CHAPITRE XV
opérations de commerce peuvent produire la même somme avec le secours de quelques commis. Le commerçant ne donne aucune valeur aux marchandises qu'il déplace; le manufacturier crée presque toute celle qu'acquiert en ses mains la matière brute qu'il travaille. Tous méritent sans doute la protection du gouvernement , mais tous n'en ont pas le même besoin , parce que leurs intérêts ne dépendent pas au même degré de la législation des douanes.
Ainsi , pour établir une bonne législation sur les douanes , il faut connoitre l'état de nos fabriques , et le comparer avec celui des fabriques étrangères ; il faut savoir quelle est la différence dans les prix de la main d'oeuvre, du combustible et des matières^premières, et calculer les droits sur ces renseignemens pour rendre la concurrence au moins égale.
Il est des personnes qui n'envisagent les douanes que sous le rapport de leur intérêt privé , et qui prononcent comme s'il n'y avoit que cet intérêt à consulter ; il en est d'autres, et c'est ici l'opinion la plus répandue, qui posent en principe que les matières premières doivent entrer librement et sans payer des droits ; d'autres enfin pré-
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tendent que la taxe sur les produits étran* gers ne doit jamais excéder i5 pour cent de la valeur.
Analysons ces trois opinions :
1®. Nous avons déjà observé que l'agriculteur , le fabricant, le commerçant et le consommateur, avoient des intérêts opposés^ que la législation des douanes ne pouvoit pas concilier : dans ce conflit de demandes, de prétentions contraires, que doit faire le législateur? Calculer le bien et le mal qui en résultent pour chacun, et prendre le parti qui présente le plus d'avantages au pays.
L'intérêt de l'agriculteur seroit qu'on prohibât l'entrée des laines, du chanvre et du lin ; mais , outre que ces productions de notre sol ne présentent pas toutes les qualités désirables pour les divers genres de fabrication auxquels on les emploie , en reste-t-il d'invendues entre les mains des propriétaires ? la culture s'en est- elle ralen tie ? Si cela étoit , il n'y a pas de dou te que l'administration ne dût provoquer une loi
pour établir des droits à l'importation des matières de même nature , afin de ranimer cette importante culture ; mais , dans ce cas^ il faudroit encore en affranchir les qua-