CHAPITRE I
le vinaigre et les liqueurs. M. Berthollet nous prouva que l’eau enfermée dans des futailles charbonnées à l’intérieur n’étoit plus susceptible de se corrompre ; ce qui doit être d’une très -grande utilité dans les longs voyages sur mer. M. Cuchet établit à Paris des filtres de charbon pour clarifier, purifier, et rendre potables les eaux les plus infectes. Mais , depuis trois ou quatre ans , le charbon animal a été employé à une opération bien plus importante ; il sert à raffiner les sucres , et l’usage en est devenu général. Cette belle découverte est la suite naturelle des grands travaux qu’on a faits pour perfectionner la fabrication du sucre de betterave, et qui, quoique constamment dirigés vers ce but, ont enrichi le raffinage du sucre de canne de très-grandes améliorations. C’est surtout à M. de Rosne qu’on doit l’emploi du charbon pour décolorer, dégraisser les cuites du sucre, et en faciliter la cristallisation.
J’ai eu occasion de parler ailleurs de l’extraction du sucre de la betterave , et de l’indigo du pastel; je me bornerai, en ce moment, à observer que ces découvertes forment deux des conquêtes les plus précieuses qu’on doive à la chimie ,par leur utilité, et
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l’influence qu’elles auront, tôt ou tard, en Europe.
Avant la découverte du Nouveau-Monde , la récolte du kermès , dans le midi de la France et en Espagne , formoit un grand objet de commerce ; on en retiroit la plus belle couleur pourpre qui fût alors connue: l’importation de la cochenille nous fit connoître une couleur plus brillante, quoique moins solide , et le kermès perdit de sa réputation. L’emploi de la garance dans la teinture remonte à une haute antiquité ; Pliue a décrit son usage et les moyens de s’en servir ; il paroît même, d’après ce qu’il rapporte , que cette couleur n’a pas reçu de bien grandes améliorations en arrivant jusqu’à nous; mais, de nos jours, MM. Gonin , habiles teinturiers, sont parvenus à donner à la couleur de garance l’éclat et la solidité de l’écarlate de cochenille. J’ai vu teindre , tant à Paris qu’à Lyon , dans les ateliers des auteurs de cette découverte , vingt-deux pièces de draps en écarlate de garance , et les essais comparés que j’ai faits sur la couleur m’ont prouvé qu’elle étoit aussi brillante que celle de la cochenille , et qu’elle avoit, sur celle-ci, l’avantage de