , intendant de Languedoc , en 1698, ce passage si remarquable : Le point essentiel de V avancement du commerce est la liberté ; il faut laisser agir le génie et le goût des négocians à qui les connoissançes et hardiesses ne manqueront jamais.

Josias Child disoit aux Anglois , en 1669 , dans son traité de commerce : Si les lois qui obligent nos fabriques à faire du drap fort d’une certaine largeur , longueur, poids , etc. , ètoient exactement suivies , et qu on y tint la main , elles nous seroient beaucoup plus nuisibles qu utiles , parce que les fantaisies des hommes changent, et que quelquefois on aime mieux un drap peu foulé, léger et à bon marché, comme aujourd’hui , qu un drap plus pesant , plus fort , et en effet mieux fabriqué. Si nous voulons étendre notre commerce sur tout le globe ,' il faut imiter les Hollandais qui font chez eux de mauvaise marchandise, aussi-bien que de bonne , afin d’être en état de fournir tous les marchés , et de satisfaire tous les goûts.

Ce sage conseil donné à l’industrie angloise , précisément à la même époque où nous enlacions dans des filets tous les

Page 1