CHAPITRE XIII
Des Franchises.
Il est des positions sur les bords dehraer qui attirent et fixent le commerce dW manière plus favorable que d'autres, etc'est sans doute là qu'il s'est d'abord établi. Mais la situation d'un port de mer peut être plus avantageuse au débouché de.s productions de l'intérieur, qu'au versement des denrées étrangères pour la consommation du pays; elle peut encore être telle, à l'égard do nations voisines, qu'elle forme l'entrepôt naturel de leurs marchandises et qu'elle ( appelle leur commerce. Le gouvernemeui françois a su de tout temps apprécier ce dernier avantage, etdistingucr, sous ce rapport, la position de Baïonne , de Marseillf et deDunkerque.
La franchise de Baïonne remonte à une époque très-reculée : des lettres- patentes de j483 la consacrent d'une manière positive:
le voisinage de l'Espagne y attiroit un immense commerce ; les Biscaïens venoient s'j
irvoir d'une foule d'objets qu'ils trans-
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porlôieiit chez eux par le cabotage; les Espagnols soldoient leurs achats avec des piastres ou par l'échange de quelques denrées de leur pays. En considération des communications qui existent entre la France et l'Espagne, par les gorges des Pyrénées, on étendit la franchise, non-seulement au port de Saint- Jean-de-Luz, mais à tout le territoire du pays de Labour, depuis Baïonne jusqu'aux frontières , entre l'Adour , la Nive et la mer.
La position de Marseille exigeoit la franchise du port : le voisinage des côtes de la Barbarie, de l'Italie, de la Catalogne, en présentoit tous les avantages, et la franchise de Gènes , de Livourne et de Trieste , en démontroit la nécessité. Cette vérité avoit été sentie de tout temps ; les comte»
de Provence avoient accordé des privilèges considérables à son commerce , des actes de iSgGles avoient confirmés; mais les besoins du trésor public, et l'intérêt peu éclairé qu'on accorda au commerce pendant un siècle et demi, multiplièrent tellement les droits, donnèrent lieu à tant de vexations, que les étrangers, ne trouvant plus ni protectii ni liberté dans ce port , s'en éloignèrent
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3^0 BB L*INDUSTR1B FRANÇOISE.
furent enrichir le marché de Gènes et celui de Livourne. Par un ëdit de lôôg^Colbert oi|^nisa la franchise dans toute sa pureté :
dès lors la ville et tout son territoire ne furent plus qu'un vaste entrepôt , où tout endroit et d'où tout sortoit sans presque remplir aucune formalité. Néanmoins le commerce du Levant fut soumis à un droit decinqpour cent, pour fournir au traitement des consuls dans les échelles, Peu après, divers articles furent soustraits de la franchise , tels que les sucres et les cafés étrangers; en 1703, l'entrée de Marseille fut fermée aux toiles des Indes, aux lainages et aux produits des tanneries venant de l'étranger : ainsi la franchise fut successivement restreinte , et la ville de Marseille a dû sa prospérité , bien moins encore à sa franchise qu'au privilège exclusif qu'on lui accorda pour le commerce du Levant; en effet, on frappa de ao pour cent toutes les importations du Levant sous pavillon étranger, et toutes celles qui se faisoient par un autre port françois ; encore ces retours n'étoientils tolérés , sous ces conditions , que pour Rouen et Dunkerque. On étendit peu à peu ce privilège à toutes les soies et mar-^