‹ De l'industrie françoise (volume 2)Chapitre 155 sur 238 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Ces règlemens ont été constamment en vigueur pendant un siècle ; on n’a fait qu’y apporter quelques changemens, et en aggraver souvent les dispositions.

Cette législation est contraire à tous les principes , et blesse tous les intérêts , à l’exception de celui du maître, entre les mains de qui , après avoir mis le monopole de l’industrie , on livre à discrétion les bras de la jeunesse.

Le célèbre Smith se récrie beaucoup cou tre la longueur que les lois prescrivent pour l’apprentissage : il observe avec raison que la durée doit dépendre de l’intelligence et de l’application de l’élève ; et que le terme de huit ans voulu pour l’apprentissage et le compagnonagede quelques métiers , tel que celui de la teinture , doit nécessairement porter le dégoût dans l’âme d’un jeune homme , et développer les vices qui en sont la suite.

Indépendamment de l’intelligence et de l’application de l’élève, d’autres causes peuvent abréger ou prolonger le terme de l’apprentissage : un maître qui a intérêt à prolonger le séjour d’un jeune homme dans ses ateliers , peut lui cacher ses procédés , l’em-

302 DE l’industrie FRANÇOISE, ployer à des fonctions étrangères à l’art qu’il exerce, le dégoûter par de mauvais traitemens , etc. Tout cela doit être prévu par le contrat, et l’apprenti et ses parens peuvent s’y réserver des clauses qui leur permettent de le rompre dans tous ces cas. Les contestations de ce genre doivent être portées devant le conseil des prud’hommes, ou devant le juge de paix dans les villes où les prud’hommes ne sont pas établis ; leur décision doit.' être sans appel.

L’article des statuts qui limite le nombre d’apprentis que peut recevoir un manufacturier est ridicule : un chef habile qui , presque toujours , a beaucoup de travail , ne sauroit avoir assez d’élèves ; un chef ignorant en a toujours trop : chez le premier, l’instruction est bonne , l’émulation est excitée et le travail assuré ; chez le second , tout est dégoût : les grands peintres sortent assez constamment des écoles des grands maîtres ; et les meilleurs artistes se glorifient du titre d’élèves d’un maître renommé.

Les règlemens ne reconnoissoient que le contrat d’apprentissage passé devant notaire et enregistré au bureau de la communauté.

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