‹ De l'industrie françoise (volume 2)Chapitre 167 sur 238 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

lois du maximum vidoient les magasins et entraînoient la ruine du fabricant; les réquisitions enlevoient arbitrairement les produits de toutes nos manufactures ; des droits énormes pesoient sur les matières premières; l’insubordination régnoit dans les ateliers; la vie des entrepreneurs étoit à la merci des ouvriers dénonciateurs : qui croiroit que les plus grandes découvertes datent de ces terribles époques ? Qui croiroit que, du milieu de cette tourmente révolutionnaire , sont sorties ces conceptions heureuses , ces prodiges du génie qui , en quelques années, ont enrichi la France de tout ce que les étrangers avoient de plus parfait, et ont créé des arts inconnus à nos voisins ?

Laissons donc une entière liberté au commerce et à l’industrie; qu’il soit permis à chacun d’exercer une profession de la manière qui lui paroît le plus utile; qu’il lui suffise d’en faire la déclaration à l’autorité locale, qui inscrira son nom, prénom et profession sur ses registres : sa conduite , son intelligence et le consommateur décideront ensuite de son sort.

C’est à la suppression clés maîtrises, des

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jurandes , de toutes les gênes imposées à V industrie qu'il faut attribuer V accroissement des manufactures et V esprit d'entreprise qui s'est montré de toutes parts. Enfin , une nation depuis long-temps attachée à la glèbe , est sortie pour ainsi dire de dessous terre ; et l'on s'étonne encore , malgré les fléaux de la discorde civile , de tout ce qu'il y a de talent , de richesses et d’émulation , dans un pays qu’on délivre de la triple chaîne d'une église intolérante , d'une noblesse féodale , et d’une autorité royale sans limites (i).

Nous terminerons ce Chapitre par une observation qui ne paroîtra pas peut-être sans intérêt : il est prouvé que depuis vingtcinq ans la population de la France a augmenté d’environ un sixième. Il faut en convenir , le spectacle des guerres sanglantes et continues, le tableau des dissensions civiles ne nous ont pas préparés à de pareils résultats : nous voyons partout dans le passé des causes de destruction , de dépopulation ; nous ne trouvons nulle part la cause d’une reproduction aussi rapide , aussi ex-

(i) Considérations sur la Révolution francoise , par madame la baronne de Staël, tom. 1 , pag. 284.

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