CHAPITRE III. . '3/j
reçoive pour une pareille somme en draps , on croiroit que la balance du commuée entre les deux nations est égale ; mais si l'on considère que le quart de cette laine a suffi pour former la valeur d'un million en étoffe, on verra que la nation manufacturière a augmenté sa richesse des trois quarts, et que presque tous ses bénéfices sont restés chez elle en main d'oeuvre. Ainsi, comme la main d'oeuvre employée à la production de la laine ^ n'est pas à beaucoup près dans la proportion de celle qui est nécessaire pour fabriquer une quantité d'étoffe de valeur égale , il s'ensuit que la nation manufacturière bénéficie tout le prix d'industrie sur l'autre. Ce n'est donc point sur la quotité de la valeur comparée des échanges , mais sur la nature des objets échangés qu'il faut établir la balance du commerce.
Sans doute , si les traités de commerce stipuloient la nature et la quantité des produits du sol et de l'industrie, qu'on se donneroit en échange , il seroit possible, par le calcul , de balancer les avantages respectifs : mais dans ce cas les conditions du contrat seroient inexécutables, car les gouverne-
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mens peuvent bien conclure des traités, mais l'exécution en appartient au consommateur, qui se règle toujours cVaprès son goùl et sa fortune , et qui, à coup sûr, repotisseroit des produils dont on lui prescriroit impérieusement l'usage et la quantité.
Mais seroit-il donc vrai que les relations commerciales entre les nations, ne pusseot s'établir que par des traités de commerce?
Les convenances , la position, le besoin, la nature des productions du sol et de l'industrie ne forment-ils pas les liens les plus naturels!' Une nation qui manque de blé n'ira-t-elle pas en chercher chez celle où il abonde? Celle qui ne recueille pas de vin ne pent-elle s'approvisionner de cette boisson que par des trai tés ? Livrez le commerce à lui-même, laissez-lui la liberté desesopé' rations , et vous verrez bientôt s'établir l'équilibre entre les besoins et les ressources.
Que reste-t-il donc à faire à une nation pour ses intérêts agricoles , commerciaux et maniifacuiriers ? Perfectionner son industrie, améliorer sa culture, conquérir la confiance par la bonne foi, voilà où doivent tendre tous ses efforts. Le consommateur ,
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de tous les pays , qui n'est mu que par son intérêt , recherchera alors les produits de notre sol et de nos fabriques ; et nos relations commerciales seront dès lors non le résultat d'un traité, mais celui de l'accord tacite mais général entre les peuples.
Que reste-t-il à faire au gouvernement?
Encourager l'industrie , protéger la propriété, et publier une loi franche sur les douanes, qui fasse connoitre aux nations les conditions d'après lesquelles on recevra les produits étrangers. Comme cette loi sera égale pour toutes les nations , la France pourra exiger qu'il y ait réciprocité; car, sans cela , on l'autoriseroit à user du droit de représailles. Cette loi doit être stable, parce qu'elle sera un engagement solennel envers l'Europe, et que rien ne peut porter plus de préjudice au commerce que la versatilitéile la législation.
246 ÙE l'iMDUSTRIE FRANÇOISE.