CHAPITRÉ I
Toutes les opérations qui concourent à la préparation de la soie et à la fabrication des tissus, ont reçu des perfectionnemens. Le procédé de M. Gensoul, qui consiste à chauffer , par la vapeur , l’eau des bassines dans lesquelles on met les cocons pour les disposer à la filature, a été généralement adopté; on y trouve de l’économie pour le combustible, et on règle la température de l’eau de manière à ne pas altérer la force de la soie et à éviter qu’elle* ne contracte cette couleur terne qu’elle prend par l’ancien procédé.
Les belles machines de Yaucanson, destinées à mouliner et à organsiner la soie , ont été établies dans un plus grand nombre d’ateliers ; et cette opération importante , qui influe si puissamment sur la qualité de l’étoffe, a été tellement perfectionnée, que nos organsins peuvent enfin -rivaliser avec ceux du Piémont.
On est parvenu à supprimer la tire dans la fabrication dés tissus : cette opération , qu’exécutoient desenfans, a été remplacée par des machines ; le foulage des marches suffit pour opérer la tire dans Je procédé de M Jacquard. M. Jailleta fait un métier com-
a8 de l'industrie Françoise.
biné qui a le double avantage de faciliter la tire , et de fabriquer des tissus dans les plus grandes dimensions.
Enfin, on a enrichi les ateliers de soierie d’un grand nombre de tissus , dont la fabrication nous étoit inconnue il y a trente ans; et l’on a réuni dans les manufactures de Lyon ou de Paris , tous les genres de soieries que nous importions de l’étranger. Je joins ici l’énumération de ces divers articles :
Tulles à filoche , -
Tulles à mailles fixes ,
Tulles façonnés ,
Etoffes en peluche imitant la fourrure ,
Étoffes à grands sujets dont les lés se réunissent sans contrarier le dessin ,
Étoffes pour meubles en laine et soie , imitant la tapisserie de Beauvais ;
Schals en bourre de soie, brochés;
Levantines $
Rubans de satin tissus à la manière angloise ;
Rubans ondés, fabriqués en soie tordue ;
Madras, chaîne en soie et trame en coton ;
Velours imitant la peinture, de M. Grégoire.
La mécanique, qui , pendant l’espace d’un
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siècle, avoit peu ajouté au métier à bas, introduit en France par Hindret, l’a beaucoup amélioré de nos jours. Nous avons vu paroître successivement le métier à maille fixe de Chevrier, celui à chaînettes de Chevalier, celui à tricot sur chaîne et à maille transposée d’Aubert, de Lyon , celui à manivelle de Favereau, ceux à roulette de Jan- * deau et de Julien Leroy , ceux de Dantry , Viardot, Jolivet, Cochet, etc. ; tous présentent* des perfectionnemens plus ou moins utiles : mais M. Moisson , chanoine d’Alais, en supprimant les ondes, est, peut-être, celui qui a le plus simplifié l’ancien métier à bas , sous le rapport du mécanisme et de l’économie.
Les machines qui remplacent aujourd’hui la main de l’homme dans presque toutes les opérations de l’industrie manufacturière, ont opéré une grande révolution dans les arts : depuis leur application , on ne peut plus calculer les produits par le nombre des bras employés, puisqu’elles décuplent le travail ; et l’étendue de l’industrie d’un pays est aujourd’hui en raison du nombre des machines, et non de la population.
Des personnes peu éclairées craignent
3o DE l’industrie FRANÇOISE,
toujours que l’emploi des machines n’enlève le travail à une grande partie des ouvriers qui sont employés dans les fabriques : on a dû éprouver les mêmes craintes lorsqu’on a découvert la charrue et l’imprimerie; mais , en remontant à l’origine des arts pour en suivre les progrès jusqu'à nous, on voit qrfe la hnain de l’homme s’est constamment armée de machines qu’on a perfectionnées peu à peu; et que la prospérité de l’industrie a été toujours proportionnée à ces améliorations. La raison en est , que les machines, en diminuant le prix de la main d’œuvre , font baisser celui du produit, et que la consommation augmente, par le bas prix , dans une progression plus forte que celle de la diminution des bras : d’ailleurs , en augmentant les produits, on donne lieu à un plus grand nombre de travaux de détail qui- exigent de la main d’œuvre et emploient plus de bras qu’on ne pourroit le faire par une fabrication sans mécaniques qui seroit forcément moins étendue.
La population de Manchester et de Birmingham n’étoit pas le dixième de ce qu’elle est devenue depuis l’adoption des machines ; et, à coup sûr, il y a aujourd’hui plus de