‹ De l'industrie françoise (volume 2)Chapitre 187 sur 238 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

commerce de la mer Noire, imprimé en 1 787, que les bourres de magnésie et les bocassins de Tocat, de Kastembol et Damasias , étaient à un si bas prix , que les camelots de France ne pouvoient plus entrer en concurrence.

M. Félix de Beaujour, dans son Tableau du commerce de la Grèce , nous dit qu’en 1783, les draperies françoises avoient perdu toute faveur, parce que les Allemands et les Anglois fournissoient à meilleur marché.

L’introdyction,dansle Levant, d’une nouvelle étoffe de l’industrie angloise , appelée vulgairement chalons , a nui aux draps françois : c’est une serge croisée et très-légère , qui a beaucoup d’éclat et de lustre.

Il y a trente à quarante ans que les fabriques de Verviers et d’Aix-la-Chapelle imitèrent les dimensions de nos draps destinés pour le Levant; mais ils empîoyoient moins de laine et donnoient un plus beau lustre , ce qui leur permettait de les livrer à plus bas prix : les Levantins leur donnèrent 1 a préférence. Ces d raps s’exportoien t d’abord par Trieste ; M. Schloeser, fabricant d’Aixla-Chapelle, a été le premier à leur ouvrir la navigation du Danube, depuis Ratisbonne jusqu’à Selim : là on les charge sur des cha-

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meaux et ils sont expédiés à Constantinople.

Il ne faut pas croire que les Levantins tiennent tellement à leurs usages qu’ils ferment les yeux sur leur intérêt, et qu’il n’y ait pas, chez eux comme ailleurs , des changemens de goût et même des fantaisies; ils sont , en général , aussi difficiles pour accorder leur confiance que persévérans lorsqu’on n’en abuse pas ; mais l’intérêt agit sur eux comme sur les autres peuples ; et quoique les changemens de mode et les progrès du luxe y soient moins sensibles, ils y exercent néanmoins leur empire. Autrefois les femmes de qualité de la Crimée ne connoissoient que les damasquettes , et surtout les dibas de Venise, pour leurs vêtemens; nos soieries de Lyon parurent à la cour de Batcheseraï , et les premières étoffes furent , dans le moment , abandonnées à la classe des femmes du peuple.

On voit donc que c’est moins à la suppression des règlemens qu’aux progrès et à la variété de l’industrie, chez nos voisins, que nous devons attribuer la perte de notre commerce dans le Levant. Peut-être même serions-nous parvenus à conserver toute l’étendue de nos relations , si notre fabrica-

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