CHAPITRE VI
un choix éclairé des élèves qu’ils doivent admettre dans leurs ateliers.
Indépendamment de ces écoles primaires, je désirerois que le gouvernement formât à ses frais quelques ateliers, dans lesquel les jeunes gens pourroient s’instruire et se perfectionner en sortant de l’apprentissage. Ce seroit de véritables écoles normales, où la pratique seroit réunie à la théorie et d’où sortiroient des chefs d’atelier parfaits.
L’une de ces écoles seroit consacrée à la teinture et pourroit être placée aux Gobelins:là, un chimiste habile feroit connoître toutes les drogues qui peuvent fournir des couleurs et celles qui leur donnent de l’éclat et de la solidité ; il développeroit à ses élèves la théorie de chaque opération; il compareroit tous les procédés connus ; il les instruiroit de toutes les découvertes qui se font sur cette partie; il les feroit travailler sous sa direction; et, en moins d’un an , un jeune homme déjà familiarisé , chez son premier maître, avec tous les détails pratiques de cet art important, acquerroit toutes les connoissances nécessaires pour former un teinturier très-distingué.
Une seconde école auroit pour objet l'en-
3o8 DE l'industrie FRANÇOISE, geignement du travail sur les métaux : celleci pourroit être établie sous la direction de l’administration des mines, qui, de cette manière, recevroit le complément de son institution : là, on instruiroit les élèves sortant de l’apprentissage, non-seulement à forger les métaux, mais on leur apprendroit à les fondre, à les couler, à les laminer, à les allier, et à former toutes les préparations et compositions qu’ils fournissent aux arts et au commerce.
On pourroit destiner une troisième école à l’enseignement de tout ce qui a rapport à la construction des machines : cette dernière seroit établie dans le Conservatoire des arts et métiers , où l’on a réuni la plus riche collection de machines qu’il y ait en Europe; collection que l’on peut déjàregarder comme une bibliothèque toujours ouverte à l’artiste, qui y puise des renseignemens précieux sur tout ce qui a été fait , y suit, avec le plus vif intérêt , les progrès de la mécanique jusqu’à nos jours, et , par l’étude et la comparaison de ce qu’il a sous les yeux, s’élève à son tour à des idées d’amélioration, de perfectionnement et de création.
CITA PITRE VI. 3oq
On ne recevroit dans ces écoles que les jeunes gens qui justifieroient d’un apprentissage et de connoissances pratiques ; on exigeroit qu’ils fussent instruits dans l’art du dessin linéaire , et qu’ils sussent lire et écrire.
Je me trompe fort , ou ces écoles deviendroient bientôt des foyers d’émulation , et des pépinières d’artistes très-distingués. Elles peupleroient en peu de temps nos ateliers d’habiles chefs ouvriers qui manquent généralement à plusieurs branches de notre industrie, et propageroient avec rapidité les bonnes méthodes , les découvertes et les
connoissances.
3lO DE LINDUSTRIE FRANÇOISE.