CHAPITRE I
soient dans le commerce menaçoit d’une inaction forcée tous les autres distillateurs; et , malgré la garantie d’un brevet d’invention , Édouard Adam vit bientôt imiter ses procédés, et partager le fruit de sa découverte.
Cet appareil ingénieux réveilla l’attention des artistes et des savans; tous s’emparèrent, à l’envi , de son idée primitive, et arrivèrent au même résultat par d’es routes différentes; de sorte qu’èn très-peu de temps, on vit paroître des alambics plus simples , plus parfaits , plus économiques , et qui produisoient le même effet que ceux d’Édouard Adam. C’est surtout à Isaac Berard, à Solimani, à Duportal, à Alègre, à Sellier, et à d’autres que nous devons les perfectionnemens qui ont été successivement apportés au procédé d’Édouard Adam. Ces nouveaux appareils de distillation sont aujourd’hui répandus dans toute la France , et sur plusieurs points de l’Europe ; partout on en obtient les résultats les plus satisfaisans.
On sentira tous les avantages de ces nouveaux procédés de distillation, si l’on considère que , depuis trente ans , la production du vin a beaucoup augmenté en France ,
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et que les eaux-de-vie fournissent au commerce un de ses principaux moyens d’échange avec les pays étrangers.
Jusqu’ici, le goudron extrait des arbres résineux, dans le midi de la France, a été réputé de qualité inférieure à celui du nord, pour le service de la marine : la chimie a recherché les causes de cette différence , et elle les a trouvées dans la mauvaise construction des fours qui, n’étant point couverts, reçoivent la pluie, et exigent un degré de chaleur qui volatilise l’huile de térébenthine, enflamme le bois et rend le goudron sec, épais et impur.
On peut, à la vérité, ramener ces goudrons à un bon état de perfection , en les plaçant dans une étuve , et en y ajoutant l’huile volatile qu’ils ont perdue : le charbon et le sable se précipitent alors ; et , par la décantation , on obtient du goudron assez parfait : mais M. Darracq, qui avoit d’abord employé ce procédé, l’a abandonné pour suivre une meilleure méthode : il a construit un appareil en tôle et en brique exactement fermé , n’ayant qu’un tube à sa partie supérieure , afin de recueillir l’huile volatile ; et , au lieu d’enflammer le bois , il fait couler
CHA.PITHE Ii St
le goudron à l’aide de tuyaux de chaleur distribués dans l’appareil.
Ce goudron , essayé dans l’arsenal de Brest, en comparaison avec celui du nord, a paru d’une qualité au moins égale à ce dernier.
En faisant passer le bois à l’état de charbon, par le moyen de la chaleur , on laissoit échapper dans l’air , à pure perte, une quantité considérable de produits dont on ignoroit la nature. MM. Vauquelin et Fourcroy ont prouvé que la partie de ces vapeurs épaisses , susceptible de condensation , n’étoit que de l’acide acétique ( ou vinaigre ) qui tenoit en dissolution de l’huile végétale altérée par le feu. Avant la découverte de ces deux chimistes , on avoit entrepris de carboniser le bois à vaisseaux clos ; cette méthode présentoit de grands avantages, en ce qu’on retiroit au moins un quart de plus en charbon que par les anciens procédés ; mais du moment qu’on a su que le produit, qui s’échappoitpendantl’opération,étoit du vinaigre, on a perfectionné les appareils pour le recueillir, et bientôt on est parvenu à le débarrasser de toute l’huile qu’il contient, à le présenter, pour tous les usages, parfai-
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teraent décoloré , sans odeur, et à un degré de pureté et de concentration que n’a pas le vinaigre de vin ; de sorte qu’on a pu remplacer ce dernier avec avantage dans les arts et dans tous les usages domestiques.
Aujourd’hui les nombreuses préparations qu’on faisoit , pour les fabriques , avec le vinaigre ordinaire , sont exécutées avec le vinaigre de bois. M. Mollerat, à qui on doit une grande partie des progrès de cette industrie , est parvenu à le fournir en cristaux transparens comme la glace la plus pure.
Le vinaigre de bois , imprégné de l’huile végétale , est avantageusement employé à dissoudre le fer , et à former la composition qui fait la base des couleurs noires; l’huile concourt à leur donner de la solidité, surtout dans la teinture et l’impression des cotons.
Outre le vinaigre et l’huile, la distillation des combustibles , tels que bois et charbon de terre , fournit une grande quantité de gaz hydrogène dont on a tiré un parti avantageux pour l’éclairage. Cette belle application d’un principe connu est due à M. Lebon, ingénieur des ponts et chaussées , qui ,