CHAPITRE VIII
nouveau genre d’industrie ; aujourd’hui nous pouvons rivaliser avec eux.
La fabrication des tissus de coton , Fart de la filature par mécaniques , l’impression des toiles, n’ont jamais été asservis à des règlemens, et cette belle industrie a été portée, en peu d’années, au plus haut degré de perfection : elle seroit encore dans l’enfance si le génie des arts n’avoit pu s’exercer librement sur elle.
Les nombreuses fabriques de produits chimiques qui se sont formées depuis vingt ans , ont enrichi la France d’une de ses plus importantes branches d’industrie , et n’ont pas été asservies à des règlemens de maîtrise.
Ce sont là des vérités que j’ai déjà mises sous les yeux du lecteur; mais je ne puis m’empêcher de les rappeler encore, parce qu’elles établissent d’une manière incontestable, que les règlemens, les maîtrises, les corporations ne sont pas nécessaires.
Dans tous les établissemens qui couvrent aujourd’hui le sol françois , on compte des hommes habiles , des chefs éclairés , et aucun n’est arrivé par la filière du coinpagnonage et de la maîtrise ; la bonne
322 DE l’industrie FRANÇOISE, conduite et les talens ont établi seuls des distinctions qui sont devenues une source d’émulation et non de jalousie.
Personne ne prétendra, sans doute, qu’on fait moins bien les habits, les souliers, les chapeaux , etc. , depuis la suppression des maîtrises : à coup sûr, un particulier qui a besoin d’un maçon , d’un serrurier ou d’un charpentier , ne va pas s’informer s’ils sont maîtres ; il se borne à savoir qu’ils sont habiles, et les juge par leur réputation et leurs ouvrages.
Aucun genre d’industrie n’a rétrogradé depuis que les maîtrises ont été abolies; au contraire , tous se sont perfectionnés ; il en a été créé ou importé un grand nombre; on a varié les produits de manière à contenter tous les goûts , et à assortir les produits à tous les degrés de fortune; et qu’importe qu’à côté d’un objet de luxe se trouvent des produits grossiers? Les diverses classes de la société ont-elles donc les mêmes goûts, les mêmes facultés, les mêmes besoins? Peut- on supposer que le manufacturier se livre à une fabrication dont les produits seront repoussés par le consommateur ? Et de quel droit l’autorité peut -elle