CHAPITRE XIX
Cette protection spéciale de la part du gouvernement ottoman et de ses principaux agens , nous y avoit été acquise par la sage conduite de nos négocians , par leur bonne foi dans les transactions , et par les qualités constantes de nos marchandises.
Le commerce de Marseille avoit le premier intérêt à maintenir ces relations , et faisoit exercer la police la plus sévère sur tous les employés qui passoient au Levant. Dès l'année iSqq, il y entretenoit des commissaires chargés de suivre toutes les affaires qui intéressoient le commerce.
£n i65o, il fut créé à Marseille une chambre composée de douze personnes , pour connoitre de toutes les affaires du commerce qui , dans ce temps-là , étoit borné à celui du Levant. La chambre se chargea, en 1721, du salaire des consuls françoi^ dans les échelles du Levant et de Barbarie , ainsi que de tous les frais qu'y occasionnoit le commerce; elle fournissoit à ces dépenses par des droits sur les exportations et les importations qu'on appeloit droits du consulat.
Cette même chambre agréoit les régis- Murs que les négocians se proposoient d'en-
IIO DE LIirmiSTRIE FRAlfÇOISE.
yoyer au Levant : nul ne pou voit s'y mailer , ni y amener sa femme ; nul ne pouvoit y résider plus de six ans. Aucun négociant n'étoit libre de former une maison de commerce sur une des échelles , sans l'autorisation du gouvernement et l'approbation de la chambre de Marseille. Aujourd'hui ces règlemens paroissent odieux , vexatoires et contraires à la liberté du commerce; mais, • comme ils ont existé pendant des siècles , et que notre commerce a prospéré pendant tout le temps qu'ils ont été exécutés, ils méritent au moins qu'on examine les raisons qui les ont dictés.
Le commerce du Levant n'a rien de commun avec celui qui se fait entre deux peuples civilisés : tout est arbitraire et despotique dans ce pays; les lois nt sont partout que la volonté ou les caprices des gouverneurs; on n'y trouve des garanties que par une conduite sage, un respect profond pour les usages, les mœurs et la religion, et par la constante bonne foi dans les relations :
la prudence ne veut pas qu'on y envoie des agens qui pourroient, en un moment, compromettre la fortune du commerçant, et les intérêts de toute une nation. Le com-