ARTICLE XIII
Des Tanneries, Chamoiseries , Mégisseries.
De tous les arts qui opèrent sur les peaux pour les approprier à nos besoins , il n’en est pas qui soit plus important que celui de la tannerie : pour s’en former une idée , il suffit d’évaluer la quantité de peaux tannées annuellement dans les fabriques de l’intérieur de la France. Cette quantité se compose de la dépouille de quelquesuns des animaux qui sont consacrés à la nourriture, et de ceux qu’on jette à la voierie ; les premiers sont les bœufs, les moutons , les vaches et les veaux ; les seconds sont les chevaux. On doit ajouter à ce résultat le nombre de peaux en poil qu’on importe pour le même usage.
La consommation des bœufs et vaches est, chaque année, de 857,000.
Celle des veaux, de 2,o32,ooo.
La mortalité des chevaux, de 1 10,000.
En supposant le poids moyen des peaux de bœufs et vaches , de 55 demi-kilogrammes, par rapport à celles des vaches, qui ne sont, terme moyen , que du poids de 45,
IÊ>6 Bfi L?INDUSTRIE FRANÇOISE.
et portant la valeur du demi-kilogramme à 35 cent., il en résulte que la totalité des peaux provenant de la dépouille de ces animaux représente une valeur de 16,497,250 fr.
En ajoutant à cette somme celle de 3,g5o,5oo fr. provenant de l’importation des cuirs en poil , la valeur totale des peaux de boeufs et de vaches employées dans les tanneries s’élève à 20,447?75o fr.
En prenant le poids de 12 demi-kilogrammes pour terme moyen du poids des peaux de veau, et supposant de 60 cent, le prix de chaque demikilogramme , la totalité forme
une valeur de i4,63o,4oo fr.
Les 110,000 peaux de cheval représentent une valeur de., 770,000 fr.
Total 35,848, 1 5o fr.
Le capital qui alimente nos tanneries est donc de 35,848,i5o fr. Je ne comprends pas, dans ce calcul, les peaux de mouton et autres, dont une partie est employée dans la
tannerie, me réservant d’en donner l’évaluation en parlant de la mégisserie et de la chamoiserie. Ce capital étoit plus fort il y a quelques années, à cause de l’énorme quantité de cuirs que consommoient nos armées. Alors nous importions pour onze à douze millions de peaux en poil ; mais , dans des temps ordinaires, je ne crois pas qu’on puisse en porter l’évaluation plus haut que je ne l’ai fait.
Une peau du poids de 100 demi-kilogrammes, après qu’on a distrait les cornes, le poil , le sang , la graisse , les extrémités des pâtes , les oreilles, la queue , etc. , donne par le tannage, 55 demi-kilogrammes de cuir, qui se vend 1 fr. 5o c. le demi-kilogramme; ainsi une peau du poids de 5o kilogrammes coûte 35 fr. , et se vend 82 fr. 5o cent.
Eu égard à la nature des peaux de vaches , on peut établir que le tannage ne fait que doubler le prix des peaux.
35,848,i5o fr. , valeur en peaux, donneront donc une valeur en cuirs de 71 ,6c)6,3oo francs.
En général, la peau, en passant à l’état de cuir , prend un peu plus d’un dixième de
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matière tannante , et augmente de poids dans cette proportion.
La tannerie a encore l’avantage de donner de la valeur à nos bois par l’emploi que l’on fait de l’écorce de chêne. On évalue à 1 5o fr. le prix de l’écorce qu’on retire d’un hectare de bois taillis lorsqu’on a des tanneries dans le voisinage.
Le tannage ne fait que disposer les peaux à subir de nouvelles opérations qui constituent d’autres genres d’industrie, tels que la fabrication des bottes et souliers, des selles, des harnois, etc. : ici le cuir prend une autre valeur , et cette valeur est presque toute en main d’œuvre. Je prendrai pour exemple la fabrication des souliers, qui consomme la plus grande partie des peaux tannées.
La fabrication d’une paire de souliers em-
ploie ,
Cuir pour semelles 1 fr. 25 c.
Peau pour empeignes i 7 5
Fournitures de peau blanche,
fausses semelles 1
Façon 2
6 fr.
Total,