CHAPITRE XV
On voit clairement, d'après les exemples que je viens de citer, que, sans compromettre gravement l'industrie et la richesse nationale , on ne peut admettre indistinctement tontes les matières premières sans payer des droits.
3*^. Un principe qui n'est pas plus fondé que le précédent, a pris quelque consistance par le caractère de ceux qui le proclament :
on dit qu'un produit fabriqué (r), qui ne peut pas concourir, moyennant un droit de quinze pour cent établi sur celui qu'on importe , ne mérite pas la protection du gouvernement.
On pourroit d'abord faire observer qu'une fabrication quelconque rend des capitaux productifs, et enrichit la nation d'une main d'oeuvre plus ou moins considérable ; et que, sous ce double rapport, elle peut être plus utile que la perception de i5 à âo pour cent qu'on fera aux frontières sur les produits de même nature : mais examinons la question sous un autre point de vue.
(l) On entend par produit faibriqué celni qui a reça toute sa main d'œuvre , et qui passe immédiatement dans la consommation.
43o DU L INDUSTRIE FRANÇOISE.
Tonales arts ont leur enfance, et ils rf août parvenus que par degrés à l'état de per fection où ils sont aujourd'hui. Les perfcu lionnemcnsonlt-ic le résultat des lumières, et (les besoins qui n'ont jamais été les mèmf* chez les divers peuples; d'où il s'ensuit que les progrès des arts ont dû varier comBir les causes quiinfluoientsur leurs développemens, et que leur prospérité n'a pu ni dû être égale partout.
En ne parlant que des temps modernes, nous avons vu plusieurs genres d'industrie s'établir, prospérer en Angleterre, et reodre, pendant longues années, toutes les aiilrfs nations tributaires de leurs produiU : nous avons fait tous nos efforts pour nous en approprier la fabrication; la filature pat mécanique, taquincaillerie, les cotonnades, la draperie légère, tout est devenu à la fois l'objet de notre ambition : mais en important les machines, en s'appuyant sur quelques procédés transmis, a-t-nan pu croire avoir naturalisé ces arts difficiles dans toutes les parties? a-ton cru posséder ces déjaili immenses, ces tours de main, ces habitudes qui sontl'àmc de l'industrie? Il n'apparlîctit qu'au teiups et à une pratique éclairée de
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faire acquérir toutes ces perfections; nos casimirs coûtoient 26 fr. l'aune au fabricant , dans le principe, et les Anglois offroient les leurs au consommateur , à moitié prix ; les percalles, les calicots, mal fabriqués, nous revenoient à 7 à 8 fr. l'aune , les Anglois les livroient à 3 fr.
Falloit-il renoncer à ce projet de conquête manufacturière ? Non, il falloit per* sis ter ^ se perfectionner. C'est aussi la marché-' qu'on a suivie, et nous sommes arrivés à un tel degré de perfection , que notre industrie excite aujourd'hui la jalousie de la nation qui nous l'a transmise.
On n'improvise point en fait d'industrie ; ses progrès, naturellement lents , peuvent être hâtés par les lumières ; mais il est des difficultés qui ne peuvent être vaincues que par une longue expérience.
Si, pendant douze à quinze ans qu'ont duré nos essais, nos recherches, nos tâtonnemens, on n'avoit pas écarté du concours, par la prohibition , les produits étrangers , je demande aux paj^tisans des i5 pour cent, ce que seroit devenue cette belle industrie qui fait l'ornement, la gloire et la richesse de la France ?
43a DE l'iîîddstkie FRAMÇOISE.
]e dirai plus : aiijaurd'buî que ces genret d'industrie sont florissans, aujourd'hui que nous n'avons plus rien à désirer sous le rapport du prix et de la qualité des produils, un droit de i5 pour cent , qui ouvriroitia concurrenceauxfabriqiiesctraiigères,ébraii- Jeroit jusque dans leurs fondemens luus les établisse mens qui existent en Fraow.
Nos magasins seroientremplis, en quelques jours, de marchandises iraportées^on les donneroit à tout prix pour étouffer notre industrie; nos manufactures seroient vouées il l'inaction par l'impossibilité où sont les propriétaires de faire les mêmes sacrifices que les étrangers, et nous verrions se reproduire ce qui est arrivé après le trailé de commerce de 1786, quoiqu'il eût été conclu sur la base des i5 potir cent. On ne manquera pas d'observer que ce mal ue seroit que momentané, parce que le fabricant étra-nger se lasseroit de supporter des pertes; mais n'est-ce donc rieu que de s'emparer de la consommation pendant un ou deux ans? de faire tonjber les prix marchands du commerce au - dessous des prix de fabrique ? de rendre nos ateliers déserts? d** ^omettre l'honneur et la fortonc
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d'honnêtes fabricans? d'inspirer pour l'avenir la crainte et la méfiance?
T,e gouvernement qui impose un droit à l'entrée des produits étrangers ne peut avoir que deux objets en vue : le premier, de mettre l'industrie nationale en état de concourir, pour ies prix, avec l'industrie étrangère; le second, de ne pas livrer à quelques fabricans, au détriment du consommateur, le monopole de l'industrie : ce dernier but estatteint du moment qu'on apportera dans l'exécution de la première mesure toutes les connoissances convenables : mais d'ailleurs c'est à tort qu'on croiroit aujourd'hui que , depuis la suppression des corporations , il soit possible d'établir un monopole sur un objet de fabrication : la carrière est ouverte à tout le monde; et lorsqu'une branche d'industrie prospère , les concurrens deviennent si nombreux , en peu de temps , que le prix des produits est bientôt ramené à ce qu'il doit être : malgré la prohibition des cotonnades étrangères, on voit celles qui sortent de nos fabriques livrées à si bas prix, que le propriétaire ne peut maintenir sa fabrication que parles petits bénéfices accumulés d'un immense débit. Les premières soudes ,
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qui ont été fabriquées en décomposant le sel ni.irin, se veiuloient loo fr. le quintal; la concurrence qui s'est établie en a fait tomber le prix à g fr. , quoiqu'il y ait un droit de 5 fr. sur les soudes étrangères :Ia prix se fixent naturellement par la coneur^ rence, et la fabrication se conforme toujouB aux besoin.s; le gouvernement peut s'en reposer sur ces deux régulateurs.
La législation des douanes ne doit don* se proposer qu'un seul but, celui d'établir des droits qui soient tels que l'industrie françoise puisse concourir avan tageiisement avec l'industrie étraugère. Elle doit opérer, d'après les mêmes pri ncipes ,' quelle que soit la nature de la matière qu'elle a à imposer.
En se réglant sur la futile division des produits en matières premières et matitrcs fabriquées , elle corapromettroit chaque jour le sort de l'agriculture et de l'industrie manufacturière.
Pour établir les droits de manière à léser aucun intérêt, le législateur doit C0D< noître l'état de l'industrie agricole et manufacturière, et ie comparer à celui de l'industrie étrangère dans les produits analogues.
Il dnit savoir quelle est la différence dans