CHAPITRE I
ne s’altérer ni par la pluie ni par la sueur.
Ainsi , la découverte du Nouveau-Monde avoit fait presque disparoître de la France plusieurs genres de culture très-importans , tels que ceux du pastel et du kermès ; mais la chimie dégage peu à peu la France de cette dépendance, et la rétablit dans ses possessions primitives ; elle lui fournit déjà les moyens de s’affranchir de l’importation du sucre , de l’indigo et de la cochenille ; et, lorsque la France le voudra , elle enrichira son agriculture des deux premiers produits , et remplacera le troisième par une plante indigène.
On savoit depuis long-temps , qu’en mettant une peau en contact avec la poudre de l’écorce de chêne ou de tout autre astringent du règne végétal , la peau changeoit de nature, et qu’au bout de quelque .temps elle étoit rendue inaltérable, incorruptible, plus dure et plus pesante ; mais on ignoroit la cause de ce changement.
Sans doute la connoissance du fait suffisoit pour approprier les peaux aux usages de la société, mais la connoissance de la cause devenoit nécessaire pour pouvoir maîtriser et perfectionner cette opération.
A l’époque où la France se vit contrainte
de former quatorze armées pour résister à l’Europe qui la menaçoit sur toutes ses frontières , elle éprouva de grands besoins pour armer et équiper ses soldats : les moyens de fabrication ordinaires ne suffisoient plus, il fallut en créer ; les savans furent mis en réquisition ; les hommes de tout rang, de tout état, furent appelés dans les ateliers. Paris devint un arsenal militaire d’où il sortoit quinze mille fusils par jour et trente-cinq milliers de poudre , fabriqués par des procédés plus expéditifs que les anciens. Les nombreuses tanneries que possédoit la France ne pouvoient pas fournir à l’immense consommation des peaux et des cuirs : M. Seguin fit connoître la nature du principe tannant; et, dès ce moment, on put rendre le tannage plus prompt. Cette opération , qui jusque-là n’étoit qu’une routine, a reçu ses principes delà chimie ; et la tannerie est aujourd’hui un de nos arts les mieux connus.
Les préparations qu’on fait subir aux peaux d’agneaux , de chèvres , de moutons , de daim , etc. pour les approprier à nos usages, et qui constituent l’art du chamoiseur et celui du mégissier, etc. , sont devenues