‹ De l'industrie françoise (volume 2)Chapitre 212 sur 238 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

prêtent leur territoire pour établir les communications nécessaires au commerce.

Les goiiivernemens qui se refusent à accorder le transit motivent leur conduite sur quelques raisons qui me paroissent également futiles : en abusant de la position d’un pays, ils veulent le contraindre à s’approvisionner chez eux , et croient encore , par ce moyen, pouvoir disposer à leur gré de tous les produits de son sol ; c’est là , en dernière analyse, le seul but qu’ils se proposent ; mais, en traitant ces peuples indépendans comme des colons sur lesquels on exerce un droit de conquête , a-t-on pris pour base les lois de la justice? a-t-on considéré les rapports d’amitié qui doivent lier les peuples? a-t-on même consulté le véritable intérêt national? je ne le pense pas.

En général , il n’y a de commerce durable qu’entre les nations qui se lient par une estime et des intérêts réciproques. Lorsque la contrainte forme ces liens , la défiance ne tarde pas à les rompre. Une nation libre se dégage , dès qu’elle le peut, des engagemens imposés par la force; elle s’ouvre des débouchés ailleurs , et se crée de nouvelles routes pour ses approvisionnemens et ses

4o8 DE l’industrie FRANÇOISE, ventes ; elle ne conserve même plus alors le com merce naturel de voisinage avec la nation qui a voulu l’asservir.

Comme l’intérêt réciproque forme la base de toutes les relations commerciales , celles qui s’établissent entre deux nations voisines prennent nécessairement toute l’étendue dont elles sont susceptibles ; et vouloir empêcher que l’une d’elles ne verse , chez d’autres nations plus éloignées, le superflu de ses produits, c’est agir contre toutes les lois de la justice et les convenances d’une saine politique : vouloir la forcer, en abusant de sa position , à s’approvisionner ailleurs que là où elle trouve le plus d’avantage , c’est ajouter, au premier acte de tyrannie, la violation de tous les droits qui doivent unir les peuples.

On me dira qu’en laissant transiter des marchandises étrangères sur notre sol , nous nous privons d’un débouché auprès de la nation à qui elles sont destinées. A cela, je réponds que, si notre commerce ou notre industrie pouvoient fournir, au même prix, les objets de même nature, le consommateur leur donneroit à coup sûr la préférence ; et que , puisqu’il s’approvisionne ailleurs , il

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