‹ De l'industrie françoise (volume 2)Chapitre 186 sur 238 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

de draps au Levant. C’est donc sous ce seul rapport que nous nous permettrons de la discuter.

Lorsqu’une manufacture s’est ouvert des débouchés dans un pays lointain, la bonne foi dans les relations, l’uniformité dans la qualité des produits, peuvent seules consolider et perpétuer les rapports commerciaux : l’intérêt bien entendu du fabricant exigeroit sans doute que ces conditions fussent constamment observées; mais trop souvent, l’appât d’un gain momentané ou l’envie de donner cours à des étoffes défectueuses, prévalent sur ces considérations majeures, et en trompant le consommateur une fois, on décrédite pour toujours la fabrique. La fraude est d’autant plus criminelle que le consommateur a plus de confiance : cette confiance étoit si bien établie dans le Levant, que notre draperie du midi y étoit achetée sans rompre halle. Pendant près d’un siècle notre commerce a fait passer dans les échelles, par année, pour 12 à i5 millions de nos draps.

On attribue généralement la perte de ce beau commerce à la suppression des règlemens , qui, dit-011, eussent maintenu uns

36o DE l’industrie FRANÇOISE, fabrication uniforme et perpétué nos relations : cette observation n’estpasfondée : sans doute , la liberté rendue à la fabrication , la faculté d’expédier, dans le Levant, des draps qui n’avoient plus ni la même qualité, ni les mêmes dimensions que les anciens, ont séduit des fabricans peu honnêtes et ont concourru à inspirer de la méfiance ; mais d’autres causes y ont encore puissamment contribué.

Dès 1700, les draps françois avoientdéjà, dans le Levant, une réputation méritée : le célèbre Tournefort qui voyageoit dans ce pays , à cette époque, l’attribue à la probité de nos manufacturiers et à la surveillance qu’exerçoit le gouvernement sur la fabrication : les avantages de notre commerce s’y sont maintenus jusque vers 1760 : alors les mahoux de Hollande, les draps du Brabant et des bords du Rhin , connus sous le nom de draps de Leipsick, où s’en fait la vente, les draps de la Pologne, etc., sesontintroduits dans les' échelles , et leur bas prix a sensiblement diminué la consommation de nos londrins et de nos nims.

M. de Peyssonel , ancien consul de France à Smyrne, observe dans son Traité sur le

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