‹ De l'industrie françoise (volume 2)Chapitre 156 sur 238 · CHAPITRE VT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VT

L'apprenti étoit tenu de payer les droits de cire , de chapelle , de bien venue , de gardes jurés , du clerc de la communauté , etc. Il étoit soumis, pendant toute la durée de l’apprentissage, à une redevance annuelle. Ces frais fermoient la carrière aux jeunes gens sans fortune ; ils les condam noient à ne pouvoir exercer aucune profession pour leur compte et à remplir toute leur vie des fonctions subalternes chez des maîtres.

*Ces abus ne peuvent plus se reproduire : le puissant intérêt des mœurs et celui de l’industrie veulent qu’on rende faciles les abords de toutes les professions, et le gouvernement ne doit exiger qu’un contrat d’apprentissage, pour donner toute la protection nécessaire à l’exécution.

Mais pour former de bons ouvriers et d’habiles chefs d’ateliers , il ne suffit pas toujours des leçons d’un maître consommé dans son art, il faut encore des dispositions de la part de l’élève, et surtout une instruction préliminaire qui hâte ses progrès : un jeune homme qui, jusqu’à l’âge de quinze à seize ans , a été livré à l’inaction ou au vagabondage, contracte difficilement l’habitude du travail et manque d’émulation :

3o4 DE l’industrie FRANÇOISE, à coup sûr on pourra faire de cet homme une machine utile, mais on ne parviendra pas à en faire un artiste.

Je sais que dans la longue série d’opérations que nous présente chaque genre d’industrie, il en est plusieurs qui n’exigent qu’un peu d’habitude et le seul emploi des forces physiques ; mais la nature y a pourvu , et quelques soins qu’on prenne pour développer les talens , il restera toujours assez de bras pour exécuter ces opérations grossières. Il n’en est pas moins vrai que si l’apprentissage n’est pas précédé d’une éducation première, dont les principes s’appliquent à tous les arts , on peut laisser croupir dans la dernière classe une foule d’individus dont les talens auroient enrichi l’industrie si on avoit pu les connoître et les cultiver de bonne heure.

Cette éducation première pourroit se borner à apprendre à lire et à écrire , à connoître les principales règles de l’arithmétique , et à étudier le dessin linéaire : les premières années seroient consacrées à suivre les écoles où l’instruction est donnée par la méthode nouvellement établie de Y enseignement mutuel ; quant à ce qui regarde le des-

Page 1