CHAPITRE IX. 5l
produire; ils se sont aperçus que, dans la série des opérations nécessaires pour confectionner une belle étoffe de soierie , il leur manquoit des intermédiaires; ils ont vu qu^ les eaux , le climat apportoient des modifi-. cations qu'ils ne pouvoient pas maîtriser; ils se sont convaincus que quelques artistes ne sont pas l'art, et que les beaux résultats d'une industrie compliquée Ue peuvent s'obtenir que par un concours d'hommes instruits dans divers genres , et de jqauses physiques et morales qu'on ne peut pas trouver partoi^t. En effet, si l'on pread pour exemple la fabrique de Lyon , on verra d'àbord un établissement public dans lequel on ^ exppseia soieàun degré de chaleur constante pour éviter la fraude à laquelle pourroit se livrer le propriétaire qui en opère la vente ; on trouvera des hommes, habitués à juger les qualités, exclusivement employés à faire les achats; et on sera étonné de voir cette matière jH'écieuse passer par dix mains différentes, depuis la filature du cocon jusqu'à la conversion de la soie en tissus. Ces hommes n'ont rien de commun entre eux par leur genre de travail, les fonctions de chacun sont distinctes, elles exigent des connoissance&
Sa DE l'industrie fraîtçoise.
, particulières et une longue pratique ; chacun d'eux forme un rouage nécessaire de la machine ; aucun ne peut suppléer l'autre , et tous doivent être parfaits pour que l'ensemble réunisse les qualités désirables. Ajoutez à cela les mécaniciens qui composent
*. et réparent les machinesr, les teinturiers qui revêtent de couleurs les fils ou les tissus , les dessinateurs, qui fournissent et varient les dessins , la qualité des esLUx dont on a éprouvé l'effet, la nature du climat dont on connoît l'influence , l'habitude qu'on a ac-
* quise de chaque genre de travail ^ et l'on sera convaincu qu'il est presque impossible d'exporter tout entier un genre de fabrication si compliqué. Chaque industrie a sa
• localité propre comme chaque denrée a son sol : transplanter l'une ou l'autre indistinctement, c'est vouloir mûrir les fruits du midi dans les serres chaudes du nord.
La Russie a une surabondance de productions territoriales qui doivent naturellement former la base de son commerce : cette nation est essentiellement agricole ; elle doit donc perfectionner son agriculture et faciliter l'écoulement de ses produits; mais, en fermant ses frontières aux denrées d'un sol